27.08.2017, 16:02

L'analyse d'abeilles mortes en Valais révèle l'utilisation de produits chimiques interdits

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Du Captafol, fongicide cancérogène interdit depuis 30 ans en Suisse, a été découvert sur les cadavres d'abeilles de sept ruches valaisannes.

environnement Sept ruches valaisannes ont été contaminées au Captafol, un fongicide interdit depuis les années 90, révèle le Matin Dimanche. Les autorités valaisannes réfléchissent à une "Task Force Abeilles" sur le modèle bernois

Il ne sera décidément rien épargné aux abeilles. Entre réchauffement climatique, diminution de la flore, parasite varroa et loque, de nouveaux cas d’intoxications mortelles aux pesticides ont été découverts en Valais. Si le produit incriminé est autorisé, c’est sa mauvaise utilisation dans les cultures qui a causé la mort des butineuses. Seulement voilà. Les prélèvements ont révélé la présence d’une autre substance, plus dangereuse, dans les cadavres des insectes: le Captafol, un fongicide interdit depuis les années 90 aux Etats-Unis, en Europe et en Suisse, indique le Matin Dimanche du jour. Le produit est suspecté d’être cancérogène et provoquer des cancers du foie chez l’homme. 

L'enquête s'annonce délicate

Au printemps, sept ruchers valaisans ont été analysés suite à des morts d’abeilles. Et les résultats sont édifiants. Du Captafol a été identifié en montagne, à Nendaz et à Ovronnaz, mais aussi dans la plaine du Rhône à Chamoson, Saint-Pierre-de-Clage et Fully. D’autres ruches ont été contaminées à Zürich. Les insectes portaient des traces «assez importantes», entre 0,1 et 0,56 milligramme de ce produit, par kilo d’abeilles. Selon le Service Sanitaire apicole, qui a réalisé les analyses, c’est la première fois que du Captafol est découvert sur des abeilles dans notre pays. Informés, les services phytosanitaires valaisans ont ouvert une enquête. Qui s’annonce d’ores et déjà compliquée, confirme le chef du service de l’agriculture Gérald Dayer. «Il sera très délicat de déterminer la source du problème», de par le morcellement des cultures, à prédominance fruitière comme à Fully, mais qui comptent aussi des serres et des jardins familiaux. Selon les autorités valaisannes, il est vraisemblable que ce produit interdit a été répandu «dans le cadre d’une activité agricole». Autres hypothèses, la contamination d’un produit autorisé par la substance interdite directement chez le fabricant, un mélange – peu vraisemblable – de produits autorisés qui déboucherait sur ces résultats et enfin une commande ce produit sur le web. 


Une «Task Force Abeilles»?

Le problème est que le Valais n’a pas mis sur pieds de procédure officielle pour traiter ce genre de cas. Ou du moins pas encore. Les autorités réfléchissent à la création d’une «Task Force Abeilles», comme l’a fait le canton de Berne, dans laquelle on retrouve la police et différents services cantonaux. Pour l’heure un comité de pilotage a été créé qui regroupe les services de la consommation et affaires vétérinaires, de l'environnement et de l'agriculture. «A la base, il résulte d’une volonté politique d'améliorer la gestion des micropolluants», explique le chef du service cantonal de l’agriculture. En raison du problème de Captafol découvert ce printemps? «Non, lorsque le Conseil d’Etat a pris la décision de créer un comité de pilotage, les résultats des analyses en question ne nous étaient pas connus. Il s'agissait surtout de structurer l'action du canton dans un domaine touchant plusieurs départements. Nous collaborons d'ailleurs depuis longtemps entre services concernés sur des domaines ponctuels.»

Agriculteurs tout aussi victimes que les apiculteurs

N’empêche. Gérald Dayer désigne en réalité deux victimes dans ce genre d’affaires : les apiculteurs mais aussi les agriculteurs. Ces derniers sont victimes en termes de travail sur le terrain et d’images. «Même s’ils sont très bien formés, les agriculteurs ne peuvent déceler la présence de produits interdits dans leurs produits phytosanitaires. Ils n’ont par ailleurs aucun intérêt à nuire aux abeilles, ces pollinisatrices indispensables à leurs cultures.» Entendez par là que les responsabilités seraient à rechercher chez les fabricants.
Quant à l'affirmation d'agriculteurs très bien formés, elle est relativisée par l’ancien président de la Fédération d’apiculture du Valais romand Sauro Bordoni. «Les agriculteurs du dimanche font parfois n’importe quoi. Le canton devrait édicter un règlement ou du moins mieux les renseigner. Effectuer les traitements phytosanitaires tôt le matin avant le vol des abeilles résout de nombreux problèmes. Mais effectuer des contrôles coûte cher…» 


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