FRANCE VOISINEA la tête d'une association savoyarde forte de 140 membres, Agnès Deroudilhe ne veut pas entendre parler de train entre Saint-Gingolph et Evian. Elle craint un déferlement de wagons marchandises la nuit.
«Je n'ai rien contre la Suisse, étant moi-même binationale. J'ai vécu vingt ans dans votre pays, avant d'aller à Annecy, puis dans le sud de la France. Pour ma retraite, j'ai choisi le village de ma mère, Meillerie près de Saint-Gingolph, pour me rapprocher de mes racines et de nombreux amis suisses», lâche Agnès Deroudilhe, visiblement agacée de passer dans les médias pour une ennemie de notre pays dans son combat contre la ligne ferroviaire du Tonkin.
Pour elle, «la coopération transfrontalière franco-suisse est un trait d'union entre nos pays. Il faut entreprendre des projets communs équilibrés qui ne lèsent ni les uns ni les autres.»
La présidente de l'Association pour la défense des habitants de l'est du Pays d'Evian (ADHEPE) ajoute: «Notre association, qui compte 140 membres, a démarré suite à l'engorgement routier des villages entre Evian et Saint-Gingolph. Elle s'oppose maintenant à la réouverture de la voie ferrée unique du Tonkin dans ce secteur où l'urbanisation est resserrée dans un couloir étroit entre lac et montagnes.» Pour elle, «cette réouverture offrirait une trop grande opportunité pour une exploitation de trains de marchandises venant de la Suisse».
Alors que les partisans du train veulent organiser un «Grenelle du Tonkin» à la fin du mois, l'ADHEPE rappelle que le service voyageurs a été abandonné sur la ligne en 1938. «Quelques organisations et certains politiques français et suisses tentent de nous démontrer que la réhabilitation de cette voie ferrée apporterait une réponse aux difficultés de déplacement dans la région, ce que nous contestons. Chez nous, les lieux d'habitations sont dispersés et les lieux de travail dans les cantons de Vaud et du Valais le sont aussi, et pour la plupart éloignés des gares. Le Chablais valaisan n'est ni concentré ni à forte densité comme l'agglomération genevoise. Du fait des nombreuses ruptures de charge, les frontaliers choisiront toujours le moyen le plus rapide, le plus pratique et le plus souple pour se rendre à leur travail, donc ils choisiront la route.»
Les assurances données des deux côtés de la frontière quant au transport de fret léger, mais pas lourd? L'ADHEPE n'y croit pas. «Le coût du fonctionnement du train s'élèverait environ à un million d'euros par année. Seule possibilité alors pour assurer un retour sur investissement: les trains de marchandises de toute nature qui circuleraient de nuit puisque le réseau ferré à l'ouest est saturé le jour. Nous n'avons jamais parlé de fret lourd. Mais le fret léger ou trains de marchandises est à lui seul inquiétant car il concerne le transport de marchandises de toute nature dans des wagons.»
Et Mme Deroudilhe de préciser sa pensée: «Aucun politique français ou suisse ne peut affirmer qu'il n'y aura pas ou peu de fret, il n'est pas dans leur pouvoir d'en décider. L'exploitation des voies de chemin de fer peut être confiée à des entreprises privées qui l'utiliseront à leur guise.»
Que faut-il comprendre lorsque le vice-président de notre région déclare que seules des marchandises locales à destination de la Suisse utiliseront le rail? Et la riveraine de lancer: «Que contiendront au retour ces wagons, reviendront-ils à vide? Que sous-entendent ces affirmations très vagues? Les industries chimiques et pétrolières du Valais font-elles partie des marchandises locales à destination de la France?»
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