La métamorphose du Valais

Ronquoz21

Bâtis ton avenir et celui du Valais

Quartiers mixtes innovants, complexes touristiques responsables ou encore nouvelles infrastructures énergétiques, le canton va se doter d’ouvrages de référence durant ces prochaines années. Des constructions qui permettent de poursuivre le développement de l’économie tout en renforçant l’attractivité touristique de la région. 

Quels sont ces chantiers ? Comment impactent-ils la branche de la construction et la croissance du secteur ? Quels sont leurs atouts urbains, architecturaux et sociétaux ? Explications à travers quatre réalisations majeures.

Textes : Thomas Pfefferlé

Une publication du Bureau des Métiers et des l'Association Valaisanne des Entrepreneurs, à suivre tout au long de l'année. 

Chapitre 4 : La métamorphose du Valais

Dixence Resort

Dixence Resort

Carte d'identité

Lieu: Hérémence

Début des travaux: 2017

Livraison: 2023

Investissement: 120 millions de francs

Particularité: 42 chambres d’hôtel préfabriquées en bois.

Secteur clé de l’économie valaisanne, le tourisme doit composer avec de nombreux défis. Pour qu’un complexe hôtelier puisse être rentable, il s’agit de maîtriser ses coûts de construction tout en pouvant l’exploiter durant toute l’année pour éviter les creux saisonniers. Il est par ailleurs essentiel de bâtir de manière responsable, en favorisant les acteurs économiques locaux. Dans les hauteurs d’Hérémence, le complexe Dixence Resort incarne ces différents atouts de manière subtile. Au total, les 20'000 m2 de plancher du projet comprennent un hôtel (200 lits) avec restaurant et bar, une résidence de tourisme — Swisspeak Resort (500 lits) — ainsi qu’un centre thermal ouvert au grand public, sans oublier des surfaces résidentielles. «Le projet initial impliquait l’utilisation de chambres préfabriquées dans des cubes en béton importées d’Espagne.

L’impulsion nouvelle donnée par les porteurs du projet a ensuite favorisé une approche durable et locale. Nous avons conservé l’idée des chambres préfabriquées dans des cubes, mais ces dernières sont en bois et ont été construites en Valais, impliquant près de vingt sociétés locales actives dans cette filière», détaille Maxime Métrailler, cofondateur de l’entreprise Modubois, créée dans le cadre de la mise au concours du projet pour fédérer les savoir-faire des acteurs valaisans du bois. 

Architecture engagée. 

L’ingénieur et pilote du projet Jean-Daniel Masserey a donc vu juste en misant sur la préfabrication locale. Une première en Valais qui, en démontrant la faisabilité technique et financière de la manoeuvre, a d’ailleurs donné l’impulsion à d’autres projets impliquant la filière bois du canton. «L’aspect énergétique se trouve aussi au coeur de l’innovation du Dixence Resort puisque l’ouvrage sera autonome sur un bilan annuel. Une performance obtenue avec un chauffage à distance qui utilise la chaleur de l’eau thermale, couplé à un système de pompage-turbinage présentant cinq fois plus d’eau turbinée que d’eau pompée grâce aux eaux de drainage du site», souligne Jean-Daniel Masserey.

DURABILITÉ En faisant appel aux filières locales capables d’innover dans la construction bois,le projet du Dixence Resort se veut aussi responsable qu’engagé. IMAGES : dixence resort et DR

Lac des Toules

Panneaux solaires
PHOTOVOLTAÏQUE Le potentiel énergétique d’infrastructures flottantes en milieu alpin est misen évidence sur le lac des Toules, l’avenir du solaire se joue peut-être sur l’eau également.

Carte d'identité

Lieu: Bourg-Saint-Pierre

Début des travaux: 2019 (premières études en 2013)

Livraison: 2023 (extension finale)

Investissement: 50 millions de francs (coût total)

Particularité: panneaux solaires flottants, première mondiale en milieu alpin.

Depuis près de deux ans, une infrastructure solaire d’un nouveau genre flotte dans les hauteurs de Bourg-Saint-Pierre, sur le lac du barrage des Toules. Un projet des plus innovants réalisé avec Romande Energie qui démontre un potentiel photovoltaïque encore peu exploité à l’heure actuelle. «Si le fait de disposer des panneaux solaires en milieu aquatique est plutôt répandu, par exemple dans des parcs de grande envergure situés à faible altitude ou au niveau de la mer comme en Grande-Bretagne, au Japon ou en Asie, le faire en milieu alpin est une première  mondiale», souligne Gilbert Tornare, président de la commune de Bourg-Saint-Pierre. Car à 1800 mètres d’altitude, les défis météorologiques sont de taille. Autre challenge majeur: la variation du niveau de l’eau qui, en raison du turbinage, change fortement cinq fois par année. Vers la fin de l’hiver, l’infrastructure solaire pose donc sur le fond du lac. Il a ainsi fallu développer un système particulièrement ingénieux, capable de s’adapter aux reliefs du fond sans que cela n’entrave son efficience photovoltaïque. 

Production prometteuse. 

