Les péripatéticiennes exercent leur travail dans plusieurs lieux de la ville. Mais le dernier ouvert en zone résidentielle n'est pas du goût des habitants du quartier.
Emotion dans le quartier du Grand-Champsec à Sion. Depuis le week-end dernier, des prostituées ont fait leur apparition dans un appartement situé au chemin des Pâquerettes...
Le bâtiment, tout juste rénové, fait preuve d'un charme plutôt discret, derrière sa haie boisée. Le problème vient de sa localisation. Comme souvent dans ce genre de cas. L'école primaire de Champsec ainsi que l'arrêt de bus sont situés à quelques dizaines de mètres du lupanar qui jouxte un pub-bar. Les quelques habitants du quartier rencontrés qui ne souhaitent pas témoigner publiquement sont plutôt unanimes dans leurs réactions. "Le procédé est scandaleux. Ce n'est vraiment pas l'endroit pour cette activité en pleine zone résidentielle" , s'insurge un jeune homme d'une vingtaine d'années. "Un de mes petits frères qui se balade en trottinette a déjà croisé une jeune femme plutôt légèrement vêtue dans la rue. Elle ne tapinait pas mais tout de même..."
Une affaire de morale et de bruit...
Indignation tout aussi prononcée chez cette mère de deux adolescents. " Même si, actuellement, ce sont les vacances, il y a beaucoup d'enfants et de jeunes ici, des filles en particulier, qui posent des questions sur ce qu'elles voient. Cela se passe juste sous les fenêtres de leurs chambres. Quel avenir leur présente-t-on?" , s'interroge la maman d'une cinquantaine d'années.
La police cantonale confirme l'existence de ce nouveau lieu de prostitution et le fait que des habitants du quartier se soient plaints auprès de ses services. "Il est connu, il a été annoncé et les filles sont en règle au niveau administratif" , explique Vincent Favre, porte-parole de la police. "Nous surveillons régulièrement leurs activités, en particulier notre section Mineurs et Moeurs."
Concrètement, la maison ne présente pour l'instant aucun signe extérieur ambigu. Du moins en journée. Au-delà de 21 heures, par contre, la rue s'anime. Un riverain témoigne. "Depuis quelques jours, le bruit engendré par le va-et-vient des voitures, parfois jusqu'à 4 heures du matin, est très dérangeant. Qu'elles fassent leur travail ne me dérange pas, mais pas ici. La Municipalité doit réagir."
Du côté de la Ville, aucun règlement spécifique n'existe pour mettre des limites à ce genre de pratique. La location d'un appartement est une affaire privée, entre propriétaires et locataires, du moment que l'affectation du bâtiment est conforme au plan de zone. "Si les permis des filles sont en règle, si les activités se déroulent sur le domaine privé, nous n'avons pas la compétence d'agir" , explique la conseillère Dominique Roux-Elsig en charge de la sécurité. Ce que confirme le commissaire de la Ville Bernard Sermier. "Nous avons la possibilité d'intervenir dans des situations précises comme la prostitution de rue, les nuisances sonores ou le parking sauvage, ce qui ne semble pas être le cas. Notre police de proximité sera toutefois appelée à intervenir rapidement." Au moins pour calmer les esprits à défaut de freiner les ardeurs...
LA LOI ET LES CHIFFRES
Un récent arrêt du Tribunal fédéral a jugé contraire au plan d'affectation de la Ville de Berne la prostitution dans des appartements situés au coeur d'un quartier résidentiel. En Valais, une loi cantonale sur la prostitution est actuellement à l'étude. L'avant-projet prévoit que les péripatéticiennes doivent s'annoncer auprès des services de l'Etat. Tout comme devront être annoncés les "salons de massage". Actuellement, des immeubles destinés à l'habitation sont utilisés à cet effet. Le projet de loi met des limites à cette pratique en prévoyant l'obligation d'obtenir une autorisation. Selon le rapport qui accompagne le projet de loi, la prostitution est un phénomène assez répandu dans le canton. Mais, depuis 2004, date de la décision du Conseil d'Etat de ne plus accorder le statut d'artiste de cabaret aux filles hors Union européenne et AELE, la prostitution s'est déplacée vers d'autres lieux. Les statistiques de la police cantonale qui effectue des contrôles réguliers indiquent que le canton compte 90 salons, studios ou logements privés dans lesquels se pratique le plus vieux métier du monde qui concerne 1737 personnes fichées en 2011. PF
Les annonces coquines paraissant dans la presse et sur les sites internet spécialisés donnent une indication sur le nombre d'adresses chaudes répertoriées dans la capitale valaisanne. Et, en la matière, Sion est plutôt "bien servi". Si au moins quatre filles ont élu domicile au chemin des Pâquerettes, des prostituées sont par exemple présentes à la route des Carolins et de Chandoline dans la zone industrielle, aux environs de la gare ou encore dans la vieille ville. En outre, plus d'une dizaine d'hôtesses indiquent être basées à Sion sans pour autant en préciser l'adresse. Sans compter les cabarets qui fournissent des prestations en la matière. Il existe par ailleurs des clubs échangistes dans la région sédunoise. PF
Par Pascal FAUCHERE

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