ANNIVERSAIRELa Convention des droits de l'enfant, dont on fête les 20 ans ce week-end à Martigny, a aidé - peu ou prou - à améliorer leur quotidien. Entretien avec son principal instigateur, Jean Zermatten.
Il est l'une des chevilles ouvrières de la fête «Enfan'phare» qui va marquer demain et samedi au CERM de Martigny les 20 ans de la signature de la Convention des droits de l'enfant.
Fondateur et actuel directeur de l'Institut des droits de l'enfant à Bramois, Jean Zermatten est également le premier Suisse à avoir accédé à la vice-présidence du comité des droits de l'enfant à l'ONU. Et l'interlocuteur incontournable pour évoquer le combat mené en faveur de cette noble cause. Interview.
Qu'est-ce qui a poussé à l'adoption de cette convention des droits de l'enfant?
Il faut savoir que la Convention des droits de l'enfant n'est pas née en 1989! Elle a été précédée de la Déclaration de Genève de 1924 (suite à la Première Guerre mondiale et au grand nombre d'enfants orphelins), puis de la Déclaration de l'ONU de 1959, sorte de pendant pour les enfants de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Ce qui a été le point de départ de la Convention dont on fête le 20e anniversaire en cette fin de semaine, c'est la volonté de ne plus considérer les enfants comme des objets, mais bien comme des personnes à part entière, titulaires de droits. Il ne fait pas de doute que toute l'évolution du droit de la famille a eu une importance considérable sur cette évolution (séparations, divorces, modification des structures familles...).
Ce texte était censé protéger quel type d'enfants, en priorité?
La Convention se veut universelle. Elle n'est pas destinée aux seuls pays en voie de développement. Tous les Etats qui l'ont ratifié - 193 sur 195 possibles - doivent en appliquer les principes et respecter les droits qu'elle contient. Il est certain que l'application n'est pas uniforme et se fait en fonction du contexte de chaque pays. De ses possibilités financières aussi, de ses ressources techniques et humaines.
Vingt ans après, qu'est-ce qui a vraiment changé?
Tout d'abord le regard sur les enfants! La Convention demande que dans chaque décision qui concerne un enfant, le décideur se pose des questions sur les effets de sa décision et qu'il pèse, parmi les intérêts en présence, l'intérêt de l'enfant. De plus, l'enfant doit être entendu, s'il a l'âge et la maturité nécessaires.
Du point de vue des soins de base aux enfants, d'une manière globale, on peut dire que les soins de santé, d'éducation, de protection et d'élimination de certaines formes d'exploitation ont fait des pas de géant.
Cela dit, il reste encore beaucoup à faire, notamment pour éliminer les pires formes d'exploitation à l'égard des enfants (prostitution, vente, trafic, enfants-soldats, travail dans des conditions inhumaines, abus et mauvais traitements divers...).
193 pays ont signé et ratifié cette convention. Mais est-elle respectée partout?
Elle est respectée partout, mais à des degrés divers. Si l'on note des efforts sérieux et durables de nombreux pays, on se rend compte aussi que bien des gouvernements accordent plutôt une valeur symbolique et déclamatoire à ce texte, sans le considérer comme un instrument contraignant.
Car, en fait, cet instrument impose des obligations très claires aux Etats et n'est pas une simple «Déclaration» de bonne volonté à l'égard des enfants. C'est à mon avis, un des défis de cette Convention.
Pourquoi les Etat-Unis rechignent-ils à ratifier ce texte?
Les USA ont bel et bien signé ce texte. Ils ont en fait exprimé là leur volonté d'y adhérer; mais ils ne l'ont pas encore ratifiée, c'est vrai.
Longtemps, la question de la peine de mort a été un obstacle à la ratification. Mais le recours à la peine capitale a été suspendu en 2005.
Il reste maintenant à vaincre l'état d'esprit de l'ancienne administration qui considérait le fait de reconnaître des droits aux enfants comme une menace pour les adultes. Et nous espérons que le président Obama annoncera prochainement une bon-ne nouvelle...
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