Le dispositif actuel, composé de 36 structures flottantes qui soutiennent quelque 2'240 m2 de cellules photovoltaïques, produit 800'000 kWh par année, soit l’équivalent de la consommation de 227 ménages. Des performances énergétiques supérieures aux panneaux classiques obtenues grâce à des panneaux bifaciaux, capables de capter tant le rayonnement solaire que l’effet albédo (n.d.l.r. le pouvoir réfléchissant d’une surface, en l’occurrence celui de l’eau du lac et de la neige environnante l’hiver). Cette première configuration a donc permis de démontrer la faisabilité technique et l’efficience énergétique de l’innovation. Notons également que dans les deux ans à venir, la structure devrait être augmentée pour s’étendre sur 64'000 m2 de panneaux solaires et produire 22 GWh, soit la consommation de 6'100 ménages.

PHOTOVOLTAÏQUE Le potentiel énergétique d’infrastructures flottantes en milieu alpin est misen évidence sur le lac des Toules, l’avenir du solaire se joue peut-être sur l’eau également.

Ronquoz 21

URBANISME Intégrer les souhaits des populations directement concernées par les réaménagementsurbains constitue un atout participatif de taille.

Carte d'identité

Lieu: Sion, quartier sous-gare

Début des travaux: en cours

Livraison: 2050 (construction étalée sur 30 ans)

Investissement: en cours

Particularité: transformation d’une zone industrielle en zone mixte autour d’une surface végétale.


Un ambitieux projet de mixité urbaine va peu à peu remplacer l’actuel centre industriel de la capitale valaisanne. D’ici à 2050, l’occupation du secteur devrait plus que doubler pour atteindre 10'000 habitants-emplois. Une nouvelle identité qui, sur soixante hectares s’étalant du sud des voies CFF jusqu’aux berges du Rhône, se traduira par des logements, des bureaux, des commerces ainsi que des infrastructures publiques. Éléments centraux de ce réaménagement complet, la vaste zone verte et le cordon boisé prévus prennent le contre-pied de l’actuelle configuration à vocation industrielle. 

Initié par la Ville de Sion, le projet Ronquoz 21 se veut participatif depuis ses débuts. Le programme de la mutation est en effet élaboré depuis 2018, année durant laquelle une consultation citoyenne de grande envergure a été organisée dans le but d’intégrer les souhaits des Sédunois. Le concours d’urbanisme international lancé l’année suivante par la Ville a désigné le groupement Herzog & de Meuron et Michel Desvigne Paysagiste comme lauréat du concours. 


Replacer le paysage au coeur de la ville.

«La présence d’une chaîne de parcs reliés par un cordon boisé figure parmi les principaux arguments qui nous ont séduits dans ce projet, détaille Philippe Varone, président de Sion. Ce parti pris très fort donne au quartier une toute nouvelle identité qui priorise les espaces verts, les piétons, la mobilité douce et les transports publics.» Réalisable par étapes, le projet a aussi pour ambition de faire cohabiter certains acteurs artisanaux et industriels dont l’activité s’avère compatible avec le futur positionnement de la zone mixte. D’autres industries présentes sur le site actuel seront accompagnées pour être progressivement relocalisées dans de nouvelles zones industrielles prévues par la Ville. L’impact économique du projet sera considérable, en touchant tant les entreprises locales de la construction que les paysagistes.

Curala

ARCHITECTURE Outre les éléments techniques et constructifs, la prise en compte de l’impactsocial et économique fait de Curala un projet des plus prometteurs.

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Lieu: Le Châble

Début des travaux: 2025

Livraison: 2035

Investissement: 135 millions de francs

Particularité: programme architectural mêlant habitat, commerce, tourisme et mobilité.

Durant ces prochaines années, le coeur du Châble va se métamorphoser. Une zone stratégique puisque la place de Curala constitue un noeud intermodal entre les transports ferroviaires et les cabines menant au domaine skiable de Verbier / Bruson. Le programme architectural  comprend un hôtel et des résidences de vacances (700 lits), des logements — dont certains adaptés aux personnes à mobilité réduite, des surfaces commerciales et administratives ainsi qu’un parking, sans oublier des zones piétonnes et des places de jeux. Derrière ce projet on trouve la CAPAV et la CPCV, les caisses de pension valaisannes de la construction, ainsi que les principales caisses de pension du Valais CPVAL, PRESV et CAPUVA qui, avec la commune et les fonds d’investissement partenaires, attribueront les travaux essentiellement à des entreprises du canton. «Un atout de taille qui, en dynamisant le tissu économique local, nous a permis de remporter le concours d’investisseurs que la commune avait lancé en 2017», souligne Eric Moix, responsable du projet.


Aura architecturale multiple. 

Pour Olivier Filliez, directeur de Fima Architecture qui a conçu le projet en partenariat avec le bureau G. Comina, Curala dynamisera la vallée et le lien avec Verbier tout en créant des emplois sur le long terme. «Nous avons conçu le projet en développant de nouvelles places délimitées naturellement par les constructions et infrastructures existantes. Le but étant d’éviter de créer un centre unique qui absorberait tous les commerces des environs. Nous avons donc proposé de restreindre l’offre commerciale et de renforcer les liens avec l’agglomération environnante en privilégiant notamment la mobilité douce.» Des pistes cyclables et chemins piétons sont ainsi prévus le long de la Dranse et perpendiculairement à cette dernière. À noter également, le projet devrait favoriser la filière bois, matériau retenu pour l’instant sur les façades des différents volumes et à l’étude pour certaines structures.

ARCHITECTURE Outre les éléments techniques et constructifs, la prise en compte de l’impactsocial et économique fait de Curala un projet des plus prometteurs.