08.10.2019, 17:00

La Médiathèque Valais-Martigny sort de l’oubli le photoreporter suisse Max Kettel

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Le commissaire Nicolas Crispini a conçu une exposition qui se feuillette comme un magazine illustré.

Images La Médiathèque Valais-Martigny met un coup de projecteur sur le photoreporter genevois Max Kettel qui a capturé un Valais et une Suisse tiraillés entre traditions et modernité.

«On peut dire qu’il est le couteau suisse de la photographie: bosseur, efficace, inoxydable et neutre.» Il, c’est Max Kettel, l’un des principaux photoreporters de l’entre-deux-guerres du pays auquel la Médiathèque Valais-Martigny consacre sa nouvelle exposition intitulée «La Suisse Magazine».

La comparaison émane de Nicolas Crispini, historien de la photographie, qui a imaginé la mise en scène de ce fonds riche de 2282 clichés – majoritairement en noir et blanc puisque la couleur ne s’imposera que dans les années 1960 – et patiemment constitué au coude du Rhône depuis 1987.

L’accrochage fait date puisqu’il s’agit de la première exposition monographique consacrée au Genevois (1902-1961) qui fit les beaux jours de la presse illustrée suisse romande, dans les années 1926 à 1960, alors qu’elle est à son acmé. «C’est la grande signature de l’époque mais elle restera longtemps méconnue car l’usage voulait qu’elle demeure dans l’ombre du média», explique le commissaire lui-même photographe et collectionneur invétéré.

L’énigmatique Max Kettel, dont la biographie tient en cinq lignes, a prêté son talent d’observateur à plus d’une quarantaine de titres en Suisse, dont deux en particulier: «La Patrie suisse» (disparu dans les années 1960) et «L’Illustré» toujours mis sous presse par Ringier.

 

Portrait de Max Kettel publié dans «Popular Photography», mars 1960.

 

Entre progrès et repli

Travaillant sur commande, l’infatigable reporter documente une Suisse tiraillée entre traditions et modernité, avec une accointance certaine pour le Vieux-Pays. Pointant sa focale sur des traditions comme la Fête-Dieu, qu’il immortalisera en plusieurs lieux du canton dont Evolène, Savièse et Visperterminen, les vendanges, le remuage en Anniviers ou encore les marchés aux bestiaux et la vie dans les villages confrontés à l’exode de leurs habitants.

Mais il s’attardera aussi sur l’épopée des grands barrages dont celui de la Dixence ou sur le titanesque assainissement de la plaine du Rhône, chantiers qui contribueront à changer le visage du Valais.

 

Remuage, Saint-Luc, 1941.©Max Kettel, Médiathèque Valais-Martigny.

 

«On est dans un vrai moment de bascule. Avec deux mondes qui se côtoient et se frictionnent. Et le reporter contribue à façonner par ses images le mythe de l’homo helveticus, sorte de figure tutélaire destinée à étayer le pays dans une période turbide», éclaire Nicolas Crispini. Qui a tenu à ce que l’exposition se picore sans itinéraire préétabli, «comme si on feuilletait un magazine».

On est dans un vrai moment de bascule. Avec deux mondes qui se côtoient et se frictionnent.
Nicolas Crispini, commissaire de l’exposition

La scénographie repose sur trois couleurs: le vert regroupe les photos en lien avec les us et coutumes. Le bleu, celles relatives aux temps modernes. Le gris enfin pour les images faisant écho à la religion, à la guerre ou à des faits historiques. Un découpage qui a l’avantage de donner de la lisibilité aux quelque 250 photographies – dont une poignée d’originaux sous verre – et aux 120 magazines illustrés exposés.

Aux racines du mythe

«La Suisse Magazine» revient habilement sur la constitution d’un imaginaire en congruence avec les aspirations socio-économiques d’une ère, d’un monde dont les valeurs et codes vacillent avec la crise de 1929 et le second conflit mondial. Pas étonnant que, dans les journaux, le travail soit ainsi porté aux nues comme ferment social alors que le chômage fait des ravages. L’image se taille la part du lion, avec des doubles pages où le texte est quasi inexistant, ou purement informatif.

 

Max Kettel, «Gestes modernes», «L’Illustré», 16 novembre 1933.

 

«C’est comme si on avait affaire à des tutos avant l’heure», s’amuse Sylvie Délèze, directrice de la Médiathèque Valais-Martigny. Tout heureuse que «son» institution permette d’aiguiser les regards et d’interroger la pratique du photojournalisme aujourd’hui davantage tourné vers l’individu. «Trop de gens n’ont pas appris à voir», disait Max Kettel en son temps. Une halte au coude du Rhône devrait suffire à dessiller nos yeux.

 

Infos pratiques

«La Suisse Magazine», du 11 octobre 2019 au 14 mars 2020, du lundi au samedi. Vernissage ce jeudi 10 octobre à 18 heures. L’exposition s’enrichit d’une publication illustrée (132 pages) offerte avec l’entrée où seize auteurs, dont les écrivains valaisans Noëlle Revaz et Jérôme Meizoz, livrent leur point de vue sur le travail de Max Kettel.


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