01.02.2018, 22:04

Rencontres du Nouvelliste: No Billag comme révélateur de la crise que traversent les médias

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Les Rencontres du Nouvelliste avec Jérôme Desmeules,député UDC, Frédéric Jollien, membre JLR, Mathias Reynard, conseiller national PS et Vincent Bornet, directeur de Canal9.

 01.02.2018, 22:04 Rencontres du Nouvelliste: No Billag comme révélateur de la crise que traversent les médias

Scrutin Les médias parlent des médias. Les Rencontres du Nouvelliste avaient jeudi soir pour invitée d'honneur No Billag. L'initiative soumise au peuple le 4 mars déchaîne les passions et les discussions et met au grand jour les défis qui attendent les entreprises d'informations ces prochaines années.

Passionnelles. La relation de la population avec ses médias. Et les discussions autour de «No Billag», l’initiative qui veut priver la SSR et les médias audiovisuels cantonaux de redevance et qui sera soumise à votation le 4 mars. C’est le cinéaste Frédéric Gonseth qui a inauguré par ce constat la soirée Rencontres du «Nouvelliste» organisée jeudi soir par votre quotidien et le Club de communication du Valais au cinéma Lux, à Sion.

Au terme d’un extrait du film du réalisateur «Le printemps du journalisme», le public a pu poser ses questions aux différents intervenants de la soirée au sujet de cet objet de votation très disputé.

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622 francs pour un bouquet

Alors que les sondages donnent l’initiative perdante dans les urnes, le conseiller national Mathias Reynard a pourtant mis en garde contre le risque d’un «vote porte-monnaie». «Les gens pensent qu’ils pourraient payer moins que la redevance, mais c’est faux.

Les bouquets coûtent cher, 622 francs pour un match et un film par mois», a assuré le socialiste, pour qui la SSR doit être considérée et financée comme les autres services publics que sont l’école ou encore les routes.

Une affirmation qui a fait bondir l’opposant Frédéric Jollien, issu des Jeunesses libérales-radicales qui sont à l’origine de l’initiative. «La redevance est un système injuste car ceux qui la paient ne peuvent pas choisir à qui elle est redistribuée. Elle est aussi dépassée puisque même ceux qui ne consomment pas la SSR paient et enfin, elle est incohérente car elle favorise un monopole et favorise les médias audiovisuels au détriment, par exemple, de la presse écrite», a lancé le jeune homme devant un public venu en nombre et pas forcément réceptif aux arguments pro «No Billag».

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A son côté, le député UDCJérôme Desmeules a, lui, tenté de défendre le plan B présenté par ses soins et celui de deux autres parlementaires cantonaux bourgeois et qui proposait un abonnement selon le système du consentement présumé pour financer Canal 9, Rhône FM et Radio Chablais. Une contribution de 7 francs par mois, selon leurs calculs.

 

Un bassin de population trop petit

Vincent Bornet, patron de la télévision valaisanne a qualifié de «douce utopie» ce plan B et dit et redit que l’abonnement volontaire n’était pas un modèle qui avait fait ses preuves pour une structure comme celle qui dirige. «Le bassin de population est très petit, cela démultiplie les coûts de production», a-t-il encore affirmé emboîtant le pas de Frédéric Gonseth qui estime, lui aussi, que la Suisse romande est trop petite pour conserver tous ses médias sans redevance.

Pour les partisans de «No Billag», chaque média devrait pourtant être à même de se financer sans «obliger» les gens à payer une redevance. «Les médias privés ont dû s’adapter et parviennent à s’en sortir», ont lancé Frédéric Jollien et Jérôme Desmeules.

Dans la salle, plusieurs personnes malentendantes, qui ont pu suivre le débat grâce à une traduction simultanée, se sont inquiétées de la fin de cette possibilité assurée par la SSR, en cas de suppression du financement public. «Nous nous retrouverions face à des murs devant nos émissions. Cela nous a pris des années pour obtenir des programmes signés ou sous-titrés. Nous n’avons pas envie de tout recommencer», a fait savoir un homme un peu dépité dans le public.

Pas une question de programme


Argument qui revient comme un refrain durant cette campagne, celui de la qualité des programmes n’a délibérément pas été évoqué. «Cela n’a rien à voir avec ce qui nous a motivés à lancer l’initiative, a répondu Frédéric Jollien. Notre seule motivation était que l’on puisse choisir de payer pour l’information dans un marché libre et libéralisé.»

 

 

 

"No Billag est trop extrême, mais elle a le mérite de secouer le cocotier"

 

Eric Meizoz, en tant que directeur des éditions du Nouvelliste, entreprise de presse non subventionnée, êtes-vous favorable à ce que la SSR joue à armes égales et donc êtes-vous favorable à No Billag?

No Billag est une initiative beaucoup trop extrême avec des effets dévastateurs. Et si Le Nouvelliste ne reçoit pas de redevance, nous sommes bénéficiaires d’une aide à la presse, même si celle-ci ne représente que 1,5% de nos charges puisque nous acheminons 80% de nos journaux via les messageries et plus via La Poste, plus lente. No Billag n’est pas acceptable, mais elle a cependant le mérite de secouer le cocotier et de nous pousser, tous, à repenser le rôle et le coût des médias. 

Les partisans de l’initiative l’affirment: la SSR étouffe la concurrence privée en jouant sur ses terres sans devoir respecter les mêmes règles du jeu. C’est le cas?
Je crois que deux choses sont à remettre en question. D’abord l’association entre la SSR, l’éditeur Ringier et Swisscom au sein de la régie publicitaire Admeira. Grâce, notamment, aux données dont dispose l’opérateur téléphonique, cette régie pourra se permettre, à terme, de fournir de la publicité locale, voire micro locale. Ceci n’est pas acceptable. Le service public ne doit pas chercher à augmenter ses revenus publicitaires au détriment des privés et cela devra être corrigé. Deuxième point: nous sommes en droit de nous demander si le rôle de la SSR est de s’étendre absolument en continuant à démultiplier ses canaux ou ses chaînes.

Quelle est la solution pour que tout le monde puisse survivre. Réduire la voilure du service public ou subventionner la presse écrite?
Il n’y a pas une bonne recette, mais l’on peut par contre exiger de bons comportements. La presse écrite et les éditeurs ne souhaitent pas être subventionnés par soucis d’indépendance. La plupart d’entre eux, qui ne font d’ailleurs plus le gros de leurs affaires avec l’information n’ont pas à l’être. Ce qui est souhaitable par contre et encore une fois, c’est que la concurrence entre les privés et le service public reste loyale.  


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