19.12.2017, 00:01

Un plongeur venu du futur

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Un plongeur venu  du futur

 19.12.2017, 00:01 Un plongeur venu du futur

Par Laurence de Coulon

LITTÉRATURE Dans le roman d’anticipation d’André Ourednik, un ministère gère un bassin de mémoire liquide où il faut littéralement plonger pour trouver des informations. Dense, drôle et intrigant.

Des hommes plongent dans l’eau et tissent des fils narratifs pour établir les rapports mandatés par des entreprises privées ou le secteur public. C’est le futur imaginé par André Ourednik. Après l’archivage papier, puis électronique, place au stockage liquide des données mondiales. Mais un fil laissé par un plongeur disparu intrigue le personnage Goan Si. Que signifient ces histoires...

Des hommes plongent dans l’eau et tissent des fils narratifs pour établir les rapports mandatés par des entreprises privées ou le secteur public. C’est le futur imaginé par André Ourednik. Après l’archivage papier, puis électronique, place au stockage liquide des données mondiales. Mais un fil laissé par un plongeur disparu intrigue le personnage Goan Si. Que signifient ces histoires déconnectées?

Vous avez imaginé que «Omniscience» avait été traduit du tchèque par Ondřej Sýkora. D’où vient ce nom?

C’est le nom que je portais lorsque j’étais enfant. Je suis né à Prague avec ce nom. Ma mère s’est remariée quand j’avais 12 ans, et j’ai été adopté par mon beau-père. Et André est simplement la version française d’Ondrej, un prénom d’origine grecque, par ailleurs.

Et pourquoi avoir imaginé que votre roman avait été traduit?

J’ai grandi en République tchèque, au Canada et en Suisse alémanique, et malgré ça, j’écris en français quelque chose que j’ai ressenti dans une autre langue. Du coup, pour moi, l’écriture est toujours une traduction. Et la relation avec la langue acquise est particulière. J’ai su après avoir écrit «Omniscience» que lorsque les gens rêvent dans leur langue acquise, ce ne sont pas les mêmes zones du cerveau qui sont activées que lorsqu’ils rêvent dans leur langue maternelle. En plus, comme je travaille sur la mémoire et la transmission de la mémoire avec ce roman, je me suis dit que ce serait marrant de souligner le fait que toute forme d’écrit, toute mémoire est une traduction. Dans «Omniscience», il est question de stockage, de mémoire enregistrée dans le Médium, un média qui a sa matérialité propre. Or le son n’est pas le même s’il est enregistré sur une cassette ou un autre moyen de stockage.

Qu’est-ce qui vous a inspiré ce roman?

Je travaille avec des données stockées et je suis assez proche du monde informatique. J’ai été inspiré par le fait qu’on appelle data lake des stations de données de tous genres comme des bouts de textes dans lesquels on puise avec des algorithmes. C’est une image qui m’occupait, tout comme l’auto-organisation des données, le fait qu’elles se mettent ensemble de façon organique, et les triplets agençables à souhait, des connaissances qui me viennent de ma pratique et de mon activité professionnelle. Mon livre est un roman d’anticipation et le stockage de données sous forme liquide pourrait exister dans un futur proche parce que les chercheurs essaient de stocker des données sous forme d’ADN, des molécules qu’on conserve sous forme liquide.

Et vos personnages?

Ça dépend. J’avais besoin d’un plongeur, d’un personnage qui plongerait dans la mémoire aquatique, toujours chargé de remémoration et de tissage de fils de narration. C’est Goan Si. Maayan crée des algorithmes et se pose des questions sur la façon d’exploiter des données. Et il y a l’architecte inspiré par le philosophe Gaston Bachelard, qui va parler de la cave comme représentation du subconscient, par exemple. Ce sont des personnages thématiques, si on veut. Et il y a le personnage mystérieux à l’origine d’une plongée qui relie différents textes sans lien apparent les uns avec les autres. Mais tous racontent la fin de quelque chose, comme ce personnage qui va dans la forêt des suicides au Japon.

Cette forêt existe-t-elle vraiment?

Oui, un auteur japonais a écrit une histoire romantique qui n’a pas été traduite et qui a inspiré pas mal de gens au Japon. Les gens qui vont dans cette très belle forêt pour se suicider tirent une bande en plastique et peuvent retrouver leur Chemin s’ils changent d’avis. Je m’en suis inspiré pour les fils qu’on tire dans «Omniscience». Et j’ai aussi reproduit une nouvelle de Kafka, que j’aime beaucoup, «Le messager impérial». En fait, j’ai essayé d’écrire mon roman en prenant le bassin de mémoire liquide comme modèle.


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