France: déjà un mois de contestation citoyenne pour "Nuit Debout"

Le mouvement "Nuit Debout" a un mois et ne compte pas s'arrêter de sitôt. Mais quel pourrait être l'avenir de ce mouvement citoyen ? Le collectif est de plus en plus discrédité par les nombreuses violences et dégradations commises en marge de ses manifestations.
29 avr. 2016, 18:47
/ Màj. le 29 avr. 2016 à 18:49
Les militants de "Nuit Debout" occupent chaque soir depuis un mois la Place de la République à Paris.

Un mois après sa naissance, dans la foulée des premières manifestations contre la réforme du droit du travail, l'avenir du mouvement citoyen "Nuit Debout" reste incertain, faute de se structurer. Le mouvement occupe la place de la République à Paris et d'autres lieux en France.

Le mouvement qui prône une "organisation horizontale" est aussi fragilisé par des débordements commis en marge de ses rassemblements. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des affrontements ont eu lieu à Paris avec la police, intervenue pour disperser plusieurs centaines de personnes qui s'attardaient au-delà de l'heure limite de minuit.

Vingt-sept personnes ont été interpellées et 24 placées en garde à vue pour jets de projectiles sur les forces de l'ordre, violences et dégradations. Dans son journal en ligne, "Nuit Debout" a regretté vendredi les violences "qui discréditent le mouvement".

Phase de lassitude

La multitude de causes réunies sous la bannière de la "convergence des luttes" engendre une grande variété d'actions, du blocage de fast-foods à l'occupation d'un théâtre, en passant par des opérations contre le mal-logement. Mais l'enjeu commun de toutes ces initiatives disparates reste flou.

"Nous sommes visiblement en phase de lassitude", constate un participant sur le site internet du mouvement, où chacun peut inscrire ses questions et ses propositions.

Lancée le 31 mars, au soir d'une manifestation contre le projet de loi réformant le droit du travail, "Nuit Debout" a très vite élargi son champ d'intervention, mais n'est jamais parvenu à attirer chaque soir plus de quelques centaines ou quelques milliers de personnes.

Jeudi, sous l'impulsion de certains initiateurs de "Nuit Debout", a tente une convergence avec les syndicats qui poursuivent leurs actions pour obtenir le retrait de la réforme du droit du travail, jugée trop libérale.

A l'issue d'une manifestation de 15'000 à 60'000 personnes, le chef du syndicat CGT Philippe Martinez s'est rendu place de la République, où il a reçu un accueil mitigé. Des cris "grève générale!" ont fusé, traduisant l'espoir d'un certain nombre que le mouvement soit relayé dans les entreprises et fasse boule de neige dans la société civile.

Croyance romantique

Observatrice du mouvement, la philosophe politique belge Claire Mouffe, présentée comme l'inspiratrice du mouvement espagnol Podemos, a exprimé ses réserves sur l'avenir de "Nuit Debout".

"Occuper une place ne suffit pas", a-t-elle souligné la semaine dernière dans l'hebdomadaire le Nouvel Observateur. "Si les manifestants veulent avoir un impact politique et être en mesure de transformer le réel, il va falloir qu'ils s'organisent de manière un peu plus verticale".

Pour ce professeur à l'université de Westminster à Londres dont un livre vient de paraître en France ("L'illusion du consensus") "Nuit Debout", comme Occupy Wall Street à New york, nourrit "la croyance romantique d'être en train d'inventer une nouvelle façon de faire de la politique".

En Espagne, les Indignés qui occupaient les places "ont longtemps refusé tout compromis ou alliance", remarque-t-elle, avant que certains créent Podemos qui a obtenu 20% à la dernière élection. "Entre le mouvement spontané et l'organisation politique, il faut savoir créer une synergie".