21.03.2020, 08:00

Ski extrême: il y a 50 ans, Sylvain Saudan domptait l’Eiger

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Le 9 mars 1970, Sylvain Saudan, dans le cercle rouge, descend la face ouest de l'Eiger survolé par Bruno Bagnoud en hélicoptère.

Anniversaire Le 9 mars 1970, Sylvain Saudan descendait la face ouest de l’Eiger skis aux pieds. La performance donne naissance à la légende du skieur de l’impossible.

La vie de Sylvain Saudan bascule le 9 mars 1970. Dans tous les sens du terme. Il écrit la première page de sa légende de skieur indomptable en maîtrisant la descente de la face ouest de l’Eiger. Il remporte une course contre la montre qui l’oppose à un Japonais débarqué sans préavis dans l’Oberland bernois afin de relever le même défi. «Nos hôtels se faisaient face», se souvient le Valaisan. «Nous nous sommes observés durant plusieurs jours dans l’attente d’une fenêtre météorologique favorable. Je me demandais quelle était sa connaissance du terrain.»

L’attente prend fin. Les rivaux décollent en hélicoptère vers le sommet perché à 3970 m. Des nuages s’invitent qui interdisent la dépose. «J’ai demandé à Bruno Bagnoud de me laisser environ 200 m plus bas.» Il quitte la machine volante et son pilote. «Bruno a l’ADN de la montagne, il en a l’intelligence. Il a collaboré en ami à cette réussite plus qu’en homme d’affaires.»

Avec des skis de 2 m 10

Un coup de vent balaie la pointe au-dessus de lui. «J’ai vu l’engin de mon concurrent au-dessus de ma tête durant mon ascension. Ma décision un peu précipitée lui avait offert sur un plateau la possibilité de me devancer.» Son rival fait demi-tour. Sans tenter la descente. «Il n’avait certainement pas conscience des risques à prendre jusqu’à ce qu’il découvre vraiment la pente depuis le haut. Elle atteint les 45 degrés sur certains secteurs.»

Plusieurs expériences avaient déjà confronté Sylvain Saudan à de telles situations. Ses lattes de 2 m 10 dessinent leur trace sur la mythique montagne bernoise. «Plus la taille des skis est courte, plus l’équilibre est précaire. Le matériel n’avait pas été fabriqué spécialement pour un tel défi, mais j’utilisais du haut de gamme. Exactement comme pour les bâtons et pour les chaussures. Le bâton donne le rythme au skieur comme le fait une béquille afin de soutenir la marche.»

A lire aussi: Ski extrême: le Valaisan Sylvain Saudan donne son nom à un couloir mythique dans une station canadienne

Il fait l’Olympia à Paris

Les représentants de la presse internationale l’accueillent au terme de sa descente. La performance a droit au journal d’actualité de la société Gaumont qui précède les projections de film dans tous les pays francophones. L’homme qui dévale les pentes vertigineuses à skis se débarrasse peu à peu de sa combinaison d’illuminé dont l’habillaient ses détracteurs. «On m’a sollicité pour des conférences à la salle Pleyel à Paris. Deux soirées étaient prévues à l’Olympia, on en a ajouté une troisième. J’ai même remplacé Jean-Claude Killy pour une tournée aux Etats-Unis.»

Ses films séduisent le public. «Mes conférences m’ont permis de montrer que les gens de la montagne ne sont pas les personnes brutes de décoffrage que le monde souhaitait voir.» Le journaliste et écrivain français Paul Dreyfus lui consacre un livre. Il le titre «Sylvain Saudan, skieur de l’impossible». «J’en suis flatté sans m’en laisser envahir. Quelle est la valeur de ce mot? Tant que les choses ne sont pas tentées, elles demeurent impossibles. Il m’a été attribué parce que les professeurs de ski de Chamonix qu’il a rencontrés lui répétaient sans cesse ce mot. Il exprime ce que les gens pensaient de moi.»

Sylvain Saudan se présente comme invité sur la célèbre vigne à Farinet en 2011. keystone

Le premier à descendre un 8000

Douze ans après son inoubliable passage sur l’Eiger, le Valaisan effectue la première descente intégrale d’un 8000. Il maîtrise les pentes du Gasherbrum I dans l’Himalaya qui culmine à 8068 m. «La question d’un journaliste anglophone au pied de l’Eiger avait semé la confusion. Il m’avait demandé «quelle est la suite?». J’avais répondu que ma motivation était de réussir la même performance sur un 8000. Cela semblait totalement farfelu. Les gens n’y croyaient pas une seconde. Je m’y suis préparé petit à petit en descendant un 6000, puis un 7000.»

Une première tentative échoue en 1979 au Dhaulagiri. Trois membres de l’expédition perdent la vie. «Certains journaux m’ont annoncé disparu, voire pire. Il a fallu surmonter cette épreuve pour repartir.» Le skieur de l’impossible se relève pour figurer aujourd’hui parmi les 50 exploits des temps modernes répertoriés par les Editions du Reader’s Digest. Son histoire suit celle du premier pas sur la Lune.

 

«Les riders d’aujourd’hui n’ont pas les mêmes motivations que moi»
Les freeriders contemporains sont-ils les héritiers de Sylvain Saudan? «On dit que je suis leur père. J’en suis fier», répond le Valaisan qui réside à Chamonix. Malgré cette filiation, le skieur de 83 ans souligne les différences. «Ils nous montrent de la profonde, de la poudreuse. Vous voyez rarement de la neige se soulever en regardant le film de mes descentes. Cela ressemble à une manière de vivre pour eux, une sorte de religion. Ils ne pratiquent pas en solitaire. Quand ils annoncent des premières, on voit rarement leur approche du sommet et tout ce qui précède le départ. Quand vous tentez un 7000 ou un 8000 mètres à skis, vous portez trois casquettes en vous retrouvant à la tête d’une expédition.»
Les compétitions actuelles sont encadrées et sécurisées. «L’esprit est différent. Je suis content d’avoir débloqué le ski il y a cinquante ans. Dans les jeunes actuels, j’apprécie ce que fait Jérémie Heitz. Il a une approche intéressante.»

 

Sylvain Saudan évoque en vidéo son regard sur le ski extrême actuel:


 


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