24.04.2013, 06:30

La Patrouille des Glaciers a 70 ans: notre dossier

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L'édition de 1984 marque le renouveau de la Patrouille. 150 équipes sont au départ. La machine est lancée!

 24.04.2013, 06:30 La Patrouille des Glaciers a 70 ans: notre dossier

Par J. W.

PDG Il y a 70 ans jour pour jour, les 18 premières patrouilles s'élançaient de Zermatt vers Verbier pour la première fois. En pleine seconde guerre mondiale, les jalons de cette désormais mythique course sont posés.

Le 24 avril 1943, il y a de cela exactement 70 ans, dix-huit équipes partent de la cabane Schönbiel, au fond de la vallée de Zermatt. Dix d’entre elles se perdront dans la tempête avant d’être retrouvées en Italie. Cette première édition est remportée par la patrouille bagnarde d’Ernest Stettler.

1943, un entraînent militaire

Un enregistrement sonore d'Ernest, daté du 7 juin 1993, fait référence à cette toute première victoire. Il peut être écouté sur le site de la Médiathèque Valais, ici. On y entend notamment Ernest dire cette phrase qui peut sembler folle aujourd'hui: "On partait de Zermatt comme pour aller à la messe le dimanche... La distance, ça ne comptait pas vraiment." Lorsqu'on sait que cela représente 53 kilomètres et 4000 mètres de dénivelé.

10 à 12 kilos de matériel

A l'époque, la course se fait avec 10 à 12 kilos sur le dos et un mousqueton avec lequel il faut tirer une cartouche à l'arrivée. Une pénalité de 10 minutes par coureur est infligée si la balle ne fait pas mouche. Le passage du Pas-de-Chèvres se fait en rappel, pas par les échelles. Et les transmissions ne sont améliorées que pour la seconde édition où de vrais postes de contrôle sont en place. En 1944, la course se déroule dans de bonnes conditions et au départ de Zermatt. Le témoignage d'un participant à cette course est à retrouver dans notre édition du jour, par le lien ci-dessous, et en vidéo ici:

La guerre étant finie et la mobilisation interrompue, la course n'a plus lieu d'être. Mais des voix s'activent pour la faire renaître et en 1949, une troisième édition verra le jour. Celle-ci sera endeuillée par la mort d'une cordée d'alpinistes expérimentés. Les Orserains Maurice Crettex, Robert Droz et Louis Thétaz sont retrouvés morts au fond d'une crevasse du Mont-Miné, quelques jours plus tard. Un document des archives de la RTS retraçant ces évènements est disponible ici.

La renaissance en 1984

L'armée décide alors d'interdire la course. Le mythe continue cependant de se poursuivre de bouches à oreilles jusqu'à la fin des années 1970 lorsque Camille Bournissen et René Martin décident de recréer la course. Au terme de plusieurs années de tractations, l'autorisation est délivrée pour réorganiser la course en 1984. Cent cinquante patrouilles sont inscrites et parmi elles, les premières équipes civiles.

1986, les glaçons

L'édition suivante, en 1986, une terrible tempête surprend les coureurs à Tête Blanche. Des températures de -40° sont enregistrés. Marius Robyr, emblématique commandant durant près de 20 ans, se souvient: "Lorsque je regarde les photos de cette terrible édition de 1986, celle que d’aucuns ont doté du sobriquet "Patrouille des glaçons", je me remémore cette tempête et la décision qu’il a fallu prendre: neutraliser la course à la hauteur d’Arolla. La température ressentie à Tête Blanche était de – 40 degrés. Il y a eu 101 cas de gelures. Un quasi cauchemar dans lequel il a fallu garder, si j’ose dire, la tête froide, pour prendre la seule décision qui s’imposait, reconnaître notre petitesse devant les éléments et ne pas essayer de transiger avec la sécurité." Des photos de cette terrible édition sont disponibles dans notre galerie sur ce sujet, en lien ci-dessous.

La Patrouille des Glaçons

Marius Robyr dirige la Patrouille des Glaciers jusqu'en 2008, il croit toujours fermement que l'esprit des premières éditions n'a pas changé. "Je souhaite que la conception fondamentale de la PDG, basée sur les événements de 1943 à 1949, ne soit pas travestie, car elle y puise son identité et ses racines. En effet, la PDG ne consiste pas à battre des records de vitesse en cheminement d’altitude. Elle est et doit rester un défi d’excellence choisi librement par la plus grande partie des concurrents: se mesurer et remporter, avec ses compagnons de cordée, une victoire sur soi-même, à l’instar des montagnards familiers de leur milieu, sachant en jauger les risques et les humeurs, puisant dans l’effort soutenu et la camaraderie les ressources nécessaires pour atteindre le but.»

2008, le dopage

Lors de l'édition 2008, la dernière du brigadier Robyr, Patrick Blanc, skieur alpiniste français est pincé pour dopage. Pour le commandant, cela reste le pire souvenir de tout ce temps à la tête de la Patrouille des Glaciers: "Tous les principes que j’ai toujours défendus avec force depuis vingt 20 ans comme l’esprit du montagnard pur, solidaire, sans tricherie ont été bafoués. Pire encore, c’est un affront fait à toutes celles et tous ceux qui se sont mesurés à la régulière sur cette course et un affront aux organisateurs.»

Et l'avenir alors?

Jamais l’avenir de la Patrouille des Glaciers n’a été aussi incertain. C’est du moins ce qu’il se dit. Pourtant, jamais dans l’histoire, la Patrouille des Glaciers n’avait été confirmée au-delà de l’édition suivante. Jamais non plus l’engouement n’a été aussi fort, raison pour laquelle l’avenir inquiète. La course aura lieu du 29 avril au 3 mai 2014. Le compte à rebours est déjà en marche. Pour l'avenir, les zones d'ombre sont nombreuses.

Ueli Maurer, président de la Confédération et chef du Département de la défense, lâchait une petite bombe dans Le Matin Dimanche du 14 avril: "La Patrouille des Glaciers est plus valaisanne que fédérale: 40% des participants viennent de ce canton et 90% ne sont pas des militaires actifs. Faut-il mobiliser autant de personnes pour cette manifestation? On peut se poser la question." Il annonçait aussi sa volonté d'y participer en 2014.

Du côté du commandement de la course, on reste confiant. "C'est une carte de visite formidable pour l'armée suisse mais aussi pour tout le pays. Si l'organisation devait un jour ne plus dépendre de l'armée, ce ne serait plus "La Patrouille" mais une course comme tant d'autres. Nous n'en sommes pas là, la PDG a de l'avenir", conclut Ivo Burgener, commandant de la Patrouille des Glaciers.

Le Parcours de La Patrouille des Glaciers:


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