BERNELa crise financière, ont répété Fulvio Pelli et Pierre Weiss, n’est pas celle du libéralisme. C’est la crise de l’UBS.
Les délégués radicaux et libéraux l'ont décidé samedi. Les deux plus vieilles formations politiques du pays fusionnent. Ce mariage crée le plus jeune grand parti de Suisse. Les 146 délégués radicaux l'ont voté à l'unanimité, sans opposition ni abstention. Chez les libéraux, le débat fut plus tendu: 49 voix pour, 8 contre et une abstention. Pascal Couchepin a vécu l'événement avec un oeil ému. «Pour moi, c'est une cure de Jouvence. Il y a 40 ans, j'ai été élu pour la première fois sous l'étiquette libérale-radicale. J'ai donc 40 ans de moins. Mais mes muscles sont ceux d'un sexagénaire entraîné.»
L'objectif principal est, comme le répète Fulvio Pelli, le président des radicaux suisses, «le renforcement du pôle libéral». Quant au président des libéraux, le Genevois Pierre Weiss, il fait les comptes des forces fusionnées. «Avec 17,7% des voix au niveau national, les perspectives s'inversent subitement. Nous n'avons plus besoin de regarder si le PDC est sur nos talons: nous visons à dépasser le Parti socialiste et à lui prendre la deuxième place.»
Pour y arriver, le nouveau parti fait un appel du pied aux Verts libéraux et lorgne ostensiblement vers ceux qui ont quitté le parti de Christoph Blocher. L'invite vaut pour les anciens électeurs de l'UDC et aussi pour les actuels. Qu'ils lisent notre programme, s'exclame Pierre Weiss. «Chez nous, ils ne trouveront pas de tourner-sur-route dans le domaine des bilatérales, ils ne trouveront pas de jeux dangereux avec la sécurité militaire, ils ne trouveront pas non plus d'exclusion anti-démocratique de conseillers fédéraux ou de partis cantonaux.»
Cette union intervient en pleine crise financière. Les délégués attendaient donc un message fort de leurs présidents. Fulvio Pelli a répété avec force que le libéralisme n'est pas en cause. Les problèmes graves que connaît la Suisse sont dus essentiellement à deux hommes, deux pseudo-libéraux selon lui, Marcel Ospel et Christoph Blocher.
Le Tessinois a même inventé un nom pour désigner ce timon funeste, le «Blospel». «Nous avons été trop longtemps impressionnés par les succès politiques de l'ancien conseiller fédéral Blocher et les succès économiques de son ami Marcel Ospel.»
«Le Blospel, poursuit Fulvio Pelli, a poussé l'UBS dans les bras, hier honnis et aujourd'hui bénis, de la Confédération et de la Banque nationale suisse.» Et que fait l'UDC? Elle accuse l'étranger, comme toujours. Et que font les socialistes? Ils réclament plus d'entreprises étatiques, plus de lois, plus d'endettement. En réponse, le président des radicaux livre alors de douloureux rappels. On oublie bien vite, dit-il, que l'Etat a dû sauver, lors de la crise hypothécaire des années 1990, les banques cantonales de Berne, de Vaud, de Genève et de Soleure. On oublie tout aussi vite qu'Otto Stich a laissé s'amonceler des milliards de dettes dans la débâcle de la caisse de pension de la Confédération. On oublie enfin, conclut le Tessinois, que Swisscom a dépensé des milliards pour des investissements qui ont échoué. Pierre Weiss et Fulvio Pelli unissent leur voix pour scander leur message. «L'UBS n'a pas échoué en raison d'un manque de régulation, mais parce qu'elle avait perdu le simple bon sens. La crise actuelle est une crise de l'UBS.» La grande banque, selon eux, a fait deux grosses erreurs. L'ambition de devenir la plus grande banque mondiale d'investissement a conduit à l'échec. Et elle suivait sa stratégie en ayant les yeux rivés sur le prochain résultat trimestriel et la chasse aux bonus. Conclusion de Fulvio Pelli: la Suisse n'a pas besoin d'un flot de régulations, mais bien de meilleurs contrôles.
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