Qu’est-ce qui cloche avec les Step valaisannes?


En 2018, quatre stations d’épuration valaisannes sur cinq ont dérogé à au moins une règle de la législation sur la protection des eaux. Dans ce domaine méconnu du traitement des liquides usés, les problèmes sont récurrents et parfois tels que la justice doit sévir.

Nous abordons la thématique complexe des causes de ces dysfonctionnements avec un nouvel outil, spécifiquement conçu pour nos supports numériques. Le long format nous permet de développer des enquêtes, des reportages, d’amener des plus-values infographiques, vidéos, sonores et de prendre du recul sur l’actualité. 


Romain Carrupt

 27.03.2020, 16:19

Des constats qui interpellent

Si le phosphore n’est pas suffisamment éliminé par les Step, il favorise la croissance d’algues dans le Léman. Ce phénomène, appelé eutrophisation, nuit au lac, à la production d’eau potable, à la pêche et à la baignade. © CIPEL

Des rejets non conformes dans 83% des Step

La grande majorité des 80 stations d’épuration (Step) valaisannes déroge à au moins une prescription de la législation sur la protection des eaux. C’est ce qui ressort, année après année, du rapport cantonal sur les Step.

Dans les 63 plus grandes installations du canton, entre huit et onze substances sont régulièrement contrôlées. Résultat de ces tests: en 2018, 83% des Step ont présenté au moins un dépassement non conforme, excédant la marge de tolérance admise par l’Ordonnance fédérale sur la protection des eaux (OEaux).

Pour une meilleure vue d’ensemble, l’Etat du Valais a classé les 63 Step analysées en trois catégories. Les 11 qui respectent toutes les normes. Les 35 pour lesquelles des rejets non conformes sont constatés dans 1 à 49% des échantillons. Et les 17 pour lesquelles au moins une mesure sur deux révèle des problèmes.

 

Des effets négatifs pour le Léman

Les substances qui se retrouvent en trop grande quantité à la sortie des Step, comme l’azote, le carbone ou le phosphore, proviennent essentiellement de l’industrie, de l’agriculture et des ménages. Leurs effets sur l’environnement et la santé sont divers. Ils s’étendent jusqu’au Léman, via le Rhône. La Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) se préoccupe en particulier du phosphore.

Cette substance, pour laquelle 57% des Step valaisannes ont enregistré au moins un rejet non conforme en 2018, favorise la croissance d’algues. «Celles-ci nuisent au lac lui-même, mais aussi à la production d’eau potable, à la pêche et à la baignade», met en garde Maud Vouillamoz, membre du comité du Groupement romand des exploitants de stations d’épuration (GRESE). «Le phosphore est aussi une ressource naturelle en voie d’épuisement», complète Simon Crelier, responsable de l’orientation biotechnologie à la HES-SO Valais. «Le récupérer à partir de boues de Step, où il est relativement concentré, devient donc une nécessité.»