22.09.2020, 00:01

Européens vent debout contre les sanctions visant l’Iran

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Européens vent debout contre les sanctions visant l’Iran

DIPLOMATIE L’Occident risque d’être entraîné à son corps défendant par la décision de Trump.

On dirait un pendu qui glisse inexorablement vers le fond du précipice, au fur et à mesure que craquent les fils de la corde qui le relie au gibet. Voilà à quoi ressemble, aujourd’hui, l’accord sur le nucléaire iranien arraché à l’Iran, en juillet 2015, après des années de souffrances diplomatiques, de nuits sans sommeil, de compromis douloureux et de négociations épuisantes avec et entre les six membres de la communauté internationale qui parrainent celui qu’on appelle aussi le JCPOA.

Imparfait, fruit d’un consensus trop fragile entre les puissances, le JCPOA, qui avait pour ambition de geler le programme militaire nucléaire iranien, court, aujourd’hui, un danger mortel. Après s’être retiré de l’accord en 2018, car il le jugeait trop favorable à Téhéran, le président américain Donald Trump a décidé unilatéralement, le 20 septembre, de réinstaurer les sanctions de l’ONU, levées en 2015. C’est la suite logique de la décision, prise le mois dernier par le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, de déclencher le «snapback», un mécanisme de rétablissement des sanctions. C’est aussi la réponse au revers subi, mi-août, au Conseil de sécurité de l’ONU, par les Etats-Unis dans leur tentative de prolonger l’embargo sur les armes conventionnelles contre Téhéran, qui expire le 20 octobre.

Etats-Unis isolés

Officiellement, la dernière attaque américaine contre le JCPOA n’atteint pas les Européens. Les Etats-Unis s’étant retirés de l’accord en 2018, leur décision sera «sans effet en droit», assurent les diplomaties française, allemande et britannique, qui, au sein du groupe E3, parrainent l’accord. «Les pays du E3 sont résolus à défendre le JCPOA à la fois contre ceux qui veulent le tuer et contre celui qui le vide de sa substance par ses constantes violations, c’est-à-dire l’Iran», explique une source diplomatique française. Rarement les Etats-Unis ont été aussi isolés sur un sujet international majeur.

Mais la réalité est plus compliquée. Pour contraindre les Européens et leurs alliés à se conformer à leur décision, la Maison-Blanche pourrait décider de mettre en place des «sanctions secondaires», un système destiné à punir tout pays qui déciderait d’ignorer le rétablissement unilatéral de l’embargo et qui peut stopper l’accès au marché et au système financier international. «Une sorte de réalité virtuelle (américaine) s’oppose à la réalité juridique telle que reconnue par l’ensemble de la communauté internationale», commente le diplomate Michel Duclos dans une note pour l’Institut Montaigne. Même s’ils refusent le fait accompli américain, les Européens risquent d’être entraînés à leur corps défendant par la décision de Donald Trump.

Technique de la terre brûlée

Le président américain, qui avait fait du retrait de l’accord nucléaire un argument de campagne, semble pratiquer la technique de la terre brûlée. S’il voulait tuer définitivement le JCPOA avant l’élection du 3 novembre, il ne s’y prendrait pas autrement. Son intention est-elle de pousser l’Iran à la faute en l’incitant à sortir de l’accord? Face à ce nouveau coup dur, les Européens sont, aujourd’hui, à la recherche d’une stratégie qui leur permettrait de tenir jusqu’au 3 novembre, d’ignorer la décision américaine en assurant jusque-là la survie de l’accord.

Si Donald Trump était réélu, les jours du JCPOA seraient sans doute comptés. «Il est douteux que les Européens puissent avoir leur mot à dire dans la suite des événements», prévient Michel Duclos. Mais une victoire de Joe Biden ne garantirait pas forcément sa survie. Le candidat démocrate voudrait faire revenir les Etats-Unis dans le JCPOA, mais seulement si l’Iran se remet en conformité avec ses obligations internationales et accepte de négocier sur les questions régionales, sur son programme de missiles et sur l’avenir de l’accord nucléaire. Depuis 2018, les Iraniens ont multiplié les violations du JCPOA. «L’effet cumulé de leurs actions, en matière d’enrichissement de l’uranium et de connaissances acquises, reste préoccupant» explique une source diplomatique.

Le programme progresse

Or ce sont les faucons qui ont, aujourd’hui, le vent en poupe à Téhéran. «Le scénario d’un ‘rush vers la bombe nucléaire’ ne peut être exclu, compte tenu des progrès que l’Iran a effectués vers la bombe au cours des derniers mois», prévient le diplomate Michel Duclos. En cinq ans, finalement, rien n’a marché. Ni la «pression maximale» de Donald Trump ni la stratégie du bâton et de la carotte – sanctions et négociations – des Européens. Face à la Chine et à la Russie, qui regardent le camp occidental se diviser, l’Europe saura-t-elle pousser son avantage et reprendre la main nucléaire? Le Figaro


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