14.12.2017, 00:01

L’Assemblée fédérale comble un vide

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Une circulaire verte, glissée hier sur les pupitres des élus du National et des Etats, informait les parlementaires sur le Centre pour le mobbing et le harcèlement.

 14.12.2017, 00:01 L’Assemblée fédérale comble un vide

Par Pierre-andré sieber

HARCÈLEMENT Dès le 1er janvier 2018, une cellule de conseils externe sera à disposition des parlementaires harcelés.

L’information rédigée sur circulaire verte et glissée hier sur les pupitres des élus du National et des Etats est inédite: dès le 1er janvier 2018, la Fachstelle für Mobbing und Belästigung (Centre pour le mobbing et le harcèlement) se tient prête à conseiller les parlementaires fédéraux. Et ce en...

L’information rédigée sur circulaire verte et glissée hier sur les pupitres des élus du National et des Etats est inédite: dès le 1er janvier 2018, la Fachstelle für Mobbing und Belästigung (Centre pour le mobbing et le harcèlement) se tient prête à conseiller les parlementaires fédéraux. Et ce en français, en allemand et même en italien sur demande.

Ainsi en a décidé la Délégation administrative (DA) de l’Assemblée fédérale composée des présidents et vice-présidents du Conseil national et des Etats. Le budget de ce dispositif s’élève à 3600 fr. par an. Une mesure qui se veut un antidote au scandale suscité par l’affaire Yannick Buttet (PDC/VS), harceleur présumé, actuellement en congé-maladie.

Avec des bureaux à Berne et Zurich et une ligne d’appel, ce Centre pour le mobbing et le harcèlement, dirigé par la psychologue Claudia Stam-Wassmer, permet aux victimes de trouver conseil. Les frais sont pris en charge et l’anonymat est garanti. «Il était nécessaire de donner une réponse institutionnelle à ce problème», explique Isabelle Moret (PLR/VD), deuxième vice-présidente du Conseil national.

«Ce type de mesure est du reste exigé des employeurs par la Loi fédérale sur l’égalité, même si cette disposition n’est pas applicable en tant que telle au Parlement», ajoute-t-elle. «Nous ne pouvions pas recourir aux services de la cellule utilisée par l’administration fédérale, car le Parlement surveille cette dernière.» Pour Isabelle Moret, l’Assemblée fédérale comble un retard que d’autres parlements ont rattrapé depuis longtemps.

Quelques sourires

Ne faisant pas les choses à moitié, la DA a remis par écrit aux élus une définition circonstanciée de ce que l’on entend par harcèlement. Un souci didactique qui a suscité des pointes d’humour, à l’image de Christian Lüscher (PLR/GE), fredonnant la chanson de Michel Delpech «Pour un flirt avec toi, je ferais n’importe quoi».

L’encadré intitulé «Flirt ou harcèlement sexuel: où se situe la frontière?» établit deux catégories de manière plutôt martiale. Il faut savoir que le flirt est «une évolution réciproque», «constructif» ou encore «source de joie». Le harcèlement, quant à lui, «est un rapprochement unilatéral», «dégradant» et qui «viole les limites personnelles».

Ce bréviaire n’est-il pas un peu infantilisant? «Il peut prêter à sourire mais il est de toute vraisemblance nécessaire de rappeler cette distinction noir sur blanc», explique Lisa Mazzone (Les Verts/GE). «Quant à la structure indépendante de conseil, elle est indispensable. On l’a vu avec ce qui est injustement arrivé à Céline Amaudruz. Je vais du reste aller consulter ce dispositif.»

Revoir son harceleur

La conseillère nationale genevoise a été elle aussi la cible d’un harceleur dans le cadre de son activité parlementaire. Qui? «J’ai choisi de ne pas médiatiser davantage cette situation personnelle», coupe-t-elle. «Je garde cela pour la cellule d’écoute que je vais contacter.» Lisa Mazzone espère pouvoir rencontrer ainsi son harceleur anonyme afin de recevoir des excuses. Et déposer plainte pénale? «Je n’en suis pas là», conclut-elle.

Auteur de deux motions sur le sujet du harcèlement, Mathias Reynard (PS/VS) constate que le fléau du harcèlement n’est pas mesuré à sa juste ampleur, et pas seulement au Parlement. «Il est clair que ces initiatives prises par l’Assemblée fédérale ne vont pas résoudre le problème mais peut-être feront-elles changer la peur de camp.»

CES FEMMES QUI TROUVENT QU’ON EN FAIT TROP

Toutes les femmes du National ne pensent pas comme Lisa Mazzone. «Pour les personnes qui, dans ce Parlement, n’arrivent pas à faire la différence entre flirt et harcèlement, les explications que nous avons reçues aujourd’hui sont peut-être utiles, mais franchement croyez-vous qu’on n’arrive pas à faire la distinction tout seul?», rétorque Natalie Rickli (UDC/ZH). «Quant au Centre de conseils externe, nous n’en avons pas besoin non plus. Nous sommes des adultes et la démarche consistant à révéler un harcèlement doit être entreprise de manière personnelle.»

Cette sorte de vade mecum de la victime de harcèlement fait aussi plaisanter Doris Fiala, présidente des Femmes PLR, qui y voit une «fausse bonne idée». «Je pense que ce genre de discours didactique pourrait convenir pour les écoles et la formation des jeunes adolescents, mais pas pour les parlementaires», critique-t-elle. «Quand on arrive au niveau du Conseil national ou des Etats, on a la capacité de comprendre le problème et d’agir en conséquence tout seul. Je pense qu’après deux semaines d’affaire Buttet, on en fait trop en comparaison de ce qui se passe ailleurs, notamment en ce qui concerne la violence domestique ou dans les pays en développement.»


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