29.12.2011, 00:01

Idées noires en salles obscures

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Idées noires en salles obscures

 29.12.2011, 00:01 Idées noires en salles obscures

Par PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-FRANÇOIS ALBELDA

CINEMA L'Apocalypse est présente dans le 7e Art depuis ses origines. Mais les héros rédempteurs s'y font de plus en plus rares. Ne reste que le néant.

Il y a une dizaine d'années si un astéroïde menaçait de frapper la terre, on y envoyait une équipe de foreurs en mer ¬ emmenée si possible par Bruce Willis ¬ pour la faire sauter en plein vide sidéral. L'humanité, par sa maîtrise technologique totale, avait les clés de sa propre salvation et les héros étaient légion....

Il y a une dizaine d'années si un astéroïde menaçait de frapper la terre, on y envoyait une équipe de foreurs en mer ¬ emmenée si possible par Bruce Willis ¬ pour la faire sauter en plein vide sidéral. L'humanité, par sa maîtrise technologique totale, avait les clés de sa propre salvation et les héros étaient légion. Or, à l'approche du 21 décembre 2012, elle semble les avoir égarées, ces clés et les héros sont fatigués. Que ce soit dans "Melancholia" de Lars Von Trier, "4:44 ¬ Last day on earth" d'Abel Ferrara ou "The Road" de John Hillcoat, l'espoir a déserté la pellicule. Signe de temps qui s'assombrissent, prémices annonciateurs d'un boulversement mondial, ou récupération mercantile de peurs contemporaines? Le point avec le directeur de la Cinémathèque suisse, Frédéric Maire.

Constate-t-on une recrudescence du genre apocalyptique ou postapocalyptique dans le cinéma à l'approche de 2012?

Oui et non... Il y a peut-être eu plus de catastrophisme dans le cinéma à l'aube de l'an 2000, comme avec, entre autres films, "Armageddon" ou "Deep Impact" sortis en 1998. Globalement, je n'ai pas le sentiment que l'année 2012 suscite un accroissement exponentiel des films liés à la thématique de la fin du monde. Même si le "2012" de Roland Emmerich en parle directement. Il faut dire que la question de l'Apocalypse est présente dans le cinéma depuis ses origines. Surtout aux Etats-Unis, qui, n'ayant qu'une histoire très récente se sont créés une mythologie en allant vers le futur. Le 7e Art s'est vite rendu compte qu'il pouvait créer des univers d'anticipation. Il y a par exemple eu en 1931 "La fin du monde" d'Abel Gance, "Le choc des mondes" de Rudolph Maté, "Le jour où la terre s'arrêta" de Robert Wise en 1951... Ou encore "La jetée" de Chris Marker sorti en 1962 qui est mythique pour les cinéphiles. C'est le premier film d'auteur français d'après-guerre qui évoque le sujet. C'est un moyen métrage constitué d'images fixes, à part une petite séquence où il y a un petit mouvement. On comprend qu'il y a eu un cataclysme nucléaire et que les savants du futur essaient de renvoyer un homme dans le passé pour qu'il ramène de la nourriture. Terry Gilliam a réalisé "L'Armée des 12 singes" (1995) en hommage direct à "La jetée".

Globalement, la façon dont ce thème est traité par le cinéma est riche d'enseignements. On pourrait dire que l'on a l'Apocalypse que l'on mérite...

On pourrait le dire... (rires) Il me semble qu'en la matière, le grand tournant a été la Deuxième Guerre mondiale et le péril atomique. C'est alors qu'est né le sentiment qu'un conflit pouvait causer la fin de l'humanité tout entière. Dès les années 50, il y a eu une masse énorme de films dessinant un "après" qui est généralement postnucléaire. Avec presque toujours cette idée que les hommes ont "pressé le bouton rouge". Dans les années 70, il y a eu les films de zombies de George A. Romero. Et surtout "Zombie ¬ The dawn of the dead" qui se déroule dans un supermarché, le temple de la consommation, en pleine ère du capitalisme triomphant. Il y a là un regard très affûté sur l'époque. Il est encore intéressant de voir à quel point l'histoire du Japon, son traumatisme nucléaire, ont influencé le cinéma du pays. Dans l'animation japonaise, il s'agit presque toujours de mondes futurs, postapocalyptiques.

Comment le thème est-il traité à notre époque?

Il est frappant de constater que récemment, le cinéma d'auteur a repris ce thème à son compte. Lars von Trier avec "Melancholia", Abel Ferrara avec "4:44 ¬ Last day on earth", Belà Tarr avec "Le cheval de Turin"... Ce dernier film vient de sortir à Paris et sera sur les écrans romands en janvier. C'est une oeuvre sur la fin du monde au terme de laquelle il ne reste rien, même plus de lumière... Il se déroule sur six jours où l'on suit l'existence d'un homme, de sa fille, de leur cheval qui dépérit, dans une ferme, sur une terre dévastée. Chaque journée amène vers le néant... On est, dans l'esprit, assez proches de Lars von Trier. Mais chez Belà Tarr, les personnages essaient de continuer à vivre sans accepter l'idée que ça puisse être fini.

Il n'y a plus beaucoup d'espoir...

Depuis quelques années, le cinéma s'est noirci, assombri. Même chez les réalisateurs américains. On le sent par exemple dans "The Dark Knight" (2008) de la série des "Batman", réalisé par Christopher Nolan. Peut-être y a-t-il là une influence indirecte du 11 septembre 2001. Les Américains ont réalisé que tout un chacun est à la merci de n'importe quelle folie meurtrière. Ils ont pris la mesure d'une certaine fatalité. Il y a comme un changement de paradigme, comme s'il n'y avait plus vraiment d'espoir, c'est vrai. Il reste quelques héros, mais ils sont plutôt sombres et torturés...

C'est plutôt nouveau pour le cinéma américain...

Traditionnellement, les cinéastes hollywoodiens sont très inspirés par le modèle chrétien. Dans les films catastrophe ou apocalyptiques, il y a d'abord une destruction du monde, mais une partie de l'humanité ¬ les élus ¬ sont sauvés. Le cinéma d'auteur est plus désanchanté par essence. Ceci dit, Hollywood garde cette particularité d'absorber les grands événements, l'actualité. Je crois que le fait que notre mode de vie ¬ surtout au niveau énergétique ¬ est condamné à terme, est de plus en plus présent dans les esprits. De nombreux documentaires se font actuellement sur l'agriculture, l'énergie fossile... Je pense que beaucoup de fictions se feront prochainement sur le sujet.

www.cinematheque.ch

INFO+

DE L'ECRIT A L'ECRAN: DES OEUVRES MAITRESSES

Frédéric Maire le confirme dans ses propos, les scénaristes ne sont pas d'humeur badine en ces temps de crise bancaire, de conflits et de catastrophes écologiques. Une noirceur à laquelle font particulièrement écho deux oeuvres, passées récemment de l'écrit à l'écran.

Citons tout d'abord "The Walking Dead" bande dessinée phénomène créée par Robert Kirkman (scénariste), Tony Moore (dessinateur), puis Charlie Adlard (dessinateur), où le monde est en proie à la voracité de zombies terrifiants. La chaîne AMC en a fait une série choc, très respectueuse de l'esprit de la BD, quoiqu'un peu plus lisse moralement.

Autre belle réussite, l'adaptation sur grand écran du best-seller de Cormac McCarthy. Le parcours d'un père et son fils sur une route, dans un monde postapocalyptique, où le plus grand péril vient des hommes eux-mêmes. JFA


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