SAILLONSamedi et dimanche la salle de l'Helvétienne a accueilli la finale du Romandie Texas Hold'em Tour. Deux pros étaient de la partie.
On a beaucoup joué aux cartes, ce week-end à Saillon. Vingt-huit heures précisément, sur deux jours, avec une pause toutes les deux heures seulement. Non, nous ne parlons pas ici de jass - elle semble bien loin l'époque où l'on tapait le carton pour du beurre - mais de poker. Dans une Helvétienne pleine à craquer, ils sont 133 amateurs, bluffant, misant, ou se couchant, frustrés. L'atmosphère est fébrile, rythmée par l'entrechoquement des jetons de mise. A la clef, le vainqueur empochera 16 000 francs. La concentration est extrême, bien que le gain soit moindre par rapport à la plupart des autres tournois du milieu.
Parmi les amateurs, pour la plupart valaisans, deux professionnels ont fait le déplacement, dont une femme. On la remarqua très vite, dans une salle essentiellement masculine. Elle s'appelle Cynthia Axarlis et elle a 25 ans: «Cela fait quatre ans que je joue. J'ai découvert le poker on-line à Miami lors d'un voyage d'étude. Dès les premières minutes de jeu, c'est devenu une passion. Pendant deux ans, j'ai joué avec de l'argent fictif puis j'ai débuté les tournois live avec de vrais gens et du vrai argent!» La jeune femme consacre en moyenne quatre à huit heures par jour au poker, que ce soit sur l'internet, dans des tournois en Europe ou lors de partie de cash-game. Et le jeu paie, puisque Cynthia Axarlies gagne en moyenne 3000 à 4000 francs durant les bons mois.
Le second professionnel est également atypique. Guillaume Darcourt, la quarantaine, était chef de plusieurs entreprises dans le secteur des multimédias en France: «J'ai découvert le poker assez tard, il y a cinq ans et ça m'a passionné. J'ai été repéré par la Team Pro 770 (n.d.l.r., un important site de poker en ligne ayant sa propre équipe qui écume les plus grands tournois mondiaux) et je suis devenu capitaine. Comme je travaillais de moins en moins, j'ai revendu mes entreprises et je vis actuellement du poker.» Le Français récemment installé en Suisse ne nous révélera pas ses gains mensuels. Nous ne pouvons que l'imaginer, lorsqu'il avoue participer régulièrement à des tournois avec une inscription à 10 000 francs.
Devant pareils récits, beaucoup souhaiteraient abandonner leur job pour le poker. Mais nos deux professionnels invitent à la prudence: «J'ai vu beaucoup de jeunes qui ont tout arrêté - études, métier - pour se consacrer au poker et disparaître des circuits du jour au lendemain. Même les meilleurs peuvent tout perdre dans une mauvaise phase.» Pour Cynthia Axarlis, c'est son petit garçon que lui permet de garder les pieds sur terre: «Je ne joue jamais l'argent que je n'ai pas. On ne peut d'ailleurs pas bien jouer avec la peur de perdre.»
Il est pourtant un rêve qui réunit aussi bien amateurs que professionnels du poker, c'est celui de gagner un titre majeur et entrer au panthéon du poker. Cynthia Axarlis avoue ainsi rêver de devenir la première femme à remporter le Main Event des WSOP à Las-Vegas l'équivalent des championnats du monde. La victoire, ce ne sera pourtant par pour cette fois, la jeune femme s'est classée 35e hier... Jackpot pour Guillaume qui lui, en remportant le tournoi de Saillon, empoche 7000 francs ainsi qu'un ticket pour le European Poker Tour à Deauville d'une valeur de 8000 dollars. Joli week-end!
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