02.06.2020, 12:00

La Turquie n’obtient pas l’adresse valaisanne d’une journaliste kurde

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La journaliste Serife Oruç se dit satisfaite de la décision helvétique et dénonce un procès politique mené par la Turquie à son encontre.

En sécurité Réfugiée en Suisse après avoir passé deux ans en prison en Turquie, une journaliste kurde ne verra pas son adresse communiquée à Ankara. Le Tribunal fédéral a donné raison à cette jeune femme de 26 ans.

La Suisse ne divulguera pas à la Turquie l’adresse de la journaliste kurde Serife Oruç, réfugiée en Valais après avoir passé deux ans en prison en Turquie, à la suite de la tentative de coup d’Etat de 2016 dans ce pays. Le Tribunal pénal fédéral (TPF) de Bellinzone a partiellement admis le recours de cette femme de 26 ans contre le Ministère public valaisan.

Ce dernier avait accepté, dans le cadre d’une demande d’entraide judiciaire déposée par un tribunal turc, de transmettre la déposition faite par la journaliste devant la police valaisanne, ainsi que le rapport de cette dernière, sans cacher l’adresse de la jeune femme.

Droits de l’homme en jeu

Cependant, pour le TPF, Ankara devra se contenter de recevoir le procès-verbal de l’audition de la jeune kurde, document dans lequel son adresse et divers renseignements personnels seront effacés. Les Turcs ne recevront par contre pas le rapport de police.

Dans son arrêt, le TPF relève que, à la suite de la tentative de coup d’Etat en Turquie en 2016, dans le cadre d’une «campagne de répression massive, la Turquie dérogea alors aux principes garantis par le Pacte ONU II et le Convention européenne des droits de l’homme, le gouvernement turc ayant adapté une série de décrets qui ne garantissent pas le respect des droits et des libertés des individus.» Pour les juges de Bellinzone, «plusieurs cas de torture et d’autres traitements inhumains ont été signalés».

Fausse accusation?

Au bénéfice d’un passeport turc, Serife Oruç a entre-temps obtenu le statut de réfugiée en Suisse. Mais elle n’est pas vraiment rassurée. Visiblement, le pouvoir turc lui fait peur. «Je suis satisfaite de la décision du TPF de ne pas transmettre mon adresse. Il n’en demeure pas moins que mon interrogatoire par la police suisse m’a démoralisée. Les autorités turques ont pris bien garde de ne pas évoquer une raison politique (mes articles) pour demander l’entraide judiciaire helvétique.»

A lire aussi : Asile: près de 2800 Turcs ont demandé l’asile en Suisse depuis le putsch manqué de juillet 2016

Selon la journaliste, la Turquie utiliserait «une accusation d’outrage à un fonctionnaire, à la suite de mon refus de me déshabiller lors de mon transfert entre deux prisons, pendant mon incarcération là-bas.»

Contactée, l’ambassade de Turquie à Berne n’a pas répondu à nos questions. Selon la justice turque, la journaliste aurait injurié une gardienne de prison qui a déposé plainte.

Elle dénonce la torture

Rencontrée dans les locaux du «Nouvelliste», la jeune femme, défendue Me Virginie Lugon-Luyet, ajoute: «Cette plainte a été déposée contre moi parce que j’avais préalablement déposé moi-même plainte contre cette gardienne pour torture. Et aujourd’hui, la Turquie, pour cacher ce qui s’est passé dans cette prison, tente d’inverser les rôles et de me faire passer de victime à coupable.»

Serife Oruç nourrit un espoir. «Après ce signal fort du TPF, j’ose espérer que la Suisse continuera à ne pas entrer dans le jeu antidémocratique du gouvernement turc et protégera la liberté d’opinion.»

 

Emprisonnée deux ans
Serife Oruç travaillait pour l’agence d’information Dicle, qui comptait une centaine de collaborateurs et était basée à Diyarbakir. Comme d’autres, elle fut fermée en juillet 2016 à la suite de la tentative de coup d’Etat. Selon la journaliste, l’Etat reprochait à cette agence de faire du journalisme de rue et de demander l’opinion de gens. Mme Oruç explique qu’elle a été incarcérée sans jugement pendant deux ans, accusée de propagande pro-kurde. En 2018, elle a fui la Turquie et a rejoint la Suisse où elle a obtenu le statut de réfugiée. Ici, elle est membre de la rédaction valaisanne de «Voix d’exils». Mais surtout, elle espère pouvoir reprendre ses études de sociologie à l’Université de Lausanne. «Mais j’ai de la peine à obtenir les documents nécessaires en Turquie.»

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