VOTATIONSLa Fondation alémanique des consommateurs s'associe aux critiques de la gauche rose-verte qui craint le fichage des Suisses. Elle appelle à voter non le 17 mai.
Le passeport biométrique a un nouvel adversaire de poids. La Fondation alémanique des consommateurs (SKS) a pris position hier contre le projet soumis au peuple le 17 mai. Elle a fait connaître son point de vue le jour même où le comité rose-vert présentait ses arguments contre le nouveau document. A l'instar de ce dernier, elle juge intolérable que la photo et les empreintes digitales du propriétaire d'un passeport soient enregistrées dans une banque de données centralisée. La Fédération romande des consommateurs n'a en revanche pas encore adopté de position officielle. «Nous devons approfondir notre réflexion», indique le secrétaire général Mathieu Fleury.
Pour le socialiste genevois Carlo Sommaruga, représentant de la coordination romande contre les passeports biométriques, le Département fédéral de justice et police a profité de l'occasion pour imposer des solutions qui vont bien au-delà de l'exigence européenne. «C'est un projet digne d'un Etat policier», assène le Vert zurichois Daniel Vischer. Le respect des accords de Schengen ne justifierait ni un fichier centralisé, ni la possibilité donnée au Gouvernement d'imposer une carte d'identité biométrique. En cas de non du peuple, il suffirait de demander un délai et de saisir le Parlement d'un nouveau projet.
La chrétienne sociale fribourgeoise Marie-Thérèse Weber-Gobet note que la liberté de voyager des Suisses n'est pas menacée puisque la carte d'identité actuelle (sans puce) permet de circuler dans toute l'Europe. «Quant aux Etats-Unis, ils décident indépendamment du type de passeport qu'ils admettent sur leur territoire.»
L'opposition de gauche estime par ailleurs que le stockage de données sur une puce électronique peut avoir des conséquences désastreuses. Selon Michel Paschalidès, physicien et informaticien de l'EPFL, cette technologie n'est pas à l'abri des faussaires et elle permet de suivre à la trace les déplacements du détenteur du passeport. «On pourrait par exemple repérer les rencontres entre un banquier et son client!» Les codes de décryptage seraient en outre faciles à contrer.
Le comité rose-vert comprend notamment le Parti socialiste, les Verts et le Parti chrétien social. A droite, l'UDC devrait donner aujourd'hui un mot d'ordre négatif. Les jeunesses de tous les partis gouvernementaux, à l'exception du PDC, appellent aussi à voter non.
Lire aussi l'éditorial du jour signé Christiane Imsand.
Serge Vaudenay professeur à l’EPFL,cryptologue
Quel est le risque présenté par le passeport biométrique? L’avantage du passeport biométrique est qu’il est impossible de créer l’identité de quelqu’un qui n’existe pas. Par contre, il est toujours possible d’en faire une copie. Cela encourage donc le vol d’identité.
Et la traçabilité? Va-t-on pouvoir repérer plus facilement nos déplacements? C’est une possibilité offerte par ce document, mais il est en fait plus simple d’utiliser le téléphone mobile pour repérer les gens.
Le passeport biométrique existe déjà. Il a été introduit en 2006 à titre de projet pilote. En quoi se différencie la nouvelle version? Le passeport 06 met en place des standards mondiaux alors que le nouveau document inclura les nouveaux standards européens. Ceux-ci apportent une bien meilleure sécurité, notamment contre le clonage des passeports. Le problème est que ce standard a une portée géographique limitée. Il s’appliquera à des passeports européens pour des déplacements en Europe. Donc dans un cas de figure où le passeport n’est pas nécessaire puisqu’une simple carte d’identité suffit pour voyager dans cette zone. On pourra toujours faire une copie d’un passeport européen pour l’utiliser en dehors de l’Europe et l’on pourra toujours faire la copie d’un passeport non européen pour l’utiliser en Europe. CI
-Description du passeport biométrique sur le site de la Confédération. Ce nouveau passeport coûte 140.-, 148.- avec l'achat d'une carte d'identité.
- Un référendum a été lancé contre le projet de passeport biométrique helvétique parce qu'il va bien au-delà des exigences de Schengen, selon Attac suisse. Mis en cause: le projet de centralisation des données et le projet d'ouvrir l'accès à ces données à des entreprises privées. Le préposé fédéral à la protection des données s'oppose à cet archivage centralisé. Voir aussi le sujet de la TSR du 30.08.08.
-Selon Eveline Widmer-Schlumpf, un non le 17 mai remettrait en question les accords de Schengen et Dublin. Lire l'article de la TDG sur le sujet et celui de la RSR.
- La sécurité des données biométriques mise en place par la Confédération est remise en cause par un expert de l'EPFL. La technologie utilisée a été piratée en 2006 par un informaticien anglais.
- En 2006, le site d'information alternatif indymedia publiait un article sur les passeports passoirs imposés aux USA. Un chercheur allemand, Lukas Grunwald, a montré qu'il pouvait facilement copier des données d'un passeport même entrouvert et à distance.
-Pour rappel, le 15 octobre 2008, les principaux partis politiques suisses approuvaient les modalités d'entrée en vigueur du passeport biométrique. Lire notre article.
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