CULTUREUn diagnostic inquiétant sur l’état du dialecte francoprovençal dans le Valais romand, incite le canton à créer un Conseil du patois chargé de proposer des mesures de revitalisation. Tournant historique?
«Òra òou jyamì». Voici, traduit en patois, l’expression «un choix historique» selon la présidente de la Fédération valaisanne des patoisants, l’Evolénarde Gisèle Pannatier. Le choix historique, c’est un autre amoureux du dialecte francoprovençal, Bernard Bornet qui le pose. «Le constat est douloureux. Et je lance un SOS. Si l’on ne fait rien, le patois risque de disparaître. C’est la responsabilité de notre génération d’agir.» Le Gouvernement valaisan a entendu ces voix patoisantes. On a voulu en avoir le cœur net, dresser un état des lieux objectif, établir un diagnostic. Claude Roch, chef du Département de l’éducation, de la culture et du sport, mandate donc, en octobre 2007, un groupe de travail afin d’établir un rapport sur la situation du dialecte dans le Valais romand. Suite à cette expertise, le Conseil d’Etat décide en juin d’instituer une Commission «Conseil du patois». Sa mission: formuler des propositions pour préserver de cet héritage culturel. Moins de locuteurs, plus d’associations Pour procéder à l’inventaire des acteurs et des projets liés à la défense du patois, le groupe de travail a procédé à de nombreuses auditions. Tant parmi les associations et personnes qui s’engagent pour la promotion de ce dialecte que dans les milieux scientifiques de la linguistique et de la pédagogie. Résultat? La pratique du patois comme première langue de communication est aujourd’hui limitée à un groupe restreint de Valaisans. Quelque 6000 sur les 211000 habitants du Valais romand. Par contre, le nombre d’associations et d’institutions qui lui consacrent du temps et de l’énergie a augmenté. C’est le cas des sections locales de la Fédération valaisanne des amis du patois. Et c’est aussi valable pour les institutions qui ont en charge la conservation et l’étude du patrimoine. La Médiathèque et le Centre régional d’études des populations alpines (CREPA) en Valais ou le Glossaire des patois de la Suisse romande et le Centre de dialectologie et d’étude du français régional à Neuchâtel. La situation dans les deux régions linguistiques du canton présente de notables différences. Si, dans le Valais romand, la connaissance du patois n’est partagée que par un petit nombre, le dialecte est toujours la langue de communication orale pour la population haut-valaisanne. Les projets existants Bernard Bornet se dit néanmoins optimiste dans la perspective d’une politique volontariste. «Les attentes sont nombreuses, notamment chez les jeunes.» Et de citer la «multitude de cellules vivantes du patois». Dans le milieu scolaire, des initiations au dialecte local ont eu lieu dans les écoles primaires des communes de Chermignon, Montana et Randogne. A Corin, le bilan de cette expérience originale qui a duré de 2003 à 2005 «est tout à fait positif de l’avis des enfants, des enseignants et de l’autorité scolaire». Une autre initiative a eu lieu au cycle d’orientation de Nendaz durant l’année scolaire écoulée. Direction et enseignants ont proposé aux élèves de 3e une option sur la culture locale. «Plébiscité par les élèves», ce projet où le parler ancestral est incontournable devrait déboucher sur des réalisations concrètes, tel reportage vidéo, site internet et sentier didactique. En Entremont, le CREPA en collaboration avec les écoles poursuit le projet «L’enfant à l’écoute de son village», sorte d’outil de sensibilisation au patrimoine socioculturel régional. Du côté parascolaire, les universités populaires ont organisé ou organisent des cours de ou sur le patois. Trois d’entre elle se distinguent particulièrement: Hérens, Crans-Montana-Noble et Louable Contrées et Nendaz. Les pistes à exploiter Le groupe de travail donne toute une série de pistes, notamment en matière d’intégration de ce patrimoine à l’école obligatoire ou de formation des enseignants. Il a recherché une collaboration avec les autorités valdôtaines qui ont développé des initiatives originales et fructueuses en matière de préservation et de promotion du patois. La «Task force» du patois suggère aussi que les universités populaires intéressées qui ont les compétences nécessaires «puissent remplir cette fonction avec l’aide substantielle de l’Etat à travers le service de la formation professionnelle, subsidiairement du service de l’enseignement». «L’école doit refaire ce qu’elle a défait», disait le chanoine nendard Marcel Michelet en 1975, ardent défenseur de la cause. Claude Roch tient à faire tout de suite une mise au point. «Il n’est pas question d’introduire le patois à l’école. Nous parlons bien d’une incitation culturelle forte avec intégration d’une dimension patrimoniale mais pas d’un programme scolaire.» Arrivera-t-on malgré tout à ce que la fiction devienne réalité et à vivre cette scène en 2035, à l’aéroport international de Sion. Avec un passager en provenance de Singapour qui consulte désespérément son lexique anglais-patois. «Avoue l’ê-tû lû kakeire?», demandera-t-il dans un dialecte approximatif. L’hôtesse lui indiquera alors courtoisement la direction des WC…
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