17.09.2015, 00:01

L’intime et la déchirure

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L’intime et la déchirure
Par jade albasini

THéâTRE Le bouleversant monologue «Journal» revient en quelques dates sur l’amour névralgique de Fabrice, illustrateur gay à fleur de peau.

De Fabrice, jeune homme gay longiligne de 25 ans, perle une fragilité universelle. Avec son honnêteté crue et désarmante, il livre dans «Journal» le récit de ses nuits fantasques dans un jardin public où la drague entre hommes gouverne les zones abyssales.

Sur scène, le frêle dessinateur qui travaille pour la paroisse s’exhibe dans un corps-à-corps avec l’audience qui ne laisse personne indifférent. Il crache, susurre, décortique les dates qui ont marqué sa courte existence lacérée par un amour à sens unique. Un amour homosexuel, fort et fantasmé, verbalisé dans la bouche du comédien valaisan Jean-François Michelet qui, de bout en bout, porte ce monologue intense déconseillé au moins de 16 ans. «Le choix du vocabulaire très réaliste et le thème pur de la sexualité ciblent un public adulte et averti», explique Stefan Hort, metteur en scène de la pièce.

Un face-à-face haletant

Des 900 pages de la BD originelle dessinée par le Français Fabrice Neaud, le fondateur de la compagnie.sh en a tiré l’essence incrustée. Avec son équipe, le scénographe Romain Fabre, la régisseuse Estelle Becker, le musicien Thierry Epiney et la médiatrice Magali Charlet, il a excisé de cette dense matière une pièce d’une heure vingt, un soliloque qui prend aux tripes par son acuité. «Choisir, c’est renoncer n’est-ce pas? On a dû sélectionner les scènes pertinentes», relate Stefan Hort avant le filage.

Exalté par le récit, le metteur en scène s’est même permis de prendre une ou deux libertés dans le scénario, ajoutant une vive déclaration sur fond de karaoké. Un instant suspendu qui rompt avec l’ivre tachycardie des émois de Fabrice. «Ce personnage possède une sensibilité exacerbée. J’ai appris à entrer et sortir rapidement de ce rôle car sinon cela devient très dangereux», dit Jean-François Michelet après sa prestation.

L’énergie que l’ancien de la Manufacture déploie pour son interprétation est à couper le souffle. «Seul sur scène, les temps morts se font rares. Ce travail de longue haleine est très astreignant pour un comédien», clarifie le responsable du projet.

Plaisir dans le parc

Entre les treize représentations à Sion et celles qui vont suivre en octobre au Crochetan à Monthey, Stefan Hort s’est offert une douce excentricité, un clin d’œil malicieux dans un parc sédunois derrière le cinéma, réputé pour ses rencontres gays. «Journal» sera ainsi joué en plein air, dans une version inédite le mercredi 23 septembre à 22 heures. «Cela me tentait de confronter le texte ailleurs, spécialement dans l’environnement décrit dans la pièce», revient le metteur en scène.

Rencontre avec l’auteur

Hasard du calendrier, Fabrice Neaud, le vrai, l’illustrateur français qui a dévoilé dans ses ouvrages les dessous de son âme tourmentée, est en résidence au Quartier culturel de Malévoz pour exposer ses dernières planches. Il a ainsi eu l’occasion d’assister aux répétitions au Petithéâtre. «Quand je lui ai demandé les droits il y a plus d’un an, il était curieux. Il m’a laissé toute la liberté dont j’avais besoin pour retranscrire son journal au théâtre. Et quand il a vu le résultat, il était profondément ému», mentionne Stefan Hort. Après avoir assisté au filage mardi après-midi, la seule certitude quant à cette pièce d’une grande finesse est que le public n’en sortira pas complètement indemne.


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