02.06.2018, 05:30

Sion 2026: le face à face de la rédaction

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 02.06.2018, 05:30 Sion 2026: le face à face de la rédaction

SION 2026 Vincent Fragnière, rédacteur en chef, défend le oui au projet, tandis que Xavier Lambiel, chef de l’actu et membre de la rédacteur en chef, prône le non.

Vincent Fragnière

«Le Valais est suffisamment intelligent pour rentabiliser Sion 2026»

Vincent Fragnière, rédacteur en chef

Le projet Sion 2026 prévoit un engagement financier de la Confédération d’un milliard et du CIO pour un montant environ équivalent. Il s’agit d’investissements qui seront faits en grande partie en Valais. Peu d’autres projets peuvent en dire autant. Sion 2026 prévoit aussi très largement d’utiliser et d’améliorer les installations existantes – comme le demandent les nouvelles règles du CIO – afin d’éviter justement les déficits importants liés à la construction de nouvelles infrastructures.

Avec ce double constat, la question des pertes potentielles de Sion 2026 n’aurait jamais dû prendre autant de place dans la campagne, car le projet ne peut pas générer «trente ans de dettes». Prenez même la dernière expo nationale qui a dû être retardée d’une année et qui a généré un important déficit: a-t-elle appauvri le citoyen suisse ou plombé les comptes de la Confédération?

Cette peur liée à l’argent devrait donc s’effacer face à une autre réalité plus importante que permet Sion 2026: placer le Valais sur la carte du monde. Quel autre projet peut y parvenir? Et il ne s’agit pas d’une finalité, mais bien d’un point de départ pour mettre en place une vraie vision pour le développement de certains secteurs du canton.

Prenez Sion. Son projet de liaison câblée avec la piste de l’Ours va en faire une station de ski à douze minutes des pistes. Une petite révolution. Le projet Sion 2026, en plus de lui faire acquérir une notoriété mondiale, doit l’encourager à développer une véritable stratégie de ville à la montagne. Sinon à quoi bon cette liaison câblée?

Prenez le Valais. Aujourd’hui, il n’est pas encore un vrai canton touristique. Parce qu’une partie de la plaine ne l’a pas compris. Et parce que les acteurs touristiques travaillent de manière trop éclatée. Avec une échéance claire, Sion 2026 peut devenir un véritable fédérateur. Comme l’ont été les championnats du monde de 1987 à Crans-Montana qui ont réuni à l’époque six communes, trois sociétés de développement, quatre sociétés de remontées mécaniques et généré des investissements privés pour avoir une station au top, mais qui s’est ensuite endormie sur ses lauriers.

Enfin, prenez l’autre domaine qui fait une partie de la richesse de notre canton, l’énergie. Le Valais doit profiter des JO pour présenter à la face du monde son savoir-faire en la matière. En utilisant une partie du fonds héritage de 100 millions. En créant des synergies avec le pôle énergie de l’EPFL Valais. Et en convainquant la Confédération de développer la 5G en priorité dans les régions qui accueilleront ce grand événement. Pour tenter de devenir des JO 100% autonomes d’un point de vue énergétique. Le slogan serait alors parfait pour placer le Valais sur la carte de la modernité .

Et ce Valais moderne, innovant et qui veut travailler ensemble existe. Il s’est même renforcé ces quinze dernières années, contrairement à ce que peut laisser croire une campagne trop longue qui aura divisé le canton et fait beaucoup de place aux clichés. La question posée le 10 juin est plus simple: l’organisation du plus grand événement sportif d’hiver au monde, avec les nouveaux critères du CIO, peut-elle apporter quelque chose de favorable à notre canton sur le long terme? La réponse devrait être évidente.

Vincent Fragnière, rédacteur en chef

 

Xavier Lambiel

«Les bons projets ne s’élaborent pas dans la précipitation»

Xavier Lambiel, responsable de l'actu

De nombreux Valaisans ne veulent pas des Jeux. Ils le disent, dans les cafés, sur les réseaux, et dans les sondages. A une semaine du verdict, tout indique que si les partisans l’emportent, ce sera d’un infime écart. A Sion, plus qu’ailleurs, la population semble douter. C’est embêtant parce que l’organisation de pareille manifestation nécessite un enthousiasme sincère, de ceux qui ne se décrètent pas. Les Jeux olympiques d’hiver de 2026 ne seront pas réussis s’ils sont organisés par un Valais divisé. Ils ne pourront pas non plus s’inviter dans une ville qui a dit non.

En impliquant d’autres cantons à des degrés divers, le projet se veut national. Mais un sondage mené sur l’ensemble du territoire décrit des Suisses fermement opposés au projet. En acceptant la motion qui espère faire voter tout le pays, le Conseil national a transmis un message inquiétant aux Valaisans. Si nécessaire, le Conseil des Etats corrigera. Trop tard, le mal est fait. Par ailleurs, face aux urnes, les citoyens des Grisons ont déjà dit non. Malgré les bonnes intentions de ses autorités, la Suisse ne semble pas vraiment vouloir des Jeux olympiques.

Minée par une campagne trop longue et une communication parfois maladroite, la candidature de Sion ne s’est pas développée dans la sérénité. A l’origine du projet, le président Jean-Philippe Rochat et le vice-président Christian Constantin ont tous deux démissionné du comité de candidature, pour des raisons peu glorieuses. D’abord sceptique, la classe politique a récupéré un dossier préparé par des entrepreneurs qui agissaient à titre privé. Qu’ils soient conseillers d’Etat ou présidents de commune, plusieurs nouveaux élus ont hérité d’un projet complexe alors qu’ils n’ont pas encore eu le temps de prouver qu’ils sont à la hauteur de leur fonction.

L’organisation des Jeux ne devrait pas occasionner de déficit. Cette réalité oublie les initiatives privées ou publiques qui ne manqueront pas d’apparaître à mesure que l’échéance approchera. Les Jeux olympiques accélèrent tout. C’est à la fois intéressant et dangereux. Mobilité, logement ou infrastructures: le Valais fourmille déjà de projets, souvent prévus pour l’horizon 2040. Si la grande fête a lieu, et afin qu’elle soit la plus belle possible, nombre de ces chantiers devront être achevés dans huit ans, au risque d’engendrer des surcoûts. C’est un problème parce que les bons projets ne s’élaborent pas dans la précipitation.

La recette peut sembler éculée. Par le passé et par trois fois, Sion a échoué à concrétiser son vieux rêve olympique. En 1999, peu avant que le Comité international olympique ne leur préfère Turin pour les Jeux de 2006, les Valaisans découvraient que Salt Lake City leur a soufflé ceux de 2002 à coups de généreux cadeaux. Plus que toute autre, la génération qui a pleuré sur la Planta a de bonnes raisons de se méfier d’un CIO qui affirme avoir changé, mais qui ne l’a pas encore vraiment montré. En attendant pour voir, les Valaisans sont capables de se projeter dans l’avenir sans recourir à cet accélérateur dangereux, qui promet des bénéfices, mais qui comporte des risques évidents.

Xavier Lambiel, responsable de l'actu


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