SYLVIE OBERSON, historienne
L'autocensure à laquelle se livrent les grands médias sous la pression des annonceurs et des actionnaires - selon le principe du: «qui paie commande» - représente paradoxalement une opportunité pour les « petits » éditeurs, ainsi que pour les citoyens qui souhaitent s'impliquer dans la vie publique. Une part significative de la «réalité» est en effet désertée par les conglomérats de presse pour des raisons politiques ou pour sacrifier aux exigences croissantes de rentabilité.
L'austérité forcée des petites structures, moins dépendantes financièrement, leur autorise cependant davantage de liberté que les médias traditionnels. Ce qui se traduit par plus d'audace, plus de réactivité à l'actualité. Et par une croissance de fait des maisons d'édition alternatives. Avec à la clé, de réels succès commerciaux: documentaires de Michael Moore; petit livre de l'après «11-septembre» - critique acerbe du monde de Bush - de Noam Chomsky; théories novatrices des historiens marxistes Eric Hobsbawn, sur «L'âge des extrêmes», et Howard Zinn; ou encore travaux de la philosophe «queer» Judith Butler. Cette activité intelligente hors système ne renie rien au nom du succès commercial et dépend donc au moins partiellement des mécènes et des bénévoles qui l'entretiennent.
Internet leur offre dès lors un outil de coordination efficace, que ce soit pour la distribution, par la mise en réseau et la vente en ligne des textes et des images, ou pour la récolte des contributions. La toile sert aussi de plateforme aux candidats enquêteurs ou aux simples témoins, comme sur le site Agoravox, où tout un chacun peut s'improviser journaliste de proximité. Un comité de rédaction agit toutefois ici comme «filtre». Une rareté dans les médias citoyens où l'information, contrairement aux médias traditionnels, est en général vérifiée - ou du moins sanctionnée - par les commentaires après sa publication. A noter que le succès de ce site d'actualité lui permet de rétribuer les meilleurs articles grâce aux recettes publicitaires.
Les blogs, dont le pouvoir est désormais reconnu et craint, font et défont les réputations des grands médias. Inventent et promeuvent les prochaines causes à défendre, d'abord chez les internautes, à qui incombera ensuite la charge d'allumer et d'entretenir des foyers dans le monde réel. Plus égalitaires que les médias traditionnels, les minorités, notamment les femmes, y sont mieux représentées. Dans notre société où la quête de sens est devenue générale et parfois vitale, la possibilité de s'engager par le biais des médias citoyens ouvre une porte sur l'avenir. Qui plus est, occasionnellement rentable.
En faut-il plus pour y croire ?
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