02.02.2017, 14:26

Perte d'un enfant mort-né: des Valaisans témoignent

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DEUIL PERINATAL Après la mort d'un bébé à 30 semaines de grossesse en novembre dernier, Le Nouvelliste a enquêté sur la problématique du deuil périnatal. Comment se remet-on d'un tel drame? Deux familles valaisannes ont accepté de témoigner.

Il y a deux mois, une maman témoignait de sa douleur après avoir perdu son enfant à trente semaines de grossesse à l’hôpital de Sion. Pour elle, une erreur de diagnostic est à l’origine du décès de son bébé. Une enquête pénale a été ouverte par le Ministère public pour homicide par négligence.

>Lire aussi - Mort d'un bébé à Sion: l'enquête continue

Au-delà de l’affaire elle-même, cette situation met en exergue la souffrance des mamans qui subissent un deuil périnatal.

>Alexandra et Stéphane Bruchez-Martin: "Je me réjouissais de dormir et tout oublier."

Dans la maison de la famille Aepli à Vernayaz ce matin-là, l’ambiance est paisible. Une bougie, dans le salon, illumine un cadre portant les empreintes des pieds des deux enfants que les époux ont perdus en 2007. C’était à la fin mai. Déjà maman de deux fillettes, Alexandra Aepli (45 ans) devait accoucher de jumeaux, une fille et un garçon, trois mois plus tard. «Jusqu’alors, ma grossesse se passait très bien», raconte-t-elle. Lors du week-end de l’ascension, la famille part à l’étranger pour quelques jours de détente. «Sur la chaise longue, j’avais l’impression que mes bébés bougeaient moins. J’essayais de me rassurer en me disant que j’avais rendez-vous avec mon gynécologue le lundi», note Alexandra Aepli.

 

«La fin du monde»

Au retour, la trentenaire se rend chez son médecin. Quand le gynécologue commence l’échographie, il repère immédiatement qu’un des  enfants, le garçon, est décédé. Pour Alexandra Aepli, c’est «la fin du monde. Ma douleur était si forte que j’ai eu envie de mourir», raconte-t-elle, en larmes. Silence lourd de chagrin. A ses côtés, son mari Stéphane (51 ans)  la réconforte. «Il a toujours été là pour tout porter», confie Alexandra Aepli.  Son époux lui sourit tendrement. «J’ai essayé de rassembler les forces de tout le monde pour aller de l’avant. Il fallait qu’on regarde le sommet pour sortir de cette énorme souffrance.»

Après avoir appris la mort de son bébé, Alexandra Aepli est hospitalisée à Sion, sans connaître l’état de sa fille. Elle est ensuite transférée au CHUV. «Là, nous nous sommes dit qu’il y avait un problème important.» Les parents apprennent que leur enfant est vivante mais plus pour longtemps. «Elle souffrait d’une maladie qui l’empêcherait de vivre après sa naissance.»

Un choix difficile à faire

Les époux se retrouvent devant un choix difficile. «Soit je gardais les bébés jusqu’au terme et notre fille mourrait de toute façon; soit, j’accouchais tout de suite», explique la maman, des sanglots dans la voix. Les parents ont choisi de mettre au monde leurs jumeaux sans attendre. «Avant que l’on me transfère à Sion, les médecins ont endormi le fœtus de notre fille. C’était un geste terrible pour nous. J’ai demandé pardon à nos bébés.»

Des rituels indispensables

Cinq jours après l’annonce de la mort de son fils, la trentenaire met au monde ses deux bébés décédés. De façon naturelle. «Je ne sais pas comment j’ai trouvé la force d’accoucher, car quelques jours avant, je voulais une césarienne.» Les parents prennent ensuite leurs jumeaux, Léonie et Mathis, dans les bras. Les empreintes des pieds des enfants sont immortalisées sur papier. Des rituels indispensables pour eux. «Nous avons connu nos enfants. Les voir et les prendre dans les bras, c’était un moment intime et très fort avec eux», raconte Stéphane Aepli. Les parents inscrivent leurs bébés dans le livret de famille et organisent un enterrement. «Cela nous paraissait normal. Ce sont nos enfants. Ils ont existé», confie Alexandra Aepli.

Un an de noirceur

L’année qui a suivi a été la pire de la vie du couple. Alexandra Aepli se recroquevillait dans la maison. «Je ne voulais voir personne. Le seul moment que j’aimais, c’était le soir. Je me réjouissais de dormir et tout oublier. En me réveillant, j’avais l’impression que c’était un cauchemar, que les bébés allaient bien. Puis la réalité revenait comme un boomerang.»

Une année de survie où les époux ont revécu toutes les étapes de la grossesse dans la douleur. Ils ont aussi  parfois été blessés par les remarques maladroites. «On nous disait que cela faisait plusieurs mois que c’était arrivé, que ça devait donc avoir passé. Ou que ma femme tombait facilement enceinte, donc que ce n’était pas grave», se souvient Stéphane Aepli.

