Piratage raté: Dominique Giroud écope de six mois de prison avec sursis

La tentative de hacking de deux journalistes en 2014 a été jugée vendredi à Genève. Le tribunal de première instance condamne Dominique Giroud à six mois de prison avec sursis, contre 120 jours-amendes avec sursis pour le hacker et le détective. L’agent secret est acquitté.
23 avr. 2021, 17:24
/ Màj. le 23 avr. 2021 à 18:58
A Genève, le procès de Dominique Giroud a duré une semaine. Selon différents avocats présents sur place, il aurait été plié en un jour, s'il avait eu lieu en Valais, en raison de pratiques différentes.

Qualifiée de très incertaine par les avocats, la sentence relative au piratage raté de deux journalistes en 2014 est tombée vendredi après-midi. La juge Sabina Mascotto – louée de toute part pour sa tenue objective du procès, à la veille du verdict – condamne Dominique Giroud à six mois de prison avec sursis pendant deux ans, contre 120 jours-amendes avec sursis pendant deux ans pour le hacker et le détective. L’agent secret est acquitté. La RTS ne subira pas de sanction financière, «non prévue par la loi», malgré le rôle controversé de son ex-journaliste qui profitait du double jeu du détective.

La juge verte a donc réduit les peines requises par le procureur socialiste Stéphane Grodecki, suspecté par plusieurs avocats de réclamer des peines excessives parce que l’affaire est médiatique. Défenseur de Dominique Giroud, Me Yannis Sakkas commente: «C’est une demi-victoire. Même si la prison ferme tombe, nous ne sommes pas satisfaits de ce verdict manifestement disproportionné par rapport à des affaires similaires où les sanctions étaient bien moins sévères.» Il insiste: «Si l’accusé ne s’appelait pas Dominique Giroud, la peine aurait été très nettement inférieure.»

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Pas de circonstances atténuantes

Pour motiver sa décision, la magistrate retient que le piratage a bien été évoqué par les quatre accusés à plusieurs reprises et que les 10 000 francs versés par l’encaveur à l’informaticien correspondaient bien à une avance pour le piratage, et non à une facture pour du matériel informatique. Elle estime en revanche que comme l’agent secret était certain que le projet de hacking était abandonné, il ne doit pas être puni. Si l’encaveur valaisan n’avait pas déjà été condamné pour des infractions fiscales, il aurait écopé de 180 jours-amendes avec sursis, a également précisé la juge. Qui n’a pas retenu de circonstances atténuantes contre un prévenu «habité d’un sentiment de toute-puissance, prêt à tout pour faire taire les médias et dont la collaboration à la procédure est moyenne et la prise de conscience nulle».

«Cible facile»

Les deux jours précédents, les avocats des accusés s’étaient employés à semer le trouble, en présentant leur lecture des événements. Oui, leurs clients ont évoqué l’idée d’un piratage lors de plusieurs réunions. Mais non, ils ne sont finalement jamais passés à l’acte. Le procureur ne présente aucune preuve incontestable de la culpabilité des uns ou des autres. Les propos tirés des écoutes téléphoniques, sur lesquels il se base, sont souvent contradictoires. Informé qu’il serait piraté, le journaliste de la RTS au rôle controversé n’est pas une vraie victime. Dans ces conditions, le doute doit profiter à l’accusé.

Et si leurs clients devaient être reconnus coupables, les avocats avaient avancé des arguments émotionnels pour limiter la hauteur des peines. L’agent secret a été poussé à la démission. Le détective croule sous les commandements de payer. L’informaticien ne décroche plus de mandats et vit aux crochets de son épouse.

Dominique Giroud s’est, lui, présenté comme «une cible facile qui encaisse les coups sans pouvoir riposter. Ma femme est décédée à cause de ce stress qu’elle ne supportait plus.» Des trémolos dans la voix au moment d’évoquer cet épisode douloureux, son avocat Yannis Sakkas a insisté sur «le lynchage médiatique» qu’aurait reconnu l’Administration fédérale des contributions.

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«Déferlante médiatique»

«On a l’impression que réussir en Valais suscite des jalousies. Dominique Giroud était un simple vigneron qui travaillait beaucoup, quand la déferlante médiatique s’est abattue sur lui. Il n’a pas déclaré tous ses revenus au fisc et s’en est excusé dans un journal. Mais les attaques ont continué; c’est extrêmement violent. Alors quand on vit ce qu’il a vécu, on peut se laisser tenter d’envisager un piratage. Pas pour se faire de l’argent, mais pour se protéger.»

Bien sûr que ce n’est pas une raison audible, s’empresse de préciser l’homme de loi, en soulignant que Dominique Giroud regrette d’avoir songé à commettre une infraction. «Il faut en tenir compte dans les circonstances atténuantes, à l’instar de la lenteur d’une procédure de sept ans et de la violation de la présomption d’innocence par les médias.»

L’affaire du piratage raté fera l’objet d’un appel et risque de finir au Tribunal fédéral. Avant ou après que le Ministère public valaisan aura statué sur les plaintes de l’IVV et du canton pour le volet vinicole de l’affaire Giroud. Et sans Marc Comina, qui n’est plus le porte-parole du marchand de vin, pour une raison inconnue.

par Romain Carrupt