PHILIPPE BARRAUD journaliste
Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (sic!) déteste la transparence. Il aime la censure, le flou, l'anonyme, le secret, le caché. En cela, il est parfaitement politiquement correct, dans une Suisse où la libre circulation de l'information et des images est perçue comme une menace.
Le gardien de notre intimité, Hanspeter Thür, est donc parti en croisade cet été contre Google et son projet Street View en Suisse, qui permet aux internautes de naviguer visuellement dans les rues de nombreuses villes du monde, et peut-être de Suisse demain si Hanspeter est d'accord (quel pouvoir pour un seul homme, quand on y pense!). Le 14 septembre, il a posé un ultimatum à la société californienne pour qu'une bonne partie des images soient rendues méconnaissables. Il exige non seulement le floutage des visages et des plaques de voitures, mais encore la suppression «d'images de jardins qui, bien qu'invisibles pour un passant, le sont aisément pour les caméras montées sur les véhicules utilisés par Google.» Vous vous rendez compte? Il y a peut-être des images de votre barbecue ultrasecret sur Google! Le Préposé exige donc l'élimination immédiate de toutes ces images, ainsi que celles des hôpitaux, des écoles et des prisons!
La prétendue protection de la sphère privée nous entraîne dans une dérive dangereuse pour le citoyen, pour la démocratie, et pour l'information en général. Autre exemple: Domaine Public nous apprend que le professeur de droit Thomas Fleiner conclut que la diffusion, par la police ou la justice, de la nationalité d'un délinquant (qui n'est évidemment pas nommé), constitue une atteinte à sa personnalité. Cette information sera même illégale en 2011, avec l'entrée en vigueur du nouveau Code pénal. C'est ainsi que la liberté de l'information s'érode et que la censure s'installe. Vous, citoyen, n'aurez plus le droit de savoir si tel délinquant est étranger, et logiquement on interdira aussi d'établir des statistiques carcérales fondées sur la nationalité. Dans les pays anglo-saxons, par comparaison, les journaux publient le nom et l'adresse des personnes arrêtées par la police.
Il faut combattre énergiquement ces tentatives de censure de l'information. C'est au citoyen de se faire sa propre opinion, sûrement pas à Hanspeter ni aux professeurs de droit. Et pour se faire sa propre opinion, le citoyen a besoin d'une information complète, honnête et non trafiquée. C'est une condition sur laquelle il est exclu de transiger.
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