HAUTE MONTAGNEDeux personnes ont été emportées par une avalanche lundi au-dessus de Trient. Ils faisaient partie d’une groupe de 26 personnes parties imprudemment à l’assaut de la Haute Route, alors que la neige et le brouillard régnaient sur la région.
Une disparue, une Française de 30 ans, et un blessé, un Autrichien. C’est le bilan - provisoire - de l’avalanche qui a emporté lundi en fin d’après-midi deux randonneurs, dans la montée du col des Ecandies (2’800 m) entre le val d’Arpette et le glacier du Trient. Mais l’addition aurait pu être bien plus salée. Au total, deux groupes de treize personnes, l’un français, l’autre autrichien, ont été surpris, vers 17 heures, par une importante coulée de neige. Partis d’Argentières, en France voisine, ils effectuaient la première étape de la mythique Haute Route, reliant Chamonix à Zermatt.
Les Français étaient accompagnés par un guide et un aspirant, les Autrichiens par deux guides. Ils étaient censés rejoindre Champex-Lac, au-dessus d’Orsières, en descendant à ski par le Val d’Arpette. Mais la coulée a alors emporté deux d’entre eux. «En haute montagne, c’est imprudent d’être encore dehors à ces heures-là», explique, désabusé, Thierry Amaudruz.
Le guide bagnard est aussi gardien de la cabane du Trient depuis 14 ans. Lundi soir, il est allé porter secours à ces inconscients, parce que c’est son métier, parce qu’il savait que des gens étaient en danger et qu’il devait leur porter assistance. «Je suis parti vers 18 h 30, avec un collègue français qui était à la cabane avec des clients.» Lorsqu’il arrive sur les lieux, les guides sont partis ramener seize de leurs clients en sécurité.
Cinq personnes sont restées sur place pour tenter de retrouver la Française ensevelie sous la neige et pour soutenir l’Autrichien, rapidement dégagé, souffrant d’une fracture du fémur. Pour se protéger, ils ont construit un igloo. «C’est une bonne idée. Ils étaient au chaud. Mais ils l’ont construit au beau milieu du couloir d’avalanche!» Les deux guides tentent alors de retrouver la jeune femme au pied du col. Mais, vers 21 heures, alors que la nuit est déjà tombée, une deuxième coulée les emporte. Ils sont tous deux complètement ensevelis sous la neige. «C’est sûr, caché sous la neige en pleine nuit, c’est une grosse frayeur», admet Thierry Amaudruz. Avec l’aide des personnes restées sur place, il parvient à se dégager. Et, dix minutes plus tard, il sort son collègue français, enfoui sous un mètre de neige, mais bien vivant.
Entre temps, les randonneurs avaient alerté la centrale 144. Celle-ci a immédiatement engagé le concept régional de secours, puis, dans un second temps, les spécialistes de la Maison du Sauvetage. Mais les conditions météorologiques, les fortes chutes de neige en altitude et le brouillard, rendaient l’engagement d’un hélicoptère impossible. C’est donc à peaux de phoque qu’une vingtaine de guides ont rejoint les Ecandies par le val d’Arpette. Un itinéraire long (près de 3 heures) et particulièrement dangereux, en raison des nombreux couloirs d’avalanche qui bordent le vallon. Vers 21 heures, ils sont arrivés sur place. Ils ont pu rapatrier les six derniers randonneurs sur Champex. Le blessé a été descendu sur une luge, puis conduit à l’hôpital de Sion. En raison du fort danger d’avalanche et du manque de visibilité, les recherches ont été suspendues. Une troisième coulée est d’ailleurs partie peu après que les secours aient quitté les lieux. L’espoir de retrouver la jeune femme vivante est nul.
La saison de la Haute Route devrait durer une quinzaine de jours encore. La police cantonale valaisanne appelle à la plus grande prudence. Avec les fortes chutes de neige de ces derniers jours et les variations importantes des températures, le danger d’avalanche est fort.
Thierry Amaudruz ne s’explique pas l’imprudence de ces randonneurs. Après 14 ans comme gardien de la cabane du Trient, il en a pourtant vu défiler...«Mais hier soir, à 20 heures, une trentaine de personnes sont encore arrivées à la cabane! En principe à 16 heures, il faudrait être en cabane ou faire demi-tour. Mais là, il y avait encore beaucoup de monde dans la montagne, alors qu’on n’y voyait pas à dix mètres à cause du brouillard et qu’il y avait 80 centimètres de neige fraîche au pied du col des Ecandies.»
Le guide bagnard pointe du doigt un coupable: la technologie. Aujourd’hui, tous les guides sont équipés d’un GPS et ils n’hésitent plus à se lancer sur des itinéraires, même lorsque les conditions de visibilité sont mauvaises.
Sans vouloir remettre en question le travail de ses collègues, Thierry Amaudruz se pose certaines questions. «Il y a des pressions des tours operators, des clients qui prennent une semaine de vacances pour faire une Haute Route et ils ne veulent pas entendre parler d’annulation. Lundi soir, je suis redescendu en plaine, mais j’ai dit à mes collaborateurs de ne laisser partir personne de la cabane. Après, on ne peut pas enchaîner les gens. Quand on leur donne des conseils, ils ont plutôt tendance à nous dire: «fais-nous à manger et occupe-toi de tes affaires.» Et ils oublient que, quand ils ont un problème, c’est vers nous qu’ils se tournent toujours.»
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