08.03.2018, 09:46

Evolène: quatre générations de femmes se racontent

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Aliette Beytrison, Marie-Jo Gessler, Andrée Fauchère et Virginie Gaspoz-Chevrier, en marge de la journée des femmes.

 08.03.2018, 09:46 Evolène: quatre générations de femmes se racontent

Journée de la femme En marge de la journée des femmes, rencontre avec quatre figures féminines d’Evolène qui posent un regard serein sur leur condition.

Elles s’appellent Andrée, Aliette, Marie-Jo ou Virginie. Elles sont auteure, préfète, restauratrice ou présidentes. Quatre figures d’Evolène. Quatre générations de femmes. Quatre personnalités et surtout quatre caractères. Portraits croisés. 

Andrée Fauchère - L'auteure

Andrée Fauchère est une énigme. Il y a la douceur du ton qui contraste avec les mèches de cheveux bleus. La capacité d’écoute qui se heurte à l’esprit de rébellion. Engagée et espiègle. Complexe, Andrée Fauchère? Elle laissera planer le doute. «Et pourquoi pas?» Née en 1943 à La Chaux-de-Fonds, c’est à Evolène qu’elle dépose toutefois ses valises, ses racines. Petite, Virginie Gaspoz-Chevrier la connaissait comme «la dame qui écrit des livres et qui connaît toutes les plantes». Une description qui comble la principale intéressée. Car sa complexité réside aussi dans sa simplicité. Son positivisme, sa lumière, son sourire. «On ne sait pas où elle puise son énergie. Jusqu’à aller camper devant les bureaux des conseillers d’Etat pour faire avancer ses idées», trahit Marie-Jo. La référence est fondée. Andrée Fauchère n’abandonne pas. Par deux fois elle prend ses quartiers face à la porte des ministres, armée d’un tricot factice. Non, l’auteure-herboriste-passeuse d’âmes sait faire beaucoup de choses, mais elle ne sait pas tricoter. Et ça marche. Par deux fois les portes se sont ouvertes. «Par ses écrits, elle a porté haut les couleurs d’Evolène», ajoute Marie-Jo. Généreuse, elle nous livre sans détour son secret. «C’est ma foi absolue. Elle m’autorise à ne pas faire autre chose que vivre le moment présent. J’ai plein de tiroirs d’herboriste devant moi mais j’ai appris à en ouvrir un à la fois. Pour m’y concentrer tout entière.»

 

Aliette Beytrison - La préfète

Qui d’Evolène n’a pas été à l’école avec Aliette Beytrison? De sortie à Carnaval, la jeune retraitée de l’enseignement avait beau chercher du regard, tout le bar était occupé par des anciens élèves. Une fierté pour celle dont le métier était une vocation, une évidence, une passion. «J’ai eu de la chance car si j’avais eu un frère, c’est lui et non moi qui aurait fait des études.» Au contact des élèves, Aliette n’a jamais perdu cette franchise enfantine. A double tranchant certes, mais inspirante. Et respectée. «En tant que maman d’élève, j’avais une confiance totale et je sais qu’elle s’est épanouie au service des enfants», affirme Andrée. Marie-Jo, sa grande amie, souligne son caractère de battante et sa capacité à allier l’enseignement à temps plein et la vie de famille. Un compliment qui laisse sans voix celle qui n’a pourtant pas peur de l’élever. «Aliette a été mon exemple de femme en politique, confie Virginie. Elle n’aurait eu aucun mal à être la première présidente d’Evolène.» Mais l’enseignante aimait trop son métier pour faire davantage de politique. Après la place de juge de commune, elle devient préfète du district d’Hérens en 2014. «Je n’ai aucun regret, lâche la principale concernée. Jeune j’étais râleuse, revendicatrice, féministe. Avec le temps j’ai compris qu’il n’y avait pas que mes théories de bistrot dans la vie, mais des problèmes concrets, et j’ai mis de l’eau dans mon vin.»

 

Marie-Jo Gessler - La restauratrice

«Elle a quelque chose de magique.» Andrée Fauchère aurait pu choisir entière, franche, vraie ou encore authentique. Mais pour décrire Marie-Jo, elle a choisi magique. L’adjectif lui sied. Avec elle, pas de futilité. Marie-Jo Gessler, c’est la curiosité de la journaliste combinée à la proximité de la restauratrice. En face d’elle, les gens se dévoilent sans s’en rendre compte, comme à la maison. Originaire de Chamoson, elle fait naturellement sa place à Evolène, comprend le patois et porte fièrement le costume. «Pour moi c’est une vraie Evolénarde, scande d’ailleurs Aliette. Avec une ouverture sur la plaine qu’on n’a pas toujours ici.» Quant à Andrée, elle apprécie la passion que Marie-Jo investit dans tous les projets qui touchent à Evolène. «Elle croit sincèrement en notre région et surtout, en ses gens et leurs compétences.» Cette affection pour les autres, elle la transpose dans le journal local «Vivre ici» qu’elle rédige et édite jusqu’en 2008, avant de devenir cogérante du restaurant La Paix et La Grange attenante. Une autre occasion de faire des rencontres. Inutile de dire qu’elle sait à peu près tout sur tout le monde. Mais Marie-Jo est bienveillante, attentive aux autres. «Les gens l’apprécient avant tout pour son extrême gentillesse. Elle n’aurait aucun problème à rencontrer des Donald Trump ou autres grands de ce monde», s’amuse encore Andrée.

 

Virgine Gaspoz-Chevrier - La présidente

Virginie est une femme «brillante.» C’est Aliette, son ancienne maîtresse d’école qui le dit. «Et puis sa force, c’est son excellente formation, enchaîne Marie-Jo. C’est la première chose que je regarde quand une femme se lance dans un poste à responsabilité.» En chœur, elles soulèvent aussi le tempérament calme de celle qui, avant même ses 30 ans, est devenue la première femme à la tête d’Evolène. «Son ton, sa voix, elle s’exprime vraiment bien. C’est depuis qu’elle est présidente que je vais aux assemblées primaires», confie encore Marie-Jo. Cette sérénité à toute épreuve reflète autant son professionnalisme que son aisance et sa connaissance des dossiers. Son élection en 2016 sonnait alors comme une évidence. «C’était la candidate idéale», résume Aliette. «Quand on m’a proposé le poste au thé de Noël, j’ai rigolé, se souvient Virginie. Et puis quand j’ai vu le cahier des charges, j’ai compris que c’était ce que je savais faire.» Rien ne pouvait l’arrêter. Ni sa jeunesse, ni son statut de femme, ni sa grossesse en pleine campagne. Aujourd’hui enceinte de son deuxième enfant, Virginie se dit comblée et fière de pouvoir allier la vie professionnelle et la maternité. «Je n’ai jamais caché mon désir d’avoir des enfants et ça n’a pas fait polémique, au contraire. Les gens étaient heureux et convaincus que j’aurais encore davantage à cœur le souci de ma commune.»


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