L'initiative de la Fondation Helvetia Nostra, votée le 11 mars, veut restreindre la construction de résidences secondaires.
Les Suisses pourraient freiner la construction de résidences secondaires. En votation le 11 mars, l'initiative de la Fondation Helvetia Nostra veut restreindre leur nombre, en particulier dans les montagnes. Cantons, communes et milieux touristiques s'y opposent vivement.
L'initiative «pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», lancée par Franz Weber, veut fixer une limite maximale à 20% du parc des logements de chaque commune. A un peu plus d'un mois du scrutin. elle recueille une nette majorité d'avis favorables selon un récent sondage.
Sur le constat, partisans et opposants sont unanimes. La Suisse a autorisé la construction de trop de résidences secondaires dans les régions touristiques. La plupart des logements de vacances restent vides lorsque leurs propriétaires n'y séjournent pas, occasionnant les problèmes découlant des lits «froids».
Paysages défigurés
Plus de 8000 nouvelles résidences secondaires sont construites chaque année en Suisse, dont 5000 dans les régions touristiques, s'insurge le comité d'initiative. Il en existe déjà plus de 500'000 dans les Alpes suisses; des paysages uniques sont défigurés et la nature ravagée à jamais.
Dans environ un quart des communes, la part des logements de vacances dépasse déjà un cinquième de la surface habitable. C'est le cas dans les régions touristiques du Valais, des Grisons, du Tessin, de Berne et de Vaud.
En plus de «villages fantômes», la population locale est confrontée aux prix excessifs de l'immobilier. L'initiative ne s'en prendrait cependant pas aux appartements de vacances et autres chalets existants, mais uniquement aux nouveaux édifices.
La révision de la loi sur l'aménagement du territoire, brandie comme contre-projet indirect à l'initiative, ne donne pas les moyens d'agir contre la surconstruction, estiment les initiants. Ceux-ci ont reçu le soutien du PS, des Verts, du PEV et de nombre d'associations environnementales.
Une loi pour régler le problème
Les opposants, qui réunissent le Conseil fédéral, le camp bourgeois ainsi que les milieux immobiliers et touristiques, affirment le contraire. La révision de loi en vigueur depuis juillet contraint cantons et communes à prendre des mesures pour limiter le nombre de nouvelles résidences secondaires et en améliorer le taux d'occupation.
Contrairement à l'initiative jugée trop rigide, ce texte laisse beaucoup de latitude aux pouvoirs publics pour l'application. Certaines communes peuvent établir des systèmes de contingents comme c'est le cas en Haute-Engadine. D'autres peuvent mettre en place des zones à bâtir avec une proportion déterminée de résidences principales, comme Crans-Montana (VS).
Le canton de Berne a par exemple décidé limiter l'augmentation des résidences secondaires non louées à 40% de la surface totale des logements. Quant aux cantons et communes qui n'auront pas inscrit de mesures adéquates dans leurs plans directeurs d'ici à juillet 2014, ils ne pourront plus autoriser de nouvelles résidences secondaires.
Facteur économique
Autre argument avancé par les opposants à l'initiative de Franz Weber: les résidences secondaires constituent un facteur économique important. Elles génèrent 1,5 milliard de francs pour le Valais, soit 12,6% de son PIB; pour les Grisons, il s'agit de près d'un milliard et de 10% du PIB.
Or, l'initiative sonnerait le glas de telles constructions dans nombre de communes. Et les personnes en quête d'un appartement ne se tourneront pas davantage vers les hôtels, mais risquent de partir à l'étranger.
Les opposants vont jusqu'à estimer que l'initiative est contre- productive. Pour eux, elle risque d'exporter le mitage du territoire dans les communes qui n'ont pas encore atteint le plafond de 20%.
Les adversaires vont devoir se mobiliser pour renverser la tendance au cours des prochaines semaines. L'initiative pour la limitation des résidences secondaires a suscité 61% d'avis favorables, 27% de «non» et 12% d'indécis, selon le premier sondage SSR publié vendredi.
Par ats

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