Après les terribles explosions, des Libanais en colère manifestent à Beyrouth

Des Libanais en colère manifestaient samedi dans le centre de Beyrouth pour demander des comptes à la classe politique. Ils la jugent responsable de la terrible explosion ayant dévasté une partie de la capitale, faisant plus de 150 morts.
08 août 2020, 17:55
/ Màj. le 08 août 2020 à 19:19
Des Libanais en colère manifestent samedi dans le centre de Beyrouth.

Beyrouth s’est réveillée pour le quatrième jour consécutif après les violentes explosions de mardi au son du verre brisé ramassé dans les rues par les habitants et une armée de volontaires, équipés de balais, mobilisés dès la première heure. 

Potences installées

Pour les Libanais déjà éprouvés par une crise économique inédite, l'explosion de mardi qui a fait plus de 150 morts et dévasté une partie de la ville a été la catastrophe de trop, relançant un mouvement de contestation qui avait débuté en octobre pour dénoncer l'ensemble de la classe dirigeante, jugée corrompue et incompétente, mais s'était essoufflé en raison de la pandémie de Covid-19.

Sur la place des Martyrs, épicentre de la contestation populaire depuis octobre dernier, où les manifestants commençaient à converger pour manifester sur le thème «Le Jour du jugement», des potences ont été installées.

 

 

«Après trois jours passés à déblayer les décombres et panser nos plaies, il est temps de laisser exploser notre colère et de les sanctionner pour avoir tué des gens», affirme Farès al-Hablabi, 28 ans.

Selon un tweet de la Croix-Rouge libanaise, plus de cent personnes ont été blessées lors de la manifestation, dont 32 ont été transportées dans des hôpitaux et 110 soignées sur place.

L'attention des forces de sécurité se concentrant sur les heurts, environ 200 manifestants menés par des officiers à la retraite en ont profité pour prendre d'assaut le siège du ministère des Affaires étrangères, le proclamant "quartier général de la Révolution", selon des images diffusées en direct par les chaînes de télévision.

Non à une enquête internationale

Si le mouvement s’est essoufflé au cours des derniers mois, notamment en raison de la pandémie de coronavirus – qui continue de s’aggraver au Liban - le drame pourrait le relancer de plus belle.

Le président Michel Aoun, de plus en plus décrié, a dit clairement vendredi qu’il s’opposait à une enquête internationale, affirmant que l’explosion pourrait avoir été causée par la négligence ou par un missile.

Une vingtaine de fonctionnaires du port et des douanes ont été interpellés, selon des sources judiciaire et sécuritaire.

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Pour leur part, les trois députés du parti Kataëb (opposition), un parti historique chrétien, ont démissionné samedi, à la suite de l’explosion dans laquelle le secrétaire général de cette formation historique chrétienne a été tué, affirmant que le temps était venu de bâtir un «nouveau Liban».

Ils viennent s’ajouter à deux autres parlementaires qui avaient déjà démission après l’explosion.

«Solidarité»

Le président du Conseil européen, Charles Michel, venu à Beyrouth, pour témoigner de la «solidarité» des Européens «choqués et attristés», a assuré aux Libanais qu’ils n’étaient «pas seuls».

L’UE, qui a déjà débloqué 33 millions d’euros (plus de 35 millions de francs), «veut être à vos côtés, pas simplement avec des déclarations, pas simplement avec des mots, avec des actes», a-t-il dit après un entretien avec le président Aoun.

Le chef de la Ligue arabe, Ahmad Aboul Gheit, ainsi que le vice-président turc, Fuat Oktay, et le chef de la diplomatie turque ,Mevlüt Cavusoglu, se sont également rendus samedi à Beyrouth pour assurer les responsables libanais de leur soutien.

Sans attendre, plusieurs pays ont dépêché du matériel médical et sanitaire ainsi que des hôpitaux de campagne.