Climat: l'Arctique a connu une de ses années les plus chaudes en 2020

Grâce à des mesures satellites, il est possible de mesurer l'épaisseur de la glace. En Arctique, elle est plus fine, plus jeune, moins robuste. 2020 fut la deuxième pire année jamais enregistrée, après 2012: la moitié de la banquise a déjà été perdue par rapport à son niveau historique.
08 déc. 2020, 19:14
/ Màj. le 08 déc. 2020 à 19:14
Chaque année, la banquise a tendance à fondre un peu plus pendant l'été et se reconstituer un peu moins pendant l'hiver (archives).

Comme chaque année depuis 15 ans, un groupe de scientifiques experts de l'Arctique publie sous l'égide d'une agence américaine un rapport sur la dégradation de l'Arctique. L'édition 2020 confirme mardi la tendance: l'Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la Terre.

L'année 2020 n'a pas battu le record de 2012 mais s'en approche tant qu'il ne faut y voir aucun motif d'encouragement.

La banquise, c'est-à-dire la glace qui flotte sur l'eau, fond l'été et se reconstitue l'hiver. Mais, chaque année, elle a tendance à fondre un peu plus pendant l'été et se reconstituer un peu moins pendant l'hiver.

 

 

Les données sont excellentes depuis que des satellites photographient et mesurent l'Arctique en permanence, depuis 1979. Leurs observations ne laissent aucun doute sur la réalité de la fonte. La fin de l'été 2020 fut la deuxième pire année jamais enregistrée, après 2012: la moitié de la banquise a déjà été perdue par rapport à son niveau historique.

Une nouvelle génération de satellites est, depuis 2010, capable de mesurer l'épaisseur de la glace. Et là aussi les nouvelles sont mauvaises: la glace est plus fine, plus jeune, moins robuste.

Fonte par-dessus et par-dessous

Cette complexité s'illustre par une statistique nichée en page 13: le nord de l'Alaska a connu son mois de février le plus froid depuis trois décennies, et il a aussi fait plus froid que d'habitude en mars au Svalbard, en Norvège. Mais la Sibérie a battu des records de température (+3 à 5°C par rapport à la normale) et connu des incendies extrêmes au printemps.

Au total, la température de l'air, à la surface de l'Arctique, a été au cours de l'année 2019-2020 plus élevée de 1,9°C que la moyenne de 1981-2010. Soit la deuxième année la plus chaude enregistrée depuis 1900.

Le phénomène "d'amplification arctique", qui veut que cette région se réchauffe plus vite que les latitudes moyennes, joue à plein.

 

 

L'océan aussi se réchauffe: en août, l'eau était entre 1 et 3°C plus chaude en surface que la moyenne de 1982-2010.

Là encore, les phénomènes sont reliés entre eux et s'alimentent. Quand la glace fond et découvre l'océan, l'eau absorbe plus de chaleur des rayonnements solaires, ce qui en retour aggrave encore la fonte de la banquise, mais par "en-dessous".

"Il faut bien comprendre que l'Arctique est un système de composants interconnectés", explique à l'AFP Donald Perovich, professeur à l'université Dartmouth et coauteur du chapitre sur la banquise. "Vous changez une chose, et cela crée des effets en cascade dans tout le système."

Plus de banquise entre 2040 et 2060

"Nous ne sommes jamais retournés aux niveaux de 2006 ou d'avant", indique le professeur Perovich. "Nous sommes dans un nouveau régime." Les modèles prévoient qu'il n'y aura plus de banquise en été entre 2040 et 2060.

Nous ne sommes jamais retournés aux niveaux de 2006 ou d'avant
Donald Perovich, professeur à l'université Dartmouth

Lors de leur première édition en 2006, les chercheurs n'étaient pas encore convaincus de la tendance. Ils doutaient ainsi que le permafrost, ces terres congelées toute l'année, puisse fondre dans le nord de l'Alaska.

Le même groupe écrit aujourd'hui: "On anticipe que la décongélation profonde et progressive du permafrost dans cette région commencera dans 30 à 40 ans."