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Construction durable, le Valais a besoin de toi!

Environnement : Les filières de la construction constituent un levier majeur en matière de durabilité. En rejoignant cette branche, les jeunes peuvent l’activer

Bâtis ton avenir et celui du Valais

Le secteur du bâtiment permet de prendre part à de nombreux projets respectueux de l'environnement. Et les jeunes apprentis sont activement recherchés par les entreprises. À toi de jouer !

Une série éditoriale à suivre tout au long de l’année.

Chapitre 5 - octobre 2021

Pour Joël Fournier, chef du Service de l’énergie et des forces hydrauliques valaisan, les jeunes qui s’intéressent aux filières du bâtiment ont une réelle carte à jouer en matière de durabilité. Des rôles clés qui doivent permettre d’assurer les impératifs techniques mais aussi et surtout d’agir en tant que conseillers et experts. Interview.

Beaucoup d’idées reçues viennent à l’esprit lorsque l’on évoque la durabilité. Comment la définiriez-vous dans le cadre de la construction?

Joël Fournier Dans l’état actuel du parc immobilier, il s’agit de réduire la consommation d’énergie — fossile en particulier — du parc bâti. Et cela de manière inclusive. Bien que de nombreuses mesures soient rentables, il n’est pas aisé pour tous d’investir. Dès lors, il faut prendre en compte les situations particulières en envisageant des dérogations à des exigences légales et soutenir financièrement les investissements pour que leur rentabilité soit améliorée.

Où en est-on dans cette transition par rapport à l’objectif que le Valais s’est fixé pour 2060, soit celui d’un parc bâti entièrement alimenté par des énergies renouvelables?

En nous basant sur le rythme actuel, nous en sommes très loin. Si l’on considère le remplacement des chaudières à mazout ou à gaz par des installations utilisant des énergies renouvelables telles que des pompes à chaleur, il nous faudrait encore 300 ans pour nous débarrasser des énergies fossiles utilisées à des fins de chauffage. Et pour rénover l’enveloppe des bâtiments, et donc améliorer leur isolation pour limiter au maximum les pertes de chaleur et les ponts thermiques, 100 ans seraient nécessaires. 


«Il s’agit pour ces acteurs de la construction d’agir en tant que conseillers auprès de leurs clients pour favoriser les dispositifs les plus durables.» — Joël Fournier


De quoi avons-nous besoin pour accélérer les choses?

De jeunes motivés et compétents qui puissent s’impliquer dans tous les métiers de la construction. Du charpentier à l’installateur en chauffage en passant par le couvreur, tous ont un rôle à jouer. Au-delà des spécificités techniques, il s’agit pour ces acteurs de la construction d’agir en tant que conseillers auprès de leurs clients. Ne pas simplement remplacer de l’ancien par du neuf, mais connaître les dispositifs et techniques les plus durables pour les favoriser. Une connaissance qui passe par une formation initiale adaptée et des programmes de formation continue.

Construire durablement c’est aussi savoir déconstruire intelligemment. Doit-on repenser notre conception des cycles de vie des bâtiments?

C’est un point complexe. Parfois, démolir pour rebâtir du neuf constitue la meilleure option. En particulier pour de vieux bâtiments qui nécessiteraient de lourds travaux pour adapter leur programme aux besoins actuels. Tout dépend du contexte. La déconstruction, et notamment le recyclage de matériaux tels que le béton, reste bien sûr une démarche à favoriser. C’est d’ailleurs une filière déjà bien développée en Suisse alémanique.

Et que dire des ressources locales, comme le bois? Devrait-on pousser davantage la construction à composer avec ce matériau?

Bien sûr. Les projets architecturaux dont l’ossature de l’ouvrage est construite en bois se développent d’ailleurs. Le bois représente aussi un excellent atout pour des projets de surélévation. Une construction avec une ossature bois permet par ailleurs de bénéficier d’une très bonne isolation sans trop augmenter l’épaisseur des murs et d’obtenir une très haute performance énergétique. 



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Il n’y a qu’à observer le bois pour se rendre compte de ses performances, notamment concernant l’isolation et la résistance. Dans la construction, le potentiel du bois est sous-exploité et il serait possible de l’utiliser dans des proportions bien plus larges.

Martin Geiser - Professeur de génie parasismique à la Haute école spécialisée bernoise

Quand les industriels montrent l’exemple dans leurs propres locaux

Dans la capitale valaisanne, le groupe Dénériaz vient de terminer son extension. Un agrandissement dont l’ingénieuse infrastructure durable améliore l’efficience énergétique de tout le complexe.

«Cette nouvelle halle, située sur les rives nord du canal qui longe notre entreprise, est réalisée en bois suisse, souligne le directeur Alain Métrailler. Un choix de matériau qui nous était cher dans le but de favoriser une filière écologique locale. Nous avons en outre opté pour un chauffage au sol alimenté par une pompe à chaleur pour cette extension qui abrite notre atelier mécanique, ce qui s’avère peu commun dans le cadre de ce genre de bâtiment. Afin de pousser la plus-value durable de l’ensemble de ces infrastructures, nous avons aussi recouvert la toiture de près de 2000 m2 de panneaux photovoltaïques, pour une production estimée à 450'000 kWh par an.»

INGÉNIOSITÉ: Profiter de travaux d’agrandissement pour rendre ses infrastructures durables, le pari réussi de l’entreprise Dénériaz. (PHOTO : OLIVIER MAIRE)


De consommateur à producteur. 

Ces récentes installations permettent ainsi au groupe de bénéficier d’une certaine autonomie d’un point de vue énergétique. Par des câbles passant sous le canal et la route, les panneaux solaires fournissent en effet une partie de l’électricité nécessaire aux premiers bâtiments du site. Le solde de l’énergie produite est pour l’instant réinjecté dans le réseau mais alimentera à terme le futur parc de véhicules électriques de l’entreprise. 


Bâtiment et durabilité en Valais, on en est où ?



Comment les Conchards ont rendu leur village durable ?

Remplacer les chaudières à mazout de toute une commune par un système de chauffage à distance (CAD) n’est pas chose aisée, encore moins en milieu alpin. À Ernen, dans la vallée de Conches, cette transition a pourtant été effectuée avec succès.

La transformation durable d’Ernen, notamment initiée par l’ancienne présidente Christine Clausen, re-présentait un défi complexe. Car les travaux ont dû se dérouler dans de minces ruelles, au sein d’une région de montagne qui compte de nombreuses habitations de petite envergure. 

ENGAGEMENT: La commune d’Ernen a mis en place son CAD grâce à l’implication de tous les acteurs concernés: politiques, habitants et entreprises. (PHOTO : AIDE SUISSE A LA MONTAGNE / YANNICK ANDREA)

«Entre 2011 et 2014, nous avons raccordé plus de 300 logements au réseau de chauffage à distance (CAD). Chaque année, cette infrastructure nous permet d’économiser 300’000 litres de mazout. Outre l’aspect durable, la démarche comporte une forte valeur ajoutée d’un point de vue économique. Le projet aide en effet à maintenir des emplois sur place, dans l’entreprise Forst Goms chargée de la coupe de bois local et de la transformation en pellets pour alimenter le CAD.» 

Modèle économique gagnant.

L’investissement de 5 millions de francs nécessaire à la transformation, supporté par la société coopérative fondée pour le projet, devrait être amorti d’ici plusieurs années, permettant ainsi aux habitants de profiter d’une réduction des coûts significative par rapport à l’ancien système de chauffage à mazout.