A Sion, le chauffage à distance somnole sous le lit du Rhône

Dans la capitale, l’immense projet de chauffage à distance a franchi une étape clé avec le percement d’un tunnel de près de 200 mètres sous le Rhône.
15 oct. 2021, 17:35
/ Màj. le 15 oct. 2021 à 18:03
Sion - 15 octobre 2021 - Installation d'une oeuvre éphémère artistique "Rainbow", dans un tunnel destiné é accueillir les tubes du futur réseau de chauffage à distance de OIKEN, en présence de l'artiste Jasm One.

Sur l’échafaudage, on chancelle. Le sol se devine au travers de la structure métallique. Le vide semble se dérober sous nos pieds. On s’apprête à apprivoiser les entrailles du Rhône. On descend, en silence. On imagine le travail abattu par les ouvriers. Eux qui ont creusé six mètres en dessous du fleuve. L’eau ruisselle encore le long des parois avant de s’écraser sur le terrain détrempé. On enjambe la dernière marche. Sous nos yeux se dresse l’entrée du tunnel. «C’est l’un des plus grands défis techniques de ce projet», sourit François Fellay, directeur général de Oiken.

Deux cents mètres de béton éventrent un sol meuble. Ils relient l’UTO aux vergers bramoisiens. «C’était une vraie difficulté. Pour le micro-tunnelier, il est plus facile d’avancer dans la roche que dans un terrain mou et vaseux.» Les travaux et l’excavation de 1000 mètres cubes de gravats auront duré 53 jours. «Le franchissement du Rhône est le symbole qu’aucun obstacle n’empêchera le déploiement complet du projet», ajoute encore le directeur. Dans l’ouvrage, encore vierge, reposeront les conduites du nouveau chauffage à distance (CAD) qui achemineront la chaleur de l’UTO aux foyers de la capitale.

Le franchissement du Rhône est le symbole qu’aucun obstacle n’empêchera le déploiement complet du projet.
François Fellay, directeur général de Oiken

Une œuvre d’art bientôt ensevelie

Si la symbolique du tunnel est forte, elle est exacerbée par une œuvre éphémère qui nous éclaire jusque dans les tréfonds de ce corridor bitumeux. Des jeux de lumière, de la musique électronique et des peintures rupestres des grottes de Lascaux composent une toile couleur poésie.


L’artiste Issam Rezgui a réalisé cette œuvre avec Eric Morzier et Florian Pittet du studio genevois SIGMASIX. © Sabine Papilloud

«L’intention de l’œuvre, c’est de célébrer l’instant T, d’apporter de l’émotion pour se souvenir qu’un chantier, ce n’est pas qu’une pelle et une grue», glisse Issam Rezgui, artiste et fondateur de l’association Art ValaisIWallis. Une fois les travaux terminés, l’accès au tunnel deviendra impossible, précipitant l’œuvre au rang de vestige.

10 000 foyers concernés

Aujourd’hui, le campus Energypolys, les CFF et l’avenue de Tourbillon sont d’ores et déjà raccordés au réseau. Ce dernier va se tisser au fil des ans. D’ici au printemps 2022, le CAD devrait alimenter le site de l’hôpital. Ces prochaines semaines, des travaux débuteront pour franchir la Borgne et l’autoroute. 

L’objectif est de réduire de 24% la consommation d’énergie et de limiter à 48% l’utilisation d’énergies fossiles.
Philippe Varone, président de la ville de Sion

A l’horizon 2025, quelque 10 000 ménages de la ville (soit 60% des foyers sédunois) devraient se réchauffer avec la combustion des déchets de l’UTO. De quoi accélérer la transition énergétique de la municipalité. «L’objectif est de réduire de 24% la consommation d’énergie et de limiter à 48% l’utilisation d’énergies fossiles», souligne Philippe Varone, président de la commune. Au total, l’enveloppe de ce projet avoisine les 100 millions de francs. Il devrait permettre d’économiser 10 millions de litres de mazout et 20 000 tonnes de CO2. 

Quant au porte-monnaie des citoyens, il ne devrait pas pâtir de la technologie. «C’est le Conseil municipal qui fixe les prix et nous voulons garantir une certaine stabilité. Nous ne sommes pas soumis aux aléas des marchés», précise encore le chef de l’exécutif.


par Dimitri Mathey