L’Etat du Valais s’est séparé du chef du service informatique, suite à une grave affaire de mobbing. Le Conseil d'État parle d'un "harcèlement psychologique qui s'est développé au fil des années".
Suite à une enquête disciplinaire pour mobbing sur un subordonné, le chef du Service cantonal de l'informatique a été démis de ses fonctions. L'affaire est grave, car l'éjection d'un haut fonctionnaire cantonal est rarissime dans notre canton. Du jamais vu, semble-t-il en Valais depuis l'affaire Savroz.
Le fonctionnaire sanctionné a fait recours devant le Tribunal cantonal. Mais ce recours n'a pas d'effet suspensif et tout prochainement, le Département cantonal de l'éducation, de la culture et du sport (DECS), dont dépend le service informatique, va mettre au concours le poste laissé vacant.
Harcèlement psychologique
Mais que reproche l'Etat du Valais à ce chef de service? Cela fait des mois, pour ne pas dire des années, que l'ambiance au sommet de ce service était tendue entre son chef et un subordonné, le chef de la section micro-informatique, possédant, comme lui, de bons états de service.
Les rapports entre les deux hommes finissent par s'envenimer si gravement que la victime dépose plainte. Le verdict de la commission disciplinaire du Conseil d'Etat est on ne peut plus clair. Des manquements graves ont été constatés.
Au printemps dernier, la sanction tombe. Selon un document officiel sur lequel "Le Nou velliste" a pu mettre la main, le Conseil d'Etat décide de "libérer" le chef de service de ses fonctions. L'Exécutif cantonal ne peut que passer à l'action et parle, pour motiver sa décision, de "harcèlement psychologique qui s'est développé au fil des années".
Le Conseil d'Etat constate que "la relation conflictuelle est devenue très problématique à partir du moment où le chef de service a débuté les démarches d'une restructuration organisationnelle de son service". Un service, selon nos informations, à qui d'autres services cantonaux reprocheraient un manque de disponibilité.
Il conserve un autre poste
Malgré son éviction du service, le fonctionnaire conserve une autre casquette, qu'il revêtait depuis 1999, celle de délégué aux questions informatiques pour le Conseil d'Etat. Son salaire a été simplement corrigé vers le bas, diminuant d'une classe. Y a-t-il eu négociation au sein du Conseil d'Etat, le chef du DECS, Claude Roch, ayant, selon nos informations, défendu avec vigueur son chef de service?
Victime déplacée
Quant à la victime du chef de service, il a changé de service et de département. Il est actuellement membre de l'Etat-Major du Service cantonal des contributions, en tant que chef de projet. Selon nos informations, ce transfert répond aux directives applicables dans les affaires de mobbing. Des directives qui ont pour but d'éloigner la victime de son harceleur.
Interrogé sur les problèmes survenus au service informatique, le conseiller d'Etat Claude Roch , dont le service dépend, détourne la question: "Nous n'avons pas de problème au service informatique, nous apportons des solutions." Il ajoute: "Un rapport d'audit a mis en évidence le fait que le cumul des fonctions d'une personne qui était à la fois déléguée aux questions informatiques et chef du service de l'informatique n'était pas judicieux" . Les deux casquettes sont donc désormais disjointes, ce à quoi l'ancien chef de service s'était opposé. "Il reste délégué à l'informatique. La semaine prochaine, le poste de chef de service de l'informatique sera mis en soumission" , informe le conseiller d'Etat.
Un audit accablant
La solution mise en place correspond effectivement à ce que préconisait l'audit réalisé par la société Novo Business Consultants S.A. En avril 2011, l'Inspection des finances résume le rapport de l'auditeur externe ainsi: "Il ressort du rapport de l'expert que le cumul d'une fonction stratégique (délégué aux questions informatiques) et d'une responsabilité opérationnelle (chef du Service cantonal de l'informatique) n'est pas judicieux. Il précise à cet effet que les rôles de gouvernance et de contrôle du service informatique ne peuvent pas être assumés de manière indépendante et les orientations stratégiques ont tendance à s'aligner trop rapidement sur les réalités opérationnelles."
Claude Roch ne nie pas le fait qu'avec ce changement organisationnel "des problèmes personnels sont résolus en même temps" . En plus du chef de service, deux autres personnes ont quitté le service informatique ces derniers temps. "Un collaborateur a été transféré aux contributions. Un autre est parti. Nous le regrettons, mais il a trouvé une autre fonction, son départ n'est pas lié à un quelconque problème."
Un second rapport
Le rapport d'audit est connu par le Conseil d'Etat depuis plus d'une année et demie, pourquoi le changement organisationnel n'intervient-il que maintenant? "L'audit de Novo Business Consultants a été élargi pour avoir une vision du futur. Avant d'aller de l'avant, nous avons attendu ce rapport" , explique Claude Roch.
Pendant que la réorganisation attendait le nouvel audit, les mutations de personnel ont été entreprises. Si dans l'annuaire en ligne de l'Etat du Valais le changement de fonction de l'ancien chef de service n'a pris effet qu'après notre appel au conseiller d'Etat, dans les faits la mutation est vieille de plusieurs mois déjà. Aujourd'hui, il n'y a plus de chef de service de l'informatique. C'est l'adjoint qui occupe cette fonction ad interim. JEAN-YVES GABBUD
Par Gilles BERREAU, Jean-Yves GABBUD

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