10.01.2018, 20:00

Papi-ronchon, la chronique de Marie-Antoinette Gorret

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Marie-Antoinette Gorret, plasticienne.

 10.01.2018, 20:00 Papi-ronchon, la chronique de Marie-Antoinette Gorret

C’était mieux avant, quand le dimanche on faisait griller les chipolatas de mammouth devant la grotte. On râle pour tout et pour rien à longueur de journée. Je râle, vous râlez, nous râlons, nous conjuguons nos efforts pour devenir comme nos voisins français.

Le matin, c’est sur le temps qui ne ressemble à rien, à midi sur le prix du renversé qui ne tient pas debout, l’après-midi sur les politiciens qui...

C’était mieux avant, quand le dimanche on faisait griller les chipolatas de mammouth devant la grotte. On râle pour tout et pour rien à longueur de journée. Je râle, vous râlez, nous râlons, nous conjuguons nos efforts pour devenir comme nos voisins français.

Le matin, c’est sur le temps qui ne ressemble à rien, à midi sur le prix du renversé qui ne tient pas debout, l’après-midi sur les politiciens qui ne savent pas aussi bien que nous comment diriger leur monde, et à l’apéro, c’est l’apothéose, on est meilleurs que les architectes, surtout que les architectes, meilleurs que les étrangers, meilleurs que tous ceux qui ne sont pas foutus de conduire aussi correctement que nous, de travailler aussi bien que nous, de vieillir aussi lentement que nous. Si les lits sont froids c’est la faute à la neige, s’il y a du chômage c’est la faute à l’industrie, plus il y a d’outils moins il y a de travail. On dégrade la couleur des sacs poubelles. On vitupère contre les impôts, on fulmine de ne pas pouvoir regarder la télé à l’œil. On est injustes.

Un simple fait peut devenir un nid de grognements venimeux. Le son des cloches autour du cou des vaches. Les nouveaux habitants râlent contre leurs bruits. Les paysans râlent contre les nouveaux habitants et la moitié de la population râle contre les paysans, parce qu’ils râlent pour tout et pour rien. Les autres râlent contre les citadins qui ne comprennent rien à la vie rurale et râlent sur le prix du beurre. Ils ont au moins tous le même son de cloche, ils râlent.

Râler est devenu une sale habitude, limite méchante… dire du mal fait du mal. Alors pourquoi on proteste, on ronchonne, on bougonne, on rouspète sans cesse?

Peut-être parce que l’on se sent victime, peut-être que l’on se retrouve dans une situation de frustration, de déception, d’insatisfaction, peut-être que l’on cherche à compenser certaines blessures de l’ego ou tout simplement parce ce que ça fait  genre. Du grand gâchis. 

Tout le monde peste, s’enrage, tout le monde râle. On ne peut rien y faire. Mais nous, on peut se changer. Pour moi, fini! En 2018, plus de complaintes pleurnicheuses. «Les râleurs sont tristes et fatigants et pénibles et barbants, ils me bouffent mon énergie, j’en ai marre!» est mon dernier râle. 


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