09.05.2017, 17:12

Paraplégie: ils ont apprivoisé leur handicap pour aller de l’avant. Deux Valaisans racontent

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Entre Michel Barras, paraplégique, et Manuel Gonçalves, tétraplégique, la complicité naît tout de suite.

HANDICAP Regards croisés entre Michel Barras, paraplégique depuis quarante ans, et Manuel Gonçalves, tétraplégique depuis dix ans, avant de témoigner samedi à la clinique SUVA à Sion.

Tous deux se déplacent en fauteuil roulant. Tous deux ont eu un accident de voiture qui les a privés de leur mobilité. Tous deux ont apprivoisé leur handicap pour aller de l’avant, sans regret de leur vie antérieure. Michel Barras (60 ans), quarante ans de paraplégie, et Manuel Gonçalves (35 ans), dix ans de tétraplégie -soit une paralysie des bras et des jambes- témoigneront le samedi 13 mai lors de "Pararomandie", la première journée romande de la paraplégie, à la clinique Suva à Sion.

  @Keystone                                                                                                                                                                                                         

 

La journée se veut ouverte au public du 10 à 17 heures. "Notre but est de monter ce qu'implique la paraplégie à la population", explique Beat Eggel, responsable communication.

Avant leurs témoignages, Michel Barras et Manuel Gonçalves ont accepté de porter un regard croisé sur leur réadaptation.

Choisir de rester optimiste

Le rendez-vous est fixé à l’appartement de Manuel Gonçalves à Fully. Chez ce jeune père – son premier enfant a six mois –, l’ambiance est à la convivialité. Les deux hommes se saluent par un check déjà complice. «Tu as quarante ans de paraplégie? Franchement, je suis admiratif. Tu as dû en voir partir beaucoup», lance Manuel Gonçalves à Michel Barras.

Vision constructive de la vie

Au fil des minutes, les deux hommes se découvrent la même vision «constructive» de la vie. «J’ai connu certains paras ou tétras qui sont tombés du côté obscur. Dans l’alcool ou la drogue. J’ai décidé de rester du côté de la lumière et de l’optimisme», précise Manuel Gonçalves.

Obstination nécessaire

Il lui a cependant fallu une bonne dose de courage et d’obstination dans sa rééducation. Idem pour Michel Barras qui est parvenu ainsi à bien connaître son corps. «C’est notre force: on sait ce qui est bon pour nous, avec l’expérience», raconte-t-il.

Michel Barras a passé les premiers mois de sa paraplégie à l’hôpital de Genève. «A l’époque, on n’opérait pas tout de suite la colonne. Je suis resté quatre mois allongé sur le lit, sans faire aucun mouvement», explique-t-il.

Dans sa chambre, se trouvaient plusieurs autres patients paraplégiques. «On était jusqu’à six, avec très peu d’intimité.» Manuel Gonçalves n’en revient pas. «A la SUVA, on n’est que deux en chambre et franchement, la vue est magnifique, c’est spacieux.»

 @CRR                                                                                                                                                                                                                

Travail physique intensif

Le jour où Michel Barras a été invité à se mettre en fauteuil roulant, il a rejeté cette idée. «J’ai dit à ma physio que je marcherai. J’ai fait poser deux coussins par terre et me suis levé. Je suis tombé. Je n’avais plus le choix; il fallait utiliser le fauteuil», raconte Michel Barras.

Avec ses physiothérapeutes, il travaille la force musculaire de ses bras, la respiration, rééduque sa vessie. «Je faisais deux fois par jour de la physio d’une heure, une heure et demie chaque fois, sans compter l’ergothérapie et le sport en fauteuil. On n’arrêtait pas!»

Michel Barras lors d'un cours de nunchaku, un art martial.    @Andrée-Noëlle Pot/A                                                                    

 

En l’entendant, Manuel Gonçalves ne peut cacher son admiration. «Ah oui, vous faisiez beaucoup d’exercices!» Juste après son accident, Manuel Gonçalves a, lui, été opéré de la colonne vertébrale au CHUV.

Ce mécanicien auto est alors persuadé qu’il retrouvera sa mobilité avec le temps. «Sur le lit, au début je ne sentais plus rien, puis j’ai commencé à bouger mes bras; j’étais sûr que ce serait pareil pour les jambes.»

Le manque du sport

Transféré ensuite à la clinique SUVA à Sion, il continue à espérer. Jusqu’à ce qu’il soit mis assis par les soignants et se voie dans un miroir. «J’ai vu que je tenais à peine en équilibre.» Il décide alors de travailler dur pour réussir les transferts lit-chaise, faire du standing, apprendre les techniques pour manier sa chaise roulante. «Au début, j’ai eu une chaise électrique, puis une chaise manuelle avec un moteur dans les roues et enfin, une chaise manuelle.»

Des séances de physiothérapie et ergothérapie

Pendant sa rééducation, il suit aussi chaque jour deux séances de physiothérapie et deux d’ergothérapie. «Comme je suis tétraplégique, j’ai dû faire tout un travail avec les mains pour pouvoir saisir les objets.»

Le sport lui manque cependant beaucoup. Manuel Gonçalves s’essaie au tir à l’arc, «mais il n’y avait pas un arc adapté pour moi» et n’est pas convaincu par le ping-pong. «Avoir une activité sportive m’a vraiment manqué. Je ne savais pas qu’on pouvait faire du basket.»


Une équipe de basket s'est même créée en Valais, sous le nom des Lynx. @Christian Hofmann

 

A leur sortie de rééducation, Michel Barras et Manuel Gonçalves refusent tous deux de prendre des médicaments anti-douleurs. «Je préfère danser avec la douleur que de taper dedans», lance Michel Barras.

Manuel Gonçalves opine du chef. «Aux soins intensifs, on m’a tellement donné de morphine que je faisais des cauchemars. Après, je n’ai plus rien voulu prendre.»

Tout est possible

Quand il est rentré chez lui, Manuel Gonçalves était très entouré par ses amis. «Ensuite, les visites se sont espacées. J’étais solo; je n’avais plus envie de sortir par crainte que le bar ne soit pas accessible, qu’il n’ait pas de toilettes, etc.»

Michel Barras le comprend. «En plus, il faut apprivoiser ce handicap, cet étranger qui est entré en nous», confirme Michel Barras. Et de regarder Manuel Gonçalves avec admiration. «Chapeau! Tu t’en es super bien sorti. Et tu as créé une famille. Tu montres que tout est possible.»

Quand l’un et l’autre regardent dans le rétroviseur de leur vie, ils ne cachent pas leur satisfaction. «Je suis content d’avoir eu ma tronche de Valaisan», conclut Michel Barras.


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