21.07.2017, 05:30

Cervin: le mythique refuge Solvay, une construction audacieuse qui fête ses 100 ans

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Le refuge Solvay est perché sur l'arête est du Cervin à 4003 mètres d'altitude. Ces 20 mètres carrés et quatre couchettes offrent une solution de replis aux alpinistes en détresse.

montagne Accroché à 4003 mètres d'altitude sur le Cervin, le refuge Solvay fête cette année ses 100 ans. Petit-fils de l'architecte de l'époque, le Sédunois Philippe de Kalbermatten nous raconte les péripéties de cette construction audacieuse.

Le 8 août 1917, sur le fil de l’arête est du Cervin qui se dresse au-dessus de la cabane Hörnli à exactement 4003 mètres d’altitude, le refuge Solvay était officiellement inauguré. Financé par l’entrepreneur belge Ernest Solvay, l’établissement a été dessiné par l’architecte sédunois Alphone de Kalbermatten, membre du Club Alpin Suisse qu’il a présidé durant quelques années.  

Cent ans plus tard, son petit-fils Philippe de Kalbermatten, également architecte à Sion, ressort les images d’archive de son ancêtre et revient sur les péripéties de cette construction audacieuse. 

 

Grâce aux photographies prises par son grand-père, architecte de la cabane Solvay, Philippe de Kalbermatten raconte la construction du mythique bivouac du Cervin. © Sabine Papilloud

 

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Des techniques de construction toujours actuelles 

En parcourant les photos sépia de son grand-père, Philippe de Kalbermatten constate que les méthodes utilisées à l’époque pour bâtir le refuge Solvay étaient extrêmement efficaces et toujours actuelles. «Selon le journal de chantier de l’entrepreneur Oscar Supersaxo et les images de la construction, on remarque que toutes les pièces ont été préfabriquées en plaine puis assemblées sur place».

Pour hisser le matériel sur les 800 mètres de dénivelé qui séparent la cabane Hörnli du refuge Solvay, les ingénieurs d’antan ont imaginé un système de treuil. «Sept relais permettaient de monter les planches de bois qui étaient ensuite passées d’un homme à l’autre sur les derniers mètres. Ces techniques sont simples et mobiles. Elles ont permis de monter la cabane en seulement deux mois de travaux », ajoute-t-il. 

 

Le système de treuil a permis d'acheminer le matériel en sept étapes, sans risque de le porter à dos d'homme. © Fonds de Kalbermatten Architecte

 

Par ailleurs, Philippe de Kalbermatten, qui a œuvré à la rénovation cabane de la Dent-Blanche en 2015, est impressionné de l’engagement physique fourni par les guides, porteurs et responsables du chantier qui montaient chaque jour à pied sur l’arête munis de simples chaussures cloutées. «Je n’arrive pas à imaginer un tel chantier sans hélicoptère. Aujourd’hui encore ce n’est pas facile de trouver des ouvriers à l’aise à ces altitudes.»

 

Sur les derniers mètres, les planches se passaient de mains en mains. © Fonds de Kalbermatten Architecte

 

11 ans de démarches administratives 

Si le montage de ces 20 mètres carrés comprenant quatre couchettes et des toilettes rudimentaires à 4003 mètres d’altitude a été efficacement réalisé, la procédure pour autoriser la construction du seul refuge propriété du comité central du Club Alpin Suisse a été semée d’embuches. Onze ans se sont écoulés entre la décision de l’industriel belge Ernest Solvay de financer une cabane dans les Alpes jusqu’à la fin du chantier. Ce dernier s’est heurté en 1904 au président de Zermatt et à la société des guides, malgré un préavis favorable de l’assemblée constitutive. 

En 1908, le Comité central du CAS par le biais du Grand Conseil valaisan a fait accepter le projet, financé par Ernest Solvay à hauteur de 20’000 francs, à la commune de Zermatt. Il a ensuite fallu attendre 1912 pour obtenir l’aval des autorités, après de multiples oppositions.

Durant l’été 1913, le mur de soutènement en pierres sèches servant de socle au futur perchoir a été érigé. Le matériel a été acheminé l’été suivant à la cabane Hörnli et les travaux ont démarré dès le 7 juillet 1915. Toutefois pour des raisons météorologiques, l’inauguration n’a pu avoir lieu l’été 1916. Elle fut reportée au 8 août 1917. 

 

 

Les pièces de bois prémontées en atelier étaient simplement assemblées sur place. A cause de conditions Météo difficiles, l'inauguration (image de droite) eut lieu deux ans après la construction, soit le 8 août 1917. © Fonds de Kalbermatten Architecte

 

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90’000 francs pour des travaux de rénovation

Cent ans après, le mythique refuge du Cervin toujours en main du Comité central du Club Alpin Suisse subira quelques rénovations. Pour faire perdurer la tradition, la famille Solvay s’engage à nouveaux à couvrir les quelques 90’000 francs nécessaires aux réparations.

«Il s’agira de renforcer le toit, qui n’est plus étanche et de remplacer quelques planches en façade», informe l’architecte zermattois en charge du chantier Hans Zurniwen. «Nous ne toucherons pas à la structure, qui reste en très bon état. La mère des bivouacs d’altitude reste une construction unique et exemplaire», conclut-il. 

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Trois questions à Anjan Truffer, chef des secours de Zermatt et guide de montagne

"Le refuge sauve encore des vies"

100 ans après son inauguration, quelle est l’utilité de Solvay ?

Le refuge a encore toute son importance. Chaque année, Solvay permet de sauver des vies. J’estime qu’entre 20 et 25 personnes y sont secourues chaque été. On évacue le plus souvent des alpinistes qui ont été surpris par le mauvais temps sur l’arête et sont incapables de redescendre. Ca doit toutefois rester un bivouac à utiliser en cas d’urgence uniquement. Ce n’est pas idéal quand des alpinistes prévoient de s’y installer pour la nuit.

Quel est son impact sur le travail des secouristes ? 

Les alpinistes pris dans une tempête peuvent s’y réfugier et patienter. Sans cet abri, nous devrions envoyer 6 à 8 guides à pied pour les escorter jusqu’à la cabane Hörnli. C’est d’ailleurs ce qui arrive quand il y a des blessés graves qui ne peuvent pas attendre que la météo s’améliore pour être évacués. 

Et en tant que guide, savoir qu’il y a une cabane sur l’arête, cela change-t-il la préparation de la course ?  

Non, nous savons que les clients que nous emmenons au Cervin sont capables de faire l’aller-retour sans dormir à Solvay. Généralement, on ne s’y arrête pas à la montée car il y a souvent du monde. A la descente par contre, on fait parfois une photo pour le client. C’est l’occasion de boire un peu, de grignoter et de continuer la course.

Par ailleurs, l’ascension jusqu’à Solvay nous permet d’évaluer notre progression sur l’arête. Si nous n’avons pas atteint le refuge en 3 heures, cela signifie qu’il faut rebrousser chemin.


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