06.12.2017, 00:01

«Vous avez trompé le monde paysan»

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Regroupés autour du directeur de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois (assis), les élus du milieu agricole ont exprimé leur colère, hier, au Conseil national.

 06.12.2017, 00:01 «Vous avez trompé le monde paysan»

LIBRE-ÉCHANGE Le lobby agricole envoie une volée de bois vert à Johann Schneider-Ammann. Objet de ce courroux: le ministre tient à l’ouverture des frontières.

les oreilles de Johann Schneider-Ammann ont dû siffler, hier, au Conseil national. Le chef du Département de l’économie a été confronté à une levée de boucliers sans précédent. Ou peut-être devrait-on parler de fourches, compte tenu du contexte. Car les accusations proviennent avant tout du lobby paysan. «Vous nous avez roulés dans la farine», s’est exclamée Alice Glauser (UDC,...

les oreilles de Johann Schneider-Ammann ont dû siffler, hier, au Conseil national. Le chef du Département de l’économie a été confronté à une levée de boucliers sans précédent. Ou peut-être devrait-on parler de fourches, compte tenu du contexte. Car les accusations proviennent avant tout du lobby paysan. «Vous nous avez roulés dans la farine», s’est exclamée Alice Glauser (UDC, VD). «Vous allez casser les reins des exploitants», a renchéri le PDC lucernois Léo Müller. «Vous avez fait fi de la volonté populaire», a soutenu le directeur de l’Union suisse des paysans (USP), le PLR fribourgeois Jacques Bourgeois.

Un rapport présenté le 1er novembre par le ministre de l’Agriculture est à l’origine de ce vent de révolte. Il y fait part de sa vision de la politique agricole avec un leitmotiv: l’ouverture des frontières. Johann Schneider-Ammann s’en expliquait il y a une semaine, dans un entretien accordé à notre journal. «Nous devons pouvoir signer des accords de libre-échange avec les pays émergents pour permettre les exportations de nos industries des machines, pharmaceutique et horlogère.

Le Mercosur (réd: en Amérique du Sud), par exemple, ne nous ouvrira pas ses frontières sans contreparties. Nous devons donc mettre dans la balance certaines concessions douanières pour les produits agricoles.»

L’agriculture assassinée

Pour le président de l’USP, Markus Ritter (PDC, SG), la suppression de la protection aux frontières serait synonyme d’assassinat de l’agriculture helvétique, car celle-ci subit des coûts de production particulièrement élevés. Les paysans se sont sentis d’autant plus trahis que le peuple vient de plébisciter un nouvel article constitutionnel sur la sécurité alimentaire. Son adoption, le 24 septembre, avait été perçue comme une garantie d’avenir par le monde agricole.

Ce contexte a pesé lourd hier. Le plénum était chargé d’émettre une recommandation de vote concernant l’initiative «Pour la souveraineté alimentaire», déposée par le syndicat paysan Uniterre. Ce texte touffu veut renforcer le rôle des petits paysans, notamment à travers la commercialisation directe de leurs produits et de leurs semences. Par ailleurs, les organismes génétiquement modifiés (OGM) seraient définitivement interdits et les subventions à l’exportation supprimées, tandis que des droits de douane pénaliseraient les produits importés qui ne respecteraient pas les normes sociales et environnementales suisses.

Donner un signal

En temps normal, cette initiative jugée excessive par la majorité aurait été repoussée sans grand débat, mais une partie du Parlement aimerait maintenant lancer un signal d’avertissement afin que le Conseil fédéral révise sa vision du libre-échange. «Jusqu’à la fin octobre, c’était l’initiative de trop, mais le Conseil fédéral a changé la donne», note l’UDC vaudois Jean-Pierre Grin. Réaction du libéral-radical genevois Christian Lüscher: «Ne prenons pas ce débat en otage. Le Conseil fédéral n’a fait que lancer des pistes de réflexion.»

Pour sa part, le PDC vaudois Claude Béglé estime que l’on ne peut pas se focaliser sur les seuls intérêts de 150 000 agriculteurs, qui représentent à peine plus de 2% de la population et qui ne contribuent qu’à raison de 0,75% au produit intérieur brut (PIB).

La mauvaise humeur d’une partie du Parlement ne se traduira pas par un vote favorable à l’initiative. Elle n’est soutenue que par les Verts, tandis que les socialistes proposent un contre-projet plus ciblé qui n’est pas davantage susceptible de majorité. On peut s’attendre par contre à un nombre inhabituel d’abstentions. La décision tombera demain. Hier, la séance a été interrompue avant que Johann Schneider-Ammann puisse s’expliquer.


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