16.05.2019, 17:00

Sion: quand le conte se fait vecteur d’intégration

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Huit femmes migrantes montent un spectacle de contes ce vendredi à la Ferme-Asile de Sion.

Culture Apprendre le français par le conte. Huit femmes migrantes se sont laissé tenter. Elles montent un spectacle cette fin de semaine à Sion. Immersion en répétition.

Zeynep, Hui-Ching, Adwaa, Fatemeh, Emi, Hacer, Rukiye et Rimma. Huit femmes réunies sur scène par la magie du conte. Si elles viennent de Turquie, de Taïwan, d’Irak, d’Iran, du Japon et du Tartastan (Russie), elles partagent une même envie: celle d’apprendre le français. «Dans de nombreux pays d’Afrique, les enfants apprennent à parler par les histoires qu’on leur raconte. On ne fait que renouer avec une vieille tradition», éclaire Christine Métrailler chargée de cet atelier mis sur pied depuis trois ans par le Centre Suisses-Immigrés basé dans la capitale.

Ce lundi matin, un peu plus d’effervescence que d’ordinaire dans la petite salle de la Ferme-Asile à Sion. Le spectacle intitulé «Contes en voyage» sera joué en public vendredi soir dans ce même espace qui accueille régulièrement des conteurs. «Restez bien au milieu, les filles. La position du narrateur est décisive.» Ancienne photographe de presse devenue conteuse professionnelle depuis 2012, Christine Métrailler distille quelques conseils avec bienveillance. Parfois le français de ses protégées est hésitant mais pas question de jouer de la férule. «On s’en fout un peu de la grammaire ici. Il n’y a pas de texte à réciter, l’essentiel, c’est l’oralité.»

La parole libérée

Ni décor extravagant ni costumes tape-à-l’œil, c’est la parole dépouillée qui est mise en lumière. La conteuse travaille beaucoup par images que chaque participante s’approprie à l’aune de sa culture. «On peut improviser, rien n’est figé, c’est un vrai plus pour apprendre le français.» Originaire du Tartastan, une république de Russie, Rimma, jeune femme de 32 ans, est déjà très à l’aise dans la langue de Molière. Deux ans et demi qu’elle s’initie aux contes. Chevelure flamboyante et yeux de félin, elle se fond parfaitement dans le rôle de la lionne pas en odeur de sainteté auprès de son partenaire masculin. «Tu pues, je ne peux pas rester avec toi», lui assène Adwaa métamorphosée en roi des animaux. S’ensuivra une mise à mort sur fond de marche funèbre entonnée à pleines voix par les autres figurantes.

 

 

«Cette scène, elle n’est pas trop difficile pour vous?» s’enquiert une Christine Métrailler pleine d’empathie. Pas de malaise palpable dans la salle, plutôt une vraie connivence entre le groupe et leur cicérone. «Grâce à Christine, j’ai fait énormément de progrès, j’ai fait beaucoup de rencontres, je lui suis très reconnaissante», confie l’Irakienne arrivée en Suisse il y a neuf ans. L’atelier conte entamé il y a un mois à peine a déjà transfiguré son quotidien de femme immigrée.

On s’en fout un peu de la grammaire. Il n’y a pas de texte à réciter, l’essentiel, c’est l’oralité.
Christine Métrailler, conteuse professionnelle

«Le conte exige d’être très flexible. C’est comme quand on arrive dans un pays, on doit s’adapter. Faire sa place mais aussi laisser de la place à l’autre.» Voilà pour quoi le conte joue si bien son rôle d’intégration aux yeux de Christine Métrailler adepte d’un apprentissage horizontal, d’un partage des savoirs.

Des hommes plus rétifs

Ancienne présidente du Centre Suisses-Immigrés, Françoise Jacquemettaz applaudit la démarche. «Les femmes qui suivent cet atelier sont enchantées. Elles apprennent le français mais surtout elles gagnent de la confiance en elles en prenant la parole en public.» A l’abri du jugement des hommes. «Autant je suis pour la mixité dans les cours de langue autant je pense qu’il est important que les femmes aient un petit espace de parole rien qu’à elles.» Les répétitions qui ont lieu chaque vendredi matin sont bien ouvertes à la gent masculine mais force est de constater qu’elle n’est pas demandeuse. «C’est difficile pour un homme seul de trouver sa place», reconnaît Christine Métrailler arguant que les vieux schémas ont souvent encore cours, avec des hommes au travail et des femmes au foyer.

 

 

Les huit protagonistes ne sont en tout cas pas malheureuses d’être ensemble. Age, statut, croyances, tout les sépare sur le papier mais tout les réunit dans cette aventure humaine où l’entraide et l’écoute ne sont pas des vains mots. «Ici, j’ai trouvé des amies», lâche enthousiaste Emi qui suit l’atelier depuis deux ans et demi. La Japonaise de 57 ans a le rire communicatif et de l’humour à revendre «Le conte, c’est extra pour retarder mon Alzheimer!» Pour araser les différences comme les clivages culturels et religieux d’ailleurs. «Je préfère croire en des gens qu’à des dieux que je n’ai jamais rencontrés.» Le poids des mots…

 

Infos pratiques

«Contes en voyage», vendredi 17 mai à 20 h 30 à la petite salle de la Ferme-Asile. Entrée libre, chapeau à la sortie. Réservations: 027 203 21 11 ou sous www.ferme-asile.ch

 

Changement à la tête du Centre Suisses-Immigrés

Elue en mai dernier, Madeline Heiniger est la nouvelle présidente de l’association créée en 1984 et sise désormais à l’avenue de Tourbillon 34. La députée et candidate au Conseil national sur la liste du Centre-gauche PCS succède à Françoise Jacquemettaz qui reste membre du comité. «C’est important d’avoir quelqu’un de plus profilé dans la recherche de fonds», explique la démissionnaire. Car le Centre Suisses-Immigrés entend bien poursuivre sa mission d’intégration, la demande étant très forte. En 2017, une vingtaine d’enseignants ont dispensé des cours de français à près de 200 migrants d’une cinquantaine de nationalités. Sa permanence juridique et sociale a traité plus de 700 dossiers en lien avec la loi sur l’asile et la loi sur les étrangers. «Dans l’idéal, il nous faudrait une personne en plus à 100% pour répondre à toutes les sollicitations. Le Centre Suisses-Immigrés peut compter sur un réseau de 80 bénévoles. «On offre un espace d’écoute. C’est important pour les gens d’avoir un visage humain face à eux.»
 

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