Prix culturels valaisans: ces lieux qui ont construit les lauréats

Réunis pour la remise des prix culturels 2018 de l'Etat du Valais: le conteur et médiateur culturel Andreas Weissen, le danseur Michel Briand, l'ethnologue Suzanne Chappaz-Wirthner (lauréate du grand prix), le metteur en scène Stefan Hort et le photographe Olivier Lovey.

Il y a quelques jours, le canton du Valais décernait ses prix culturels, sacrant pour la première fois une chercheuse en sciences humaines – l’ethnologue Suzanne Chappaz-Wirthner – en lui attribuant le grand prix 2018. Un prix spécial était décerné au médiateur culturel et conteur Andreas Weissen, alors que le danseur Michel Briand, le photographe Olivier Lovey et le metteur en scène Stefan Hort se voyaient honorés d’un prix d’encouragement. 

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Tous étaient alors réunis sur une même scène, au collège des Creusets à Sion. Mais tous ont un autre lieu. Celui qui les nourrit, celui qui les a construits, celui qui les inspire. Quitte à ce que ce lieu, finalement, ne soit que symbolique, que prétexte, ou qu’ils y viennent aujourd’hui bien moins qu’avant. Ces lieux, les voici.

Suzanne Chappaz-Wirthner, ethnologue: la Médiathèque Valais (Sion)

Elle, qui a tant étudié les gens, leurs histoires et leurs traditions, est de ceux qui cultivent et savent transmettre le goût des livres. Et le site des Arsenaux à Sion, centre névralgique de la Médiathèque Valais, en est pour elle «le paradis. Le livre est un objet plein et entier, il est une arme contre la culture du fragment. Internet est un outil extrêmement riche, mais ce ne sont que des morceaux de connaissance. Le livre nous rappelle que la connaissance requiert de la lenteur, du silence et une longue intimité avec un objet de recherche. En outre, avec le système du prêt interurbain, on est relié avec les bibliothèques du monde entier; c’est extrêmement précieux.»

Andreas Weissen, conteur et médiateur: les champs de Biela (Ried-Brigue)

La comparaison avec Jean-Jacques Rousseau s’arrête là, mais Andreas Weissen est comme l’auteur des «Rêveries», un promeneur solitaire. Et c’est sur les hauteurs de Brigue, dans les collines des champs de Biela, que ce conteur et médiateur culturel, musicien et écrivain, aime à errer. Il y a répété ses légendes orales, puisé des idées de mises en scène, réfléchi à des ponts à construire entre les gens et entre les genres – à l’image du festival multimédia BergBuchBrig. Enfant, il y jouait… aux cowboys et aux Indiens. «Plus tard, j’y allais quand j’en avais marre du collège. J’y retrouvais toute ma tolérance pour le cadre scolaire…» sourit-il avec malice. Aujourd’hui gérant d’une maison d’hôte à Binn, il s’y rend surtout durant la saison hivernale. Pour y «approfondir des idées encore vagues. Et jusqu’ici, ça a plutôt bien fonctionné…»

Michel Briand, danseur: le château de Stockalper (Brigue)

Il n’y est plus souvent, à Brigue. Mais avant des formations à Londres, Paris, Salzbourg, New York, avant de danser sur les scènes internationales, avant d’enseigner son art à Zurich, c’est là, à Brigue, à l’école Artichoc, que tout a commencé pour Michel Briand. Alors le choix du Stockalperschloss est «avant tout symbolique. J’aime comment il est construit, j’aime sa symétrie, mais c’est surtout parce que Brigue est un lieu où j’ai été créatif. Et le Stockalperschloss est l’un des plus beaux endroits de la ville.»

Olivier Lovey, photographe: un pont près de l’autoroute A9 (Martigny)

Paradoxalement, il n’y a presque rien «shooté» – quelques séances de mode, un travail de diplôme, des essais vidéo, guère plus. Pourtant, cette arche, quelque part au coude du Rhône, sous l’autoroute A9, c’est du pur Olivier Lovey. Il y vient quand il ne sait pas trop. Pas pour s’y ressourcer, car le Martignerain se «fiche de la nature». Il n’est pas un photographe du bucolique. «J’aime les zones périurbaines. Dès qu’il y a trop de bâtiments, que la civilisation est trop proche, j’ai de la peine à me projeter. Là, il y a une arche, de l’eau, quelque chose de l’ordre de l’abandonné.» Un lieu de l’entre-deux – entre ombre et lumière, ville et nature – qui ne peut que parler à ce photographe de l’illusion bancale, lauréat du prestigieux Swiss Photo Award pour sa série «Miroir aux alouettes».

Stefan Hort, metteur en scène: le Petithéâtre (Sion)

Le lieu n’est qu’un prétexte. Ce n’est pas tant le Petithéâtre sédunois que les gens – spectateurs, artistes, compagnies – qu’il y côtoie qui inspirent Stefan Hort. «Michaël Abbet (ndlr: directeur du Petithéâtre) est le premier à m’avoir fait confiance quand je suis revenu en Valais après mes sept-huit ans à l’étranger.» Outre «un bel endroit», le metteur en scène y a trouvé un endroit «hyperstimulant, humainement et artistiquement, avec une ouverture et un sens de l’accueil». Une ouverture à plusieurs titres. Sur le monde. Et sur le risque. «Le Petithéâtre ose essayer des choses, visiter de nouvelles formes théâtrales. Surtout, il n’est pas orienté sur le succès programmé, mais est attentif à l’importance de projets parfois moins accessibles dans le parcours des artistes.»


 

Ils ont reçu leur distinction il y a quelques jours à Sion. Sur une scène commune, celle du collège des Creusets. Mais ils ont, chacune et chacun, leur lieu de référence en Valais. Où ils trouvent inspiration, repos, énergie nouvelle. Ces lieux, les voici.


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