Le débat sur les minarets en Suisse, comme celui sur la burqa en France, est d'emblée piégé. L'habile rhétoricien qu'est Tariq Ramadan a réduit sur les plateaux TV de l'Hexagone le débat sur la burqa à un rapport de force entre la gauche et la droite dont les musulmans feraient les frais. Ce qui lui a permis de faire l'impasse sur le débat de fond. Et en Suisse, les associations musulmanes se disent victimes des «populistes», ce qui leur évite d'engager un débat approfondi sur la compatibilité de certains enseignements fondamentaux et originels de l'islam avec nos valeurs constitutionnelles et démocratiques.
Cependant, il faudra bien qu'un jour ou l'autre on se décide à mener une réflexion de fond, loin des présupposés de la sociologie académique, sur les raisons qui peuvent amener l'islam réel à privilégier certaines formes extrêmes comme par exemple le néofondamentalisme mutant en communautarisme dès que le groupe est suffisamment important, voire parfois en jihadisme. Lorsqu'un individu se convertit à la charia, même en Suisse, il entre tôt ou tard dans une logique de conflit avec la société d'accueil, surtout s'il a privatisé son islam. C'est le communautarisme qui revendique dans un second temps un particularisme légal ou des exceptions (à l'école, etc.), qu'il y ait ou non des minarets. L'avantage du débat sur les minarets est aussi de révéler les tensions internes d'un islam où différents courants sont en compétition dans notre pays. Dans cette optique, les autorités ne doivent pas laisser par exemple le minaret sunnite écraser de sa hauteur la communauté alévi chiite de Suisse.
Le probléme fondamental de l'Islam, contrairement aux autres religions, c'est qu'il s'agit d'un dogme englobant immuablement la loi, la foi et l'etat. Les minarets seraient financés par des pays radicaux (Arabie Saoudite etc...) et qui en contrepartie exigent le choix d'un imam radical. La dérive est prévisible et les populations musulmanes peu pratiquantes actuellement seraient "échauffées" par un prosélytisme radical. Oui à l'initiative afin de freiner la montée d'une radicalisation de l'Islam en Suisse
Insidieusement le fait religieux se transforme en rapport de force dans nos démocraties. La foi n'est pas négociable et la pratique religieuse (valeurs, signes, jeûne etc.)est liée à chacune des religions selon des codes recommandés. Encore faut-il que cela soit soluble dans la démocratie occidentale... Les minarets sont-ils solubles dans le paysage suisse ? certains le sont déjà. la hauteur de la tour: pas plus haut qu'un clocher dans un rayon local ? Des débats ont lieu, (même en petit comité), des livres sont écrits, des traductions du coran sont faites (les interprétations sont troublantes pour un non musulman), cela n'amène pas davantage de clarté. Sauf le faux débat sur la burqa, le tchador, le hijad, le niquab, appelés chez nous le voile ou le foulard, débat sur des pratiques pré-islamiques (voir l'excellent ouvrage de Leyla Belkaïd: Voiles, éditions Vestipolis. La foi musulmane ne se pare pas de tissu et la pratique demande seulement une tenue décente. Des débats oui, mais nuls s'ils restent en l'état. En résumé, votre édito suscite l'envie d'aller plus loin dans la réflexion, de replacer "l'église au milieu du village", de ne pas rester sur des impressions "j'aime-j'aime pas". De décider à partir d'un éclairage non passionnel.
Ce qui revient à dire que la votation sur le minaret est un faux problème utilisé par l'UDC à des fins populistes et que les vrais problèmes de conflits internes à l'islam sont en conséquences occultés avec le risque que rien ne soit fait lors qu'apparaitront des risques collatéraux tout simplement parce que cela ne rapporte pas politiquement.
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