09.02.2019, 05:30

Economie: comment le Valais se décarcasse pour inciter les enfants à skier

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70% des enfants sierrois ne skient pas en dehors des journées scolaires.

Sports d’hiver Former les enfants est essentiel pour l’avenir du ski valaisan. Les communes et les remontées mécaniques ne ménagent pas leurs efforts, mais le public cible, celui des villes, échappe souvent à leurs mesures.

«On pensait que c’était dangereux et qu’il faisait trop froid», dévoile avec sérieux Lema, 9 ans. Elève de 6H de Sierre, elle n’avait jamais chaussé de skis avant cette journée scolaire. A ses côtés, Kristjan renchérit: «On peut se perdre en montagne.» Malgré leurs craintes, tous deux apprécient beaucoup cette journée à Saint-Luc. Ils voudraient bien revenir, mais leurs parents ne skient pas.

70% de mes élèves ne skient pas en dehors de l’école.
Jacques Zufferey, directeur des écoles de Sierre

Ces enfants sont issus de l’immigration. Personne ne leur a transmis la culture du ski. Pour eux, la montagne reste un territoire inconnu. Directeur des écoles de Sierre, Jacques Zufferey constate froidement: «70% de mes élèves ne skient pas en dehors de l’école.»

Pour les acteurs du tourisme, c’est un problème. A la tête des départements de la formation et de l’économie, Christophe Darbellay est doublement concerné: «La relève est le problème numéro un des domaines skiables et la formation a un rôle clé à jouer.» Si la fréquentation diminue, c’est parce que les Suisses, qui constituent 60% de la clientèle, skient moins. 

Contributions financières importantes

L’école a donc un rôle essentiel à jouer. «Le Nouvelliste» a sondé les 63 communes du Valais romand et constate que toutes font des efforts en la matière. Entre la 5H et la 8H, la grande majorité des communes organise trois ou quatre demi-journées de ski. Deux communes de plaine n’en organisent que deux. Quatre en agendent cinq. Trois d’entre elles sont en montagne, comme Anniviers, et une, Martigny-Combes, en plaine.

Dans la plupart des cas, une petite contribution est demandée aux parents, entre 15 et 30 francs, mais le transport, les repas, les moniteurs sont pris en charge, et parfois le matériel pour les élèves qui n’en ont pas. Les coûts varient selon la taille des communes: 180 000 à Sion, autour de 20 000 à Saillon, Bovernier ou Arbaz et environ 70 000 à Sierre et à Monthey.

Ces efforts sont guidés tant par la tradition que par une nécessité économique; le tourisme pèse 15% du PIB valaisan et 18% des emplois. Cette année, le canton versera 10 francs pour chaque élève participant à au moins trois demi-journées de sport de neige. En collaboration avec la fondation Valais Snowsports, il offrira dès l’année prochaine de meilleures conditions à toutes les écoles, en partenariat avec tous les acteurs de la branche.

Cible manquée?

Mais quelques jours de ski à l’école suffisent-ils pour que les enfants prennent goût au ski et retournent sur les pistes? Selon l’Ecole Suisse de Ski, un débutant peut acquérir les bases nécessaires en trois jours. Mais le ski est un sport contraignant, il faut se lever tôt, se déplacer et y consacrer une journée. Et c’est cher.

Conscientes de cette dynamique, beaucoup de communes subventionnent les abonnements de saison avec la participation des remontées mécaniques. Dans la plupart des cas, elles sont d’ailleurs actionnaires de ces sociétés. Manifestement, la plaine et la montagne ne sont pas égales. A l’exception de Monthey, les villes, plus peuplées, où se trouvent le plus d’enfants issus de l’immigration, ne sont pas concernées. Les incitations manquent une cible importante.


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