EMS valaisans: «Nous comptons plus de patients guéris du Covid-19 que de personnes décédées»

Secrétaire AVALEMS, Arnaud Schaller dresse le bilan un peu plus d’un mois après la fermeture des établissements aux visiteurs et confirme que la situation de crise va durer encore plusieurs mois.
20 avr. 2020, 18:00
Arnaud Schaller, directeur de l'AVALEMS: «Aujourd'hui, les cas de Covid-19 concernent huit EMS sur les 52 que possède le canton.»

Arnaud Schaller, ce week-end, le Valais a dépassé les 100 décès liés au Covid-19 dont 49 en EMS. Combien d’EMS ont été concernés? 

Ces 49 décès concernent huit EMS sur les 52 que compte l’AVALEMS. Cela représente environ 30% des patients qui ont contracté le virus, un taux qui se vérifie dans les différentes études réalisées sur cette population en EMS qui est la plus à risque. Et cela représente une hausse significative des décès par rapport à une période normale. Mais aujourd’hui, la bonne nouvelle est que nous avons plus de patients qui ont guéri du coronavirus en EMS que de personnes décédées, puisque l’on dénombre 50 guérisons. C’est important de le dire. On guérit du coronavirus en EMS et cela touche toutes les catégories de personnes.

Huit EMS sur 52 touchés par des décès, une quinzaine où il y a eu des cas COVID, cela peut paraître peu…

Il faut savoir que la grande majorité des EMS ont eu certains résidents mis en situation d’isolement de précaution. Mais ensuite, le nombre officiel de cas COVID dépend de plusieurs facteurs, notamment de la politique de dépistage qui n’est pas la même partout car elle dépend fortement des médecins répondants.

Quelle est la situation actuelle au sein des EMS? 

Nous avons 54 patients atteints du Covid-19 répartis dans huit EMS, alors qu’au plus fort de la crise, une dizaine d’établissements étaient touchés. Au total, nous avons dû hospitaliser six résidents. Du côté du personnel, la situation se détend. On est passé de 150 EPT (emploi plein temps) absents en raison du virus contre 70 aujourd’hui, ce qui est tout à fait gérable.

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Les EMS ne sont pas sortis de la crise car, comme tous les résidents sont à risque, les mesures d’hygiène et de distance sociale vont durer encore longtemps.

Peut-on dire que les EMS sont sortis de la crise? 

Non, on ne peut pas le dire. Comme tous nos résidents sont à risque, les mesures d’hygiène et de distance sociale vont durer encore longtemps. Par contre, nous devons reprendre en considération les questions sociales et éthiques, ce qui n’a pas pu être le cas depuis le 12 mars en raison de cette urgence pandémique.

Cela signifie que les familles pourront bientôt venir rendre visite à leur résident? 

Pas tout de suite. Nous devons trouver les bonnes formules afin de donner des solutions concrètes aux familles et aux résidents pour qui les visites sont plus importantes que le risque d’infection et d’autres pour qui la sécurité sanitaire des EMS doit être la priorité. Nous travaillons depuis plusieurs semaines sur une organisation qui permettrait à ces deux réalités de coexister.

Comment? 

Le plus simple serait que tous les patients d’un EMS et leur famille soient d’accord pour autoriser les visites dans des conditions strictes d’hygiène et de distance sociale. Sinon, il faudra travailler sur l’organisation spatiale et prévoir dans un établissement deux espaces différents en fonction des priorités choisies par les patients et leur famille.

A Saint-Gall, un système de parloir a été mis en place durant cette période de crise pour permettre ces rencontres. Pourquoi pas en Valais? 

Cette démarche est intéressante, mais Saint-Gall est environ trois fois moins touché par le Covid-19 que notre canton. En Valais, nous ne voulons pas prendre le risque d’amener de nouvelles personnes dans les EMS dans la situation actuelle. Chez nous, dans les EMS dont l’architecture le permet, des rencontres ont eu lieu par téléphone interposé à travers une vitre avec la famille à l’extérieur. Mais cela représente effectivement une minorité. Nous privilégions une solution à moyen terme pour autoriser de nouveau les visites.

Nous demandons un dépistage systématique des nouveaux patients pour éviter tout risque de contamination.

Les EMS vont-ils pouvoir accueillir de nouveaux patients? 

Les patients de court séjour seront les premiers à réintégrer les EMS. Cela représente plus de 100 places dans notre canton. Mais pour ce faire, nous désirons un dépistage systématique de ces nouveaux résidents afin d’éviter tout risque de contamination. Une discussion est en cours avec le canton.

Aujourd’hui, le seul risque ou presque de contamination des patients est le personnel puisque tous les EMS sont fermés aux visites depuis le 12 mars. On l’a vu dans nos témoignages, c’est une pression importante pour les soignants et les autres membres du personnel… 

Oui, c’est parfois très lourd à porter et la cellule psychologique cantonale pour le personnel a reçu énormément d’appels. Tous nos soignants font très attention à tout cela, mais le vivre au quotidien peut s’avérer très difficile. La pression va diminuer lorsque des mesures de déconfinement seront possibles dans les EMS avec une activité qui reviendra un peu à la normale. Je ne peux que saluer l’attitude et le travail de toutes ces personnes.

Les EMS n’ont jamais reçu autant de messages de solidarité. Même ceux qui ont été les plus touchés par le Covid-19.

En Valais, la grande majorité des personnes décédées du Covid-19 sont âgées. Certaines voix s’élèvent pour dire que l’on a peut-être été trop loin dans les mesures prises qui ont mis à plat l’économie. Vous pouvez entendre ce discours? 

Je pense que la Suisse a très bien agi durant ce mois de grosse crise. Elle a montré qu’elle était solidaire de ses citoyens à risque. Jamais dans les EMS, nous n’avions reçu autant de messages de solidarité. Des petits comme des grands. Même dans les établissements les plus touchés par le Covid-19, les messages de solidarité étaient et de loin les plus nombreux. De plus, nous avons pu compter sur un travail très important du Service de la santé publique, ainsi que de l’Institut central au niveau de l’accompagnement sur le terrain pour l’hygiène tandis que le Service de la protection des travailleurs accompagne aussi les EMS pour les mesures concernant son personnel non soignant.  

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par Vincent Fragnière