Anthropologie: l’Homo sapiens prend encore un coup de vieux

Découvert en Ethiopie, l’un des plus anciens fossiles d’Homo sapiens aurait au moins 230’000 ans. Une fois de plus, cette découverte fait reculer dans le temps les débuts de notre espèce.
12 janv. 2022, 20:51
/ Màj. il y a 7 jours
Les ossements du corps et les fragments du crâne présentaient une morphologie étonnamment moderne, faisant d’Omo 1 le plus ancien fossile d’Homo sapiens (illustration).

Un coup de vieux d’une trentaine de millénaires: l’un des plus anciens fossiles d’Homo sapiens découvert en Ethiopie aurait au moins 230’000 ans, un âge bien plus élevé qu’estimé. Une étude fait une nouvelle fois reculer dans le temps les débuts de notre espèce.

Les restes d’Omo Kibish 1 ont été déterrés en 1967 par l’équipe du célèbre paléoanthropologue kényan Richard Leakey, récemment décédé, dans la basse vallée de l’Omo (sud de l’Ethiopie), un site préhistorique mondialement réputé pour ses nombreux fossiles d’hominidés.



Bien que très abîmés, les ossements du corps et les fragments du crâne présentaient une morphologie étonnamment moderne, faisant d’Omo 1 le plus ancien fossile d’Homo sapiens connu d’Afrique de l’Est. Et même de tout le continent africain, avant d’être détrôné par la découverte en 2017 de restes d’Homo sapiens primitifs au Maroc, remontant à 300’000 ans.

Il restait encore beaucoup d’incertitude sur son âge.
Céline Vidal, auteure principale de l’étude

Approximations et incertitudes

A Omo 1, très difficile à dater en l’absence de dentition, on donna approximativement 130’000 ans. Une étude parue en 2005 est ensuite venue repousser le temps, à 195’000 ans, en se fondant sur l’analyse des sédiments environnants – marqueur chronologique beaucoup plus fiable en l’occurrence que la datation directe sur les os.

Mais «il restait encore beaucoup d’incertitude sur son âge», explique à l’AFP Céline Vidal, auteure principale d’une nouvelle étude publiée mercredi dans la revue Nature.

Cette volcanologue de l’Université de Cambridge est donc partie refouiller le bassin sédimentaire d’Omo Kibish, alimenté par la rivière Kibish. Située dans le Grand Rift, la zone fut en proie à de violentes éruptions volcaniques entre 300’000 et 60’000 ans avant notre ère.

Cendres volcaniques

Grâce à des méthodes plus perfectionnées, l’équipe de chercheurs a pu examiner la couche de cendres recouvrant les restes, et relier ces dépôts volcaniques à une explosion colossale du volcan Shala survenue il y a 233’000 ans. Ces analyses ont permis de dater les fossiles d’Omo sous cette couche, à environ «233’000 – avec une marge d’erreur de 22’000 ans», détaille l’étude.


«On se rapproche de la date avancée par la génétique, selon laquelle c’est aux alentours de 300’000 ans que l’homme moderne a divergé des autres lignées humaines», développe ce chercheur CNRS.

par Keystone - ATS