15.12.2018, 05:31

Yann Arthus-Bertrand se confie en marge de sa rétrospective à la fondation Opale à Lens

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Yann Arthus-Bertrand jette un regard assez sombre sur l’état de notre planète. Pour le photographe et reporter, le salut passe par une «révolution» intérieure de tout un chacun.

Interview Pour son ouverture, la nouvelle fondation Opale à Lens s’offre un grand nom: Yann Arthus-Bertrand. Le photographe français capture depuis quarante ans les adrets et les ubacs de notre planète. Entretien.

Les yeux sont lumineux mais le regard est sombre. Invité à exposer à la fondation Opale, Yann Arthus-Bertrand y présente 230 photographies et deux films retraçant ses pérégrinations aux quatre coins du monde. Une première rétrospective qui montre la beauté de notre Terre mais aussi son état de déréliction. Interview d’un témoin sensible et désenchanté.

Nous sommes dans un centre d’art, vous vous reconnaissez une démarche artistique?

Je me définirai davantage comme un témoin. Au fond, même si la photographie est un art, ce que je fais n’est pas si difficile. Il s’agit surtout d’être au bon endroit au bon moment car des gens réalisent aujourd’hui des images formidables avec un smartphone. L’idée, c’est surtout de montrer la corrélation très forte entre ces images du monde et l’impact sur notre vie quotidienne. 

 

© KEYSTONE

C’est donc pédagogique?

C’est plutôt informatif. Je me sens comme un journaliste. En revanche, j’espère que cette exposition servira à générer des discussions en la présentant par exemple à des classes.

On a l’impression de vivre un moment contradictoire entre prise de conscience collective et manque d’action concrète. Qu’est-ce qui bloque?

Je crois que notre dépendance à la croissance nous empêche de trouver une solution. Toute la journée, on nous demande d’acheter des choses dont on n’a pas envie, avec de l’argent qu’on n’a pas mais c’est pourtant ce qui fait vivre tous nos systèmes, grâce auxquels on a pu faire des progrès sociaux extraordinaires. La croissance, c’est tout cela et elle a été possible grâce à notre richesse. C’est donc difficile d’y renoncer.

 

 

 

L’art peut-il être un vecteur de changement?

Pas forcément. Il faut surtout se réveiller, nous sommes en train de parler de la sixième extinction de masse! On ne peut pas regarder cela avec détachement. 

 

© KEYSTONE

Qu’attendre du politique?

Il n’y a pas d’homme providentiel. Si l’électeur ne veut pas changer, l’homme politique ne changera rien. Il y a certes un manque de courage mais il faut aussi une prise de conscience plus large. Je vais vous donner un exemple très clair. quand il y a eu la marche sur le climat à Paris, on était 50 000. Quand on a gagné la Coupe du monde de foot, on était un million et demi sur les Champs- Elysées. Le jour où l’on sera 1,5 million pour la survie de nos enfants, je pense que les politiques changeront car ils se sentiront appuyés. 

Tous les écolos du monde sont perdus devant la solution à adopter.

 

Vous n’avez plus d’espoir?

Il serait idiot et ridicule de ne pas être pessimiste. Mais c’est plus facile de ne pas y croire et de s’enfermer dans le déni. Je ne veux plus mentir, nous allons, quoi qu’il arrive, vers un changement climatique majeur. C’est comme la mort, on sait qu’elle nous attend tous mais on ne veut simplement pas y croire trop vite. Imaginez-vous, nous avons perdu 60% du vivant en quarante ans. C’est inouï et pourtant, on continue. C’est un échec collectif.

Que proposez-vous, une révolution?

Il le faut mais elle ne sera ni politique, ni scientifique, ni économique car il y a trop de choses à modifier. C’est un changement spirituel et intérieur qu’il faut générer, sans se reposer sur les autres.

 

Casse d’automobiles, Saint-Brieuc, Côtes-d’Armor, France. ©Y Arthus-Bertrand

 

Dénoncer c’est bien mais que faire concrètement?

Je suis dans une phase réaliste et tous les écolos du monde sont perdus devant la solution à adopter. On parle de beaucoup de choses mais personne ne sait où l’on va. On est en train d’écrire dans nos gènes la mort de l’humanité. Notre action, si on est 7 milliards à en prendre le Chemin, permettra peut-être de retarder le moment fatidique.

 

Infos pratiques

Legacy : une vie de photographe, rétrospective Yann Arthus-Bertrand / Exposition Robert Fielding.
Du 16 décembre 2018 au 31 mars 2019, du mercredi au dimanche de 10h à 18h. Vernissage dimanche dès 11h en présence de Yann Arthus-Bertrand. www.fondationopale.ch

 

Des ambitions plus modestes

En exposant Yann Arthus-Bertrand à Lens, Bérengère Primat a frappé un grand coup pour l’ouverture de sa fondation Opale. Le célèbre photographe devrait drainer un large public suisse et étranger. Mais pas question pour la présidente de plastronner. L’objectif est d’attirer quelque 30_000 visiteurs à l’année. Bien moins ambitieux que les 70_000 affichés par la fondation Arnaud à son ouverture en 2013. Deux expositions temporaires annuelles seront organisées. Mais comment réussir là où ses prédécesseurs ont échoué? «Je n’ai pas de botte secrète. On veut surtout soigner la qualité et mieux communiquer», explique la mécène du Haut-Plateau. Qui ne révélera pas le montant du budget «mais la voilure a été réduite». Pas question de faire tabula rasa du passé. «De bonnes choses ont été faites. On doit profiter de ces acquis. Et le lieu a un potentiel extraordinaire, je suis très confiante pour la suite.»

 

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