Les déchets nucléaires ne sont pas le seul problème à résoudre. Il s'agit également de prévenir les futures générations.
La recherche d'un site définitif en Suisse pour abriter les déchets nucléaires n'est pas le seul problème à résoudre. Reste à trouver une signalisation durable pour mettre en garde les générations futures. La réflexion, peu avancée, explore des domaines variés, jusqu'à créer une nouvelle mythologie.
Comment s'imaginer la vie des peuples dans plusieurs milliers d'années? Quelles langues et écritures auront-ils? Ces questions qui paraissent très hypothétiques pour l'ère actuelle prennent toute leur importance dès lors qu'il faut penser en termes de centaines de milliers voire millions d'années, le temps de dangerosité des radiations d'uranium.
La Suisse va stocker des déchets hautement radioactifs qui devront être sécurisés pour au moins un million d'années. Dans cette perspective, il s'agit de trouver une méthode pour informer et protéger les populations pour les 10'000 ans à venir. A titre de comparaison, les pyramides des Egyptiens sont vieilles d'à peine 5000 ans mais leurs hiéroglyphes n'ont été déchiffrés qu'au 19e siècle.
La question de la signalisation des sites de déchets nucléaires agite donc la communauté scientifique dans le monde entier depuis plusieurs années. Parmi eux le géologue et sociologue Marcos Buser, spécialiste de la gestion durable des déchets à Zurich, qui a publié en 2010 une étude sur ce thème.
L'argile
Le chercheur privilégie quant à lui un marquage en surface, composé de milliers voire millions de mottes d'argile qui formeraient des dessins par exemple de têtes de mort ou de rayons dangereux. «Le matériel ne doit pas être précieux afin qu'il ne soit pas volé», explique M. Buser dans un entretien à l'ats.
Pour cet expert, l'utilisation de monuments de pierre ou d'inscriptions ne constitue pas une bonne solution: ce type de signal peut être détruit, s'effriter ou être déplacé.
Il juge en revanche nécessaire d'intégrer dans cette stratégie les villages situés dans la zones d'un site de déchets. «Il est nécessaire de créer une culture du souvenir» de manière à transmettre de génération en génération la connaissance sur le danger potentiel.
L'auteur estime aussi intéressant le recours à des récits mythologiques. Le message essentiel pourrait être transmis par le biais d'histoires qui seraient racontées par delà les temps. «Tous les grands mythes des peuples comme l'histoire de la création ont eu un impact important dans l'histoire», rappelle-t-il.
Les chats
La discussion a aussi donné lieu à des solutions surréalistes. En 1990, la scientifique française Françoise Bastide a proposé d'élever des chats radio-sensibles: les animaux, marqués génétiquement, se seraient colorés au contact des rayons.
La signalétique visant à protéger la population n'est pas le seul problème à envisager. Il faut aussi s'assurer que les sites de stockage soient protégés des desseins néfastes des humains. «Il est parfaitement plausible d'imaginer des personnes qui veuillent piller un site pour voler le plutonium en vue d'une bombe», selon Marcos Buser. Les temps de paix ne sont pas la norme dans l'histoire.
Paradoxalement, cette réflexion ne suscite pas de grand débat. Selon l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), la discussion doit être menée au niveau international. La Suisse participe à un projet de l'OCDE sur la problématique du marquage.
Les débuts
L'un des problèmes majeurs est qu'il n'existe pas encore d'exemple à disposition. Il n'y a dans le monde encore aucun site de stockage définitif pour les déchets hautement radioactifs issus des centrales nucléaires.
On ne connaît que le «Waste Isolation Pilot Plant», le centre de stockage de déchets radioactifs militaires installé dans le Nouveau Mexique, qui est exploité depuis 1999. Ce site doit être signalé entre autres par des monolithes de granit d'une hauteur de 8 mètres.
La Suisse va encore attendre longtemps avant de se décider pour un concept de signalisation. Selon l'OFEN, ce n'est qu'aux alentours de 2040 que l'on devrait disposer d'une décision dans le cadre d'une autorisation de construire un site définitif. Le marquage sera du ressort de la Nagra.
Questions sur les comprimés d'iode
Les comprimés d'iode et la sortie du nucléaire suscitent le plus grand nombre de questions sur la «hotline» de l'Office fédéral de la protection de la population (OFPP). Cette assistance téléphonique fonctionne jusqu'à vendredi.
Elle est un des éléments de la campagne d'information sur la protection en cas d'urgence à proximité des centrales nucléaires lancée début février. Quelque 630'000 dossiers ont été adressés aux habitants dans un rayon de 20 kilomètres autour des centrales. Ces documents livrent notamment une liste de comportements à suivre.
Par ailleurs une «hotline» a été mise à disposition. Une évaluation détaillée de ce servise doit être présenté à l'OFPP la semaine prochaine. D'ores et déjà, il apparaît que deux questions reviennent souvent. L'une porte sur l'approvisionnement de la population en comprimés d'iode et l'autre sur la décision politique de sortir du nucléaire.
Dépôts régionaux
«Certaines personnes réalisent qu'elles n'ont pas ces tablettes d'iode ou ne les ont plus. Elles demandent donc où elles peuvent en obtenir», a expliqué mercredi à l'ats Kurt Münger, porte-parole de l'OFPP.
«Ils doivent s'adresser à leur commune qui les leur remettra». En dehors des zones concernées, les comprimés d'iode ne sont pas distribués à la population mais conservés dans des dépôts régionaux. Ils pourront le cas échéant être remis aux habitants. La prise d'iode est un moyen efficace pour protéger la thyroïde en cas de rejet d'iode radioactif.
L'une ou l'autre personne se demande s'il est encore possible de se promener à proximité des installations. D'autres encore réclament des dossiers d'information supplémentaires, lesquels sont envoyés gratuitement «pour autant qu'il s'agisse d'une quantité raisonnable», précise-t-on à l'OFPP.
Utilité du nucléaire
Maintes questions portent aussi sur l'utilité ou non pour la Suisse de sortir du nucléaire ou s'il est raisonnable de conserver cette technologie. «Dans ce cas, les répondants rappellent que la 'hotline' n'est pas une contribution pour ou contre l'énergie nucléaire mais une contribution prescrite par la loi à la protection en cas d'urgence.»
Le service d'assistance a été externalisé et confié à une entreprise qui n'a pour l'heure pas détaillé le nombre d'appels déjà reçus. Après avoir reçu la documentation, certaines personnes ont directement contacté des offices fédéraux pour y poser leurs questions. L'OFPP en a ainsi reçu une centaine.
La «hotline» renseigne de 08h00 à 19h00 jusqu'à vendredi. Ce service peut être joint au 061/202 05 69 (français) et 061/202 05 70 (allemand).
Par ats

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