15.08.2017, 22:45

Verbier: un parking à 20 millions pose de nombreux problèmes

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Ouvert fin 2015, le parking des Marais Verts est le premier ouvrage souterrain du genre dans la station de Verbier.

Le parking souterrain des Marais Verts au cœur de la station de Verbier est l’un des plus chers de Suisse. Et sa réalisation pose plusieurs problèmes. Notre enquête révèle des zones d'ombre liées au marché public, de potentiels conflits d'intérêt et un coût qui pourrait être trop élevé pour la collectivité.

Les citoyens bagnards ont-ils payé le parking communal souterrain des Marais Verts, au cœur de Verbier, bien trop cher? En plus d’un coût très élevé – 20 millions pour 230 places (voir encadré) – notre enquête révèle que les marchés publics n’auraient pas été respectés et que l’argent du contribuable pourrait servir à payer, à hauteur de 3,5 millions de francs, un groupe de promoteurs et d’architectes sur fond de potentiels conflits d’intérêts pour des économies qui restent à démontrer.

Le dossier a d’ailleurs dérangé deux entrepreneurs de la place qui ont soumis une liste de questions à la commune, tandis qu’une expertise a été demandée par l’ancien Conseil communal pour vérifier l’adéquation entre le devis et le coût du parking.

Pas de commentaire de la commune

Président de Bagnes, Eloi Rossier attend d’ailleurs les conclusions de celle-ci pour s’exprimer une deuxième fois sur le sujet après la séance du Conseil général de janvier 2017 et a donc refusé de répondre à nos questions.

De quoi parle-t-on exactement? Le parking des Marais Verts est un vieux projet. Ouvert fin 2015, il est le premier parking souterrain de la station, mais son histoire remonte à 2010. Nœud du dossier, le parking, sis sur une parcelle communale, empiète sous un terrain voisin où est érigée une promotion immobilière haut de gamme, la résidence Alex.

En contrepartie de ce débordement, ces promoteurs pourront, via une première convention, construire des commerces au-dessus du parking et bénéficier de 14 places de parc dans le futur ouvrage qui en prévoit à ce moment-là 211 pour 18,1 millions de francs. Huit autres sont cédées à des voisins.

570 000 francs de mandats sans marché public

Mais au début 2013, le dossier a de la peine à avancer. Pour gérer les contraintes techniques, les oppositions et parer à un manque de ressources interne, la commune a recours à ce qu’on appelle un assistant de maître d’ouvrage (AMO) composé notamment d’architectes et d’ingénieurs. La pratique est courante, un AMO est en principe engagé pour aider, contrôler ou superviser un chantier avec des mandats plus ou moins larges.

Sauf que dans ce cas précis, le total des mandats qui sont chiffrés à 570 000 francs sont confiés… au consortium qui construit la résidence Alex, soit un groupe de promoteurs locaux. Autrement dit, les personnes qui gèrent le chantier privé doivent également assister la commune dans le chantier public voisin. Leur mission? Trouver des économies. S’ils y parviennent, un mécanisme de répartition des places de parcs supplémentaires et du bénéfice réalisés sera activé en leur faveur.

Aucune trace d'un appel d'offres

Cette double décision pose un premier problème: le respect des marchés publics. Selon la loi, une commune qui conduit un chantier doit faire un appel d’offres public lorsque le montant dépasse 150 000 francs. Or, on ne trouve aucune trace d’une telle procédure. «A la lumière des documents qui m’ont été présentés, cela aurait de toute façon dû être le cas», estime Serge Métrailler, directeur de l’Association valaisanne des entrepreneurs.

Deuxième écueil, le choix de l’AMO et sa mission de diminuer le coût du parking public soulèvent la problématique du conflit d’intérêts. «Le choix des promoteurs voisins comme AMO n’est pas de nature à encourager l’impartialité et ne peut générer que des problèmes», poursuit Serge Métrailler. Cette même question n’a pas échappé au Conseil général qui traitait du dossier en janvier 2017.«L’AMO et les représentants de la résidence Alex sont les mêmes. N’y a-t-il pas conflit d’intérêts? N’y a-t-il pas un intérêt financier très important de la part de ces sociétés?» lit-on sur le procès-verbal de la séance.

Une explosion des coûts

La réponse du secrétaire communal Frédéric Perraudin évoque des retards dans le chantier public et la nécessité d’avancer rapidement. «Les représentants de la résidence Alex avaient un intérêt direct de faire en sorte que leurs clients aient le moins de nuisances possible», tandis que le président Eloi Rossier souligne, lors de cette même séance, une explosion des coûts du parking de 18 à 24 millions pour justifier le recours à cet assistant maître d’ouvrage.

Or, selon des documents internes en notre possession, on apprend que c’est justement «sur demande de l’AMO» que ce nouveau devis de 24 millions a été établi et qui permet donc ensuite à l’AMO de présenter des économies au travers d’un projet devisé cette fois à 20,5 millions de francs pour 230 places. Mais n’y a-t-il pas, de la part de l’AMO, un intérêt à surévaluer le devis pour profiter ensuite des mécanismes d’économie? L’architecte Raymond Bruchez, l’un des représentants de l’AMO, n’a pas souhaité commenter le dossier.

Un million bloqué par une expertise

Ainsi, les promoteurs perçoivent 17 places de parc dans le nouvel ouvrage (soit l’équivalent d’un million et demi de francs) en plus des 14 prévues dans la convention de base. 1,2 million de francs en argent aurait dû être ajouté pour les plus-values générées. Mais lors d’une ultime séance du Conseil communal de la législature précédente, le versement a été bloqué et une expertise commandée par le Conseil communal.

Et pour cause, car si l’on tient compte de la valeur des places de parc, les représentants de la résidence Alex pourraient percevoir en tout une rémunération de plus de 3 millions de francs, soit 15% du coût total du parking. En comparaison, le montant versé à un AMO sur d’autres chantiers publics représente en moyenne moins de 1% du montant global. Sur la seule commune de Bagnes, un mandat d’AMO précédent, conclu de gré à gré pour le chantier du centre sportif, s’élevait à 120 000 francs pour un chantier à 45 millions soit 0,25%.

Seulement deux places publiques en plus

Fond de l’affaire, y a-t-il eu une réelle économie qui justifie ces contreparties? Comme le relèvent des conseillers généraux, la mission de l’AMO était «d’augmenter les places pour le même prix, ou de diminuer le prix». Au final, le parking coûte 2,3 millions de plus et le nombre de places en mains communales, compte tenu des conventions passées et des mandats signés, n’est supérieur que de deux par rapport au projet initial. L’AMO, lui, a obtenu 17 places de parc supplémentaires payées par les citoyens bagnards sans, du moins en apparence, réaliser d’économies.

Dans ses réponses au législatif, Eloi Rossier renvoie au devis qui avait grimpé à «23 millions de francs» et rappelle que «le Conseil général a validé le nouveau concept en novembre 2013 et accepté le crédit de 20,5 millions de francs». Et de promettre que l’expertise démontrera que la facture «soit un peu moindre ou parfaitement dans ce budget». Le résultat est attendu pour la fin de l’année mais impossible de dire s’il sera aussi question des éventuels contournements des marchés publics et des potentiels conflits d’intérêts.

Le parking le plus cher du pays

A 20,5 millions de francs pour 230 places, ce parking est l’un des plus chers du pays avec un prix moyen de 90_000 francs par place. Ce chiffre, exorbitant à lui tout seul, est aussi à mettre en relation avec le devis établi par l’AMO qui chiffrait le coût réel du premier parking à 26 millions, puis stabilisé à 24, soit six de plus que le projet de base à 18 millions qui comportait lui, 211 places. De quoi interroger sur la réalité de ce devis car le coût de la place aurait été porté à… 114 000 francs. Du jamais vu en Suisse.

Selon nos recherches, les parkings souterrains construits, ou en cours de construction, n’ont presque jamais dépassé 60 000 francs par place. En témoignent les parkings en construction à Chêne-Bourg et aux Eaux-Vives, dans le canton de Genève. Nécessitant des travaux complexes, en pleine ville et dans la nappe phréatique, leur coût a été revu à la hausse pour atteindre 60 000 francs la place. Ce qui faisait dire au directeur des travaux de la Fondation des parkings de Genève, Laurent Drême, dans une interview au «Courrier» en 2015 que le coût d’une place de parking atteint «en temps normal, 50 000 francs au maximum».

Conseil général pas informé

Les mandats pour 570 000 francs signés avec les représentants de la résidence Alex n’ont été présentés au Conseil général que quatre ans après leur élaboration. Les détails de l’accord ne lui sont donc pas connus lorsqu’il vote une rallonge de plus de 2 millions pour boucler les 20,5 millions du nouveau budget établi avec le concours de l’AMO en 2013. Selon le PV du Conseil général, c’est le conseiller communal Eric Fumeaux qui présente le dossier alors qu’il est associé dans le privé avec l’un des représentants de l’AMO. Mais ce dernier réfute tout potentiel conflit d’intérêts. «Je n’étais pas seul dans le suivi de ce dossier pour la commune et je n’ai jamais participé aux séances de chantier.» Aujourd’hui, le Conseil général attend aussi de connaître les conclusions de l’expertise.


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