Monthey: Syngenta accusé d’empoisonnement en Inde

L’association Public Eye reproche à Syngenta d’exporter un pesticide dangereux fabriqué à Monthey qui aurait empoisonné des paysans indiens. Ce produit, interdit en Suisse et dans l’Union européenne, aurait provoqué la mort de plusieurs personnes.
18 sept. 2018, 09:26
/ Màj. le 18 sept. 2018 à 19:33
Un produit de Syngenta aurait-il empoisonné des paysans indiens?

Syngenta produit à Monthey un pesticide qui aurait empoisonné des paysans indiens. Selon la RTS radio, qui reprend une étude menée par l’association Public Eye, il s’agirait du Polo, produit comprenant du diafenthurion. Cette substance est interdite en Suisse et dans l’Union européenne mais l’entreprise agrochimique l’exporte vers les pays du Sud. En 2017, 126,5 tonnes ont été exportées depuis la Suisse, dont 75 tonnes vers l’Inde. 

50 morts dans l’Etat de Maharashtra

Là-bas, une centaine de travailleurs auraient été intoxiqués en épandant cinq pesticides dangereux – dont le Polo – sur les champs de coton entre juillet et octobre 2017. Toujours selon le rapport de l’association Public Eye, bon nombre auraient momentanément perdu la vue, connu des évanouissements ou des nausées. «En juillet, nous nous sommes rendus dans le district de Yavatmal durant une semaine. Durant ce laps de temps, nous y avons recensé plus de trente cas d’empoisonnement en lien avec l’utilisation du Polo», détaille Laurent Gaberell, responsable agriculture et biodiversité chez Public Eye. «Nous avons également formellement identifié un cas mortel d’une personne ayant utilisé un coktail de pesticides comprenant du Polo.» Selon les chiffres de l’ONG, 21 personnes auraient perdu la vie en raison de manipulation de pesticides dangereux dans le Yavatmal, et quelque 50 dans l’ensemble de l’Etat du Maharashtra. 

A lire aussi : Syngenta réfute les accusations d’empoisonnement proférées par l’ONG Public Eye

 

Le diafenthiuron, quèsaco?

Le Polo est un insecticide produit sur le site montheysan de Syngenta. Il contient du diafenthiuron, une substance interdite en Suisse (depuis 2009) et dans l’Union européenne (depuis 2002). Il est utilisé pour paralyser les parasites avant de les tuer. En Inde, où on l’épand dans les champs de coton, il permet de lutter contre la mouche blanche.

Syngenta l’exporte en stipulant qu’un équipement de protection est obligatoire lors de sa manipulation. «Ces notices sont écrites dans une langue que les quelques paysans qui savent lire ne comprennent pas. L’équipement en question est de plus peu accessible à ces populations, très onéreux et inadapté au climat tropical qui sévit en Inde», relève Laurent Gaberell, responsable agriculture et biodiversité chez Public Eye.

 

Ces statistiques ont poussé le ministre de l’agricutlure de cet état du centre du pays à ouvrir une enquête contre Syngenta pour «homicide volontaire». «À ce jour, il est impossible de savoir si cette enquête a bien été menée et, le cas échéant, quelles sont ses conclusions», avoue Laurent Gaberell, avant de reprendre: «L’Etat du Maharashtra a également pris la décision d’interdire le diafenthurion durant 60 jours, la loi ne lui permettant pas d’en faire davantage. Il a ensuite demandé au gouvernement central de le proscrire définitivement et dans tout le pays».

Motion au parlement

Sans succès, puisque cet été, l’Inde a publié une liste noire de douze pesticides et le diafenthurion n’y figure pas. «Beaucoup de voix s’élèvent en Inde contre la commission spéciale mise en place pour effectuer cette évaluation, pointant du doigt son manque de transparence et l’absence de justification de ses choix», souligne le membre de Public Eye. 

En savoir plus : l’étude de Public Eye

En révélant cette étude, l’ONG espère pouvoir apporter un soutien fort à la motion visant à interdire l’exportation des pesticides interdits en Suisse en raison de leurs effets sur la santé de l’être humain ou sur l’environnement. Cette motion déposée par la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE) et cosignée par 41 parlementaires de tous bords politiques devrait être débattue au plus tard en 2019.
 

 

par Justin Grept