JODOC ELMIGERFallait-il être un peu fou pour se lancer, en ce XXIe siècle, dans la fabrication d'engins d'apparence aussi archaïque que des Zeppelins? Sans doute pas si l'on sait que la Nasa en a commandé un pour préparer une mission vers Saturne.
Il a les pieds sur terre. Et la tête dans les nuages. Les pieds bien ancrés sur cette planète qu'il aime tant et qu'il tient à respecter, et les yeux levés vers l'horizon pour suivre l'évolution de ses engins légers et silencieux qu'il fabrique dans son atelier de Villars-Tiercelin dans le Gros-de-Vaud.
Mais comment en arrive-t-on à se lancer dans la fabrication de zeppelins, ces dirigeables qu'on croyait oubliés depuis la catastrophe du Hindenburg. C'est que ces aéronefs fascinent depuis longtemps Jodoc Elmiger qui en fait son sujet de diplôme de designer industriel à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne.
A la fin de ses études, le jeune diplômé se voit confier avec deux copains l'aménagement de la muséographie des Mines et salines de Bex. Ensemble, ils mettent en place le circuit actuel qui permet aux visiteurs de découvrir les métiers de la mine, de voir comment fonctionnent les outils et de faire un saut dans le passé.
Après un passage chez Rolex, il se lance «par ennui» dans la fabrication d'un premier dirigeable qui sera acquis par le Lausanne hockey club comme support publicitaire. Un stand au Salon des inventions, une présence au Comptoir suisse et voilà que la production décolle. Repéré par la ville de Lausanne qui consacre chaque année un crédit pour favoriser le démarrage d'entreprises, il se lance véritablement en juillet 2002 dans la fabrication de ballons et de dirigeables et décroche un mandat pour réaliser les vues aériennes pour Expo.02. «Le zeppelin est un système souple, pas polluant et qui permet de se balader au-dessus des arteplages et de filmer en volant à un mètre au-dessus des gens. J'ai vendu depuis beaucoup de ballons captifs pour les prises de vue aériennes et, surtout, pour les relevés thermiques utiles afin d'analyser les isolations des maisons.»
Parallèlement, il a développé avec ses collaborateurs des moteurs performants et sobres ainsi qu'un support gyroscopique qui prend place sous l'enveloppe du zeppelin et assure des images stables et nettes. L'ensemble se révèle efficace pour tout ce qui est surveillance, observations météorologiques, analyse de la pollution urbaine et, même, détection de laboratoires clandestins comme ce fut le cas à Lisbonne ou Padoue. Les gaz émis lors de la transformation d'opium en héroïne sont en effet aisément détectables grâce au survol à basse altitude.
Plus de 56 pays, de la Mongolie au Brésil, sont clients de Minizepp. Ses appareils ont même servi, en Chine, à la pose de lignes électriques aériennes.
A quelque 6000 francs le ballon, l'investissement des acheteurs est vite rentabilisé. Tout comme les zeppelins dont le coût de 60 000 francs pour un engin de 14 mètres de long est amorti en moins d'un mois de location.
Victime de sa mauvaise réputation, le zeppelin n'a plus grand-chose de commun avec le tristement célèbre Hindenburg. L'enveloppe fabriquée aux Etats-Unis et découpée chez Cimo à Monthey est légère et solide. La partie mécanique originale est fabriquée à Troistorrents, et se décline en version essence ou électrique. Mais surtout le gaz utilisé pour gonfler les ballons est de l'hélium, et non plus de l'hydrogène comme c'était le cas en 1937.
Ininflammable, l'hélium est un gaz rare extrait directement du sol, et non pas produit. Il est donc plus cher et seuls quelques gisements en Algérie, en Russie et aux Etats-Unis en assurent l'exploitation. Pour le modèle développé pour la Nasa (voir encadré), il faut compter environ 2500 francs de gaz pour une enveloppe de 80 mètres cubes.
Le développement commercial des zeppelins est suspendu à une législation européenne qui devrait prochainement régler les possibilités d'utilisation. «Actuellement, on dépend de la loi sur les modèles réduits qui interdit de voler au-dessus des gens. Mais en Grande-Bretagne, une nouvelle loi permet l'utilisation de ces engins au-dessus des forêts ou des gens, ce qui les rend idéaux pour toutes les manoeuvres de surveillance. Cette directive pourrait être adoptée prochainement au niveau européen.»
L'avenir du jeune entrepreneur semble tout tracé. Pourtant, avide de relever des défis, Jodoc Elmiger envisage de se lancer dans la vente de vélos électriques de haute qualité. Après une affaire qui décolle, bientôt une affaire qui roule?
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