09.09.2018, 19:10

Au Petithéâtre de Sion, les folles 24 heures de poésie de Pierre-André Milhit ont séduit le public

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Pierre-André Milhit (chemise bleue, au premier rang du public) aura assisté à la quasi-totalité des 24 heures de lecture de ses poèmes, avant d'en lire la dernière heure dimanche matin. Il écoute ici attentivement les comédiens Mélanie Lamon et Olivier Werner.

Théâtre De 11 h 01 samedi à 11 heures dimanche, 24 comédiens se sont relayés pour lire au Petithéâtre les «1440 minutes» du poète sédunois Pierre-André Milhit.

Il est 10 h 12 dimanche matin lorsqu’elle claque dans l’air. «J’ai isolé dans mes viscères la molécule de la déraison.» Une phrase comme une évidence, lue par son auteur, dernier relayeur d’un projet un peu fou.

Durant vingt-quatre heures, de 11 h 01 samedi à 11 heures dimanche, vingt-trois comédiens – quatorze femmes, neuf hommes – se sont approprié, en solo et en duos, les mots du poète sédunois Pierre-André Milhit. C’était le cadeau d’ouverture de saison de Michaël Abbet, directeur du lieu, et de ses proches collaborateurs, le metteur en scène Stefan Hort en tête.

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On entrait au Petithéâtre librement, suivant l’envie du soir, la motivation du matin, l’errance de la nuit. Pour assister à quelques-unes des vingt-quatre fois 60 minutes, ces 1440 chroniques poétiques de la vie quotidienne. 1440 paragraphes d’une écriture rare, exigeante, inventive.

 

J’ai l’impression qu’il y a dans ma poésie du nerf, du gras, des viscères autour de l’os. Ce n’est pas du Filet mignon…
Pierre-André Milhit poète

 

Peuplée de métaphores animales – les oiseaux le jour, les bêtes rampantes durant les heures plus sombres de la nuit. Charnelle, aussi, cette écriture. «J’ai l’impression qu’il y a dans ma poésie du nerf, du gras, des viscères autour de l’os. Ce n’est pas du filet mignon…»

Traverser la nuit

Pierre-André Milhit est assis sur l’un des quinze transats installés, en plus d’une vingtaine de chaises, sur le plateau du Petithéâtre. C’est la fin d’après-midi. Au bas des escaliers, une petite table sur laquelle ont été disposés une bouilloire, du café soluble, des sachets de thé. Pour accompagner, en plus du buffet à l'étage, la nuit à venir.

Mali Van Valenberg et Olivier Werner sont assis à l’écritoire du poète, lisent ses «minutes» à la lueur d’une lampe de chevet. Devant eux, l’horloge donne le «la» de leur lecture, dont chaque paragraphe doit commencer à l’heure dite.

«Tous les comédiens auront été empruntés avec cette horloge qui va trop lentement», s’amuse l’auteur. C’est que la lecture des six phrases qui composent invariablement chacun des 1440 poèmes ne prend guère plus de trente secondes. Alors les porteurs de mots comblent le vide, qui soulignant une image, qui interpellant l’auteur ou les spectateurs, qui portant à ses lèvres un verre de vin.

Les rencontres ont eu lieu

Chaque comédien est présent durant une heure trente. Une demi-heure en compagnie du lecteur précédent, une autre seul, une dernière avec le suivant. «Ce format aura permis de créer de belles rencontres», glisse Stefan Hort aux premières heures du dimanche.

Il est 3 h 15. «La fatigue commence à se faire sentir» pour Johann, présent depuis minuit. Fatigué, mais heureux. «C’est un super concept, ambitieux», s’enthousiasme-t-il. En milieu de soirée, après cinq heures d’écoute, Hélène tenait le même discours. «C’est à la fois touchant dans le fond et déconcertant dans la forme, on suit de petits moments de vie.» Treize tours de cadran plus tard, Nicole remerciera, elle, «ces gens qui arrivent à mettre des mots sur ce qu’on ressent».

 

C’est à la fois touchant dans le fond et déconcertant dans la forme, on suit de petits moments de vie.
Hélène spectatrice

 

Et les spectateurs ont suivi. Ils auront été deux ou trois aux petites heures du matin, près de trente au moment de conclure dimanche, lisant la dernière minute en chœur, avec l’auteur. Il y avait quelque chose d’une messe dans ce dernier poème. Quelque chose qui résistait. A la nuit, à la torpeur. «Si résister, c’est donner la parole, alors oui, le Petithéâtre est un lieu de résistance», concluait un Pierre-André Milhit reconnaissant.


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