Parler avec des mamans qui ont vécu la même chose

Après un an, les époux refont surface lentement. Alexandra Aepli se confie à une psychologue et se réconforte auprès de mamans ayant traversé le même drame. «Cela m’a fait beaucoup de bien de parler avec des personnes qui comprenaient quel chagrin nous vivions.» Le couple s’est raccroché à ses filles – «Nous devions être bien pour elles» – et aux petites joies du quotidien, «à des choses qu’on ne remarquait pas avant la mort des jumeaux.»

Mais, pour ces parents, il y aura, à jamais, un avant et un après 26 mai 2007. «C’est comme un mur sur notre route», image Stéphane Aepli. «Aujourd’hui, on sait que le pire peut arriver», note son épouse.

«Ne pas rester dans le deuil»

Les parents ont décidé d’avoir d’autres enfants. «Nous ne voulions pas rester dans le deuil.» Alexandra et Stéphane Aepli ont accueilli deux nouveaux enfants, un garçon en 2009 et une fille en 2011. Deux grossesses pas faciles à gérer. «Quand j’étais enceinte de mon fils, j’étais très angoissée si je ne sentais plus le bébé bouger; je voulais tout le temps aller contrôler qu’il était en vie.»

"On peut être heureux après"

Par leur témoignage, Alexandra et Stéphane Aepli ont voulu rendre hommage à leurs jumeaux morts il y a dix ans exactement – «Nous étions prêts», mais pas seulement. «Nous le faisons aussi pour aider les parents qui passent par là, et leur dire que c’est possible d’être heureux après», confie Alexandra Aepli.

Tous deux sont les parents de six enfants, dont «quatre sont ici», confient-ils en regardant le cadre des empreintes de pieds de leurs jumeaux posé à côté des photos de leurs autres enfants.

>Mélina Bruchez-Martin, Vollèges: "Je me suis excusée de ne pas avoir réussi à l’amener au bout du chemin"

«On allume tous les soirs une bougie pour Axel. Son grand frère Tom, qui a trois ans, y tient._Si on l’oublie, c’est lui qui nous demande de l’allumer.» Mélina Bruchez-Martin (36 ans), de Vollèges, a perdu son deuxième fils après cinq mois de grossesse, en septembre dernier. «Le terme était prévu pour le 20 janvier, soit il y a quelques jours à peine. J’avoue que cette semaine-là a été très difficile pour mon mari et moi», confie-t-elle d’une voix douce.

Mélina Bruchez-Martin a perdu les eaux alors qu’elle était enceinte de vingt-deux semaines. «Le travail pour accoucher s’est alors mis en marche. On ne savait pas si Axel était encore en vie.» A l’hôpital, les parents apprennent que leur bébé allait venir au monde, mais qu’il n’y survivrait pas. «On a tout de suite été mis en face de la réalité. On ne pouvait rien faire pour notre fils, sinon d’être là pour lui.»

«Je me suis excusée envers lui»

L’accouchement se passe par voie basse. Axel est en vie quand il voit le jour. «Nous savions qu’il ne lui restait que quelques minutes à vivre, mais nous avons eu cette chance de le connaître vivant, de le serrer dans nos bras, de lui dire qu’on l’aimait. Je me suis excusée de ne pas avoir réussi à l’amener au bout du chemin», confie Mélanie Bruchez-Martin avec émotion. En évoquant ce souvenir douloureux, elle pose ses mains sur son cœur. Heureuse d’avoir pu tenir son bébé sur elle, peau contre peau, avant qu’il ne rende son dernier souffle. «C’était un moment intime, unique, magique, que je garde précieusement au fond de moi.»

Décédé dans les bras de son papa

Une heure plus tard, Axel partait. «Il est décédé dans les bras de son papa. Cela a été dur pour lui, mais s’il ne l’avait pas fait, il l’aurait regretté.» Le couple prend ensuite des photos de son deuxième enfant. «C’est un être humain, c’est notre fils à part entière; nous ne voulons pas l’oublier.» Les parents organisent un «enciellement» – «C’est le mot qu’on a inventé pour définir l’enterrement d’Axel» –, insèrent un faire-part mortuaire dans le journal et l’inscrivent dans le livret de famille. «Ces étapes ont été primordiales pour faire le deuil._C’est au moment de l’enciellement que j’ai réellement pris conscience de ce que nous vivions», raconte Mélina Bruchez-Martin.

Depuis lors, elle se fait suivre par une pédopsychiatre, partage ses ressentis avec d’autres mamans qui ont passé par là et s’efforce de retrouver la voie de la vie. «Notre aîné, Tom, doit pouvoir avoir une enfance de joie. Pour lui, nous n’avons pas le droit de nous apitoyer sur notre sort. Tom est un cadeau. C’est une locomotive qui nous fait avancer.»

Regarder de l’avant

Malgré les hauts et les bas – «c’est un peu les montagnes russes depuis quatre mois», le couple veut regarder de l’avant. Et envisage petit à petit de nouveaux projets. «Juste après l’accouchement d’Axel, je ne voulais plus entendre parler d’avoir d’autres enfants._Mais maintenant, avec mon mari, l’envie renaît. On veut dire oui à la vie», conclut Mélina Bruchez-Martin.

>A lire aussi - Affaire du fœtus décédé: l'ADPVal demande la suspension du médecin